{"id":14,"date":"2007-08-03T00:35:56","date_gmt":"2007-08-03T05:35:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/lintrigue\/la-pierre-de-lange\/le-miroir-des-mondes"},"modified":"2007-12-02T13:59:01","modified_gmt":"2007-12-02T11:59:01","slug":"le-miroir-des-mondes","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/lintrigue\/la-pierre-de-lange\/le-miroir-des-mondes","title":{"rendered":"Le Miroir des Mondes"},"content":{"rendered":"<em>Carnet de bord d'Anna Delay<\/em>\r\n<h4><em>Introduction<\/em><\/h4>\r\nJ'ai toujours ador\u00e9 ce qui, de pr\u00e8s ou de loin, touchait \u00e0 l'informatique.\r\n\r\nD\u00e9j\u00e0 toute petite, je cassais les pieds \u00e0 mes parents pour qu'ils me laissent utiliser l'ordinateur familial (\u00e0 l'\u00e9poque, c'\u00e9tait un Commodore 64, \u00e7a venait juste de sortir) ; et si on avait le malheur de m'y autoriser, je n'en d\u00e9crochais plus de la journ\u00e9e. Ma premi\u00e8re console a \u00e9t\u00e9 une Atari GX 4000, ce qui aujourd'hui passe pour un v\u00e9ritable fossile et ne serait m\u00eame plus assez bon pour faire la cuisine dessus, mais qui l'ann\u00e9e de mes cinq ans \u2013 j'en ai \u00e0 pr\u00e9sent dix-neuf \u2013 avait \u00e9t\u00e9 un merveilleux cadeau. Je dois dire que j'ai essay\u00e9 pas mal de mod\u00e8les diff\u00e9rents au cours de ma \" jeunesse \", y compris les japonais, ce que mes parents n'ont pas trop mal pris puisqu'\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela, j'ai toujours \u00e9t\u00e9 quelqu'un de tr\u00e8s ouvert et spontan\u00e9. Peut-\u00eatre m\u00eame un peu trop, en fait. Et bien \u00e9videmment, avec de tels loisirs, je tra\u00eenais le plus souvent avec les gar\u00e7ons de ma classe plut\u00f4t qu'avec les filles ; mais je n'ai jamais trouv\u00e9 cela anormal, et je continue all\u00e8grement \u00e0 le faire. Je suis une femme \u00e0 hommes, comme dirait Laurent.\r\n\r\nAujourd'hui, il m'arrive encore de me d\u00e9tendre (si, si) devant un jeu vid\u00e9o ; la seule diff\u00e9rence, c'est que je le bidouille ou le cr\u00e9e moi-m\u00eame. C'est \u00e0 la limite un peu d\u00e9pass\u00e9 pour moi, mais passons.\r\n\r\nA l'\u00e9cole primaire, j'attendais toujours avec impatience la s\u00e9ance hebdomadaire \" aux ordinateurs \", comme piaillaient les gosses, et \u00e7a me fait bien rire quand je repense \u00e0 ces vieux MO5 et \u00e0 la petite tortue bien ridicule que ces m\u00eames gamins essayaient de balader sur l'\u00e9cran par Logo interpos\u00e9. Comme quoi, il leur en fallait peu pour s'amuser... Moi, je potassais des bouquins de basic que mon loufoque de frangin me piquait \u00e0 la biblioth\u00e8que, je m'essayais \u00e0 mes premiers programmes et \u00e0 l'art de poser \u00e0 l'instit' des questions auxquelles il ne savait que r\u00e9pondre, et je concr\u00e9tisais mes essais et d\u00e9couvertes une fois rentr\u00e9e chez moi ; je voulais faire mieux que les jeux qu'on voyait tourner sur ces b\u00e9canes, et comptais bien y arriver.\r\n\r\nJe n'avais que sept ans, mais d\u00e9j\u00e0 mon p\u00e8re m'appelait avec fiert\u00e9 \" son petit g\u00e9nie \" ; c'est peut-\u00eatre pour cette raison qu'il m'a pass\u00e9 la plupart de mes caprices, dont le dernier en date, et pas le moins gros, a \u00e9t\u00e9 de vouloir absolument faire mes \u00e9tudes \u00e0 Strasbourg alors que nous habitons Paris.\r\n\r\nEn r\u00e9alit\u00e9, il ne s'agit pas d'un simple caprice visant \u00e0 vivre en-dehors de ma famille pour sortir quand je veux et faire ce qui me pla\u00eet. Bon, d'accord, je dois reconna\u00eetre qu'il y a tout de m\u00eame un peu de cela ; de toutes mani\u00e8res, avec ce que gagnent mes parents, ils peuvent largement me payer mon trois-pi\u00e8ces au quatri\u00e8me \u00e9tage place des Halles, si facilement que ce dont je dispose comme \" argent de poche \" d\u00e9passe confortablement mes pr\u00e9visions budg\u00e9taires mensuelles. Mais ce n'est pas la principale raison \u2013 \u00e7a, ils auraient tr\u00e8s bien pu le faire \u00e0 Paris, surtout avec Laurent qui ne d\u00e9colle pas de chez eux parce que c'est tellement plus pratique d'avoir maman pour laver son linge et faire \u00e0 grailler.\r\n\r\nLa principale raison, c'est que je suis mage.\r\n\r\nPas depuis toujours. Et le premier qui essaie seulement de m'imaginer en robe de bure avec un grimoire dans les mains et du latin pourri plein la bouche, je lui colle mon Trin dans la figure. En fait, j'ai connu l'Eveil, comme on dit entre nous, il y a quelques ann\u00e9es. Je m'en souviens bien ; c'\u00e9tait l'ann\u00e9e de mes quinze ans, alors que mon p\u00e8re venait de s'acheter un tout nouveau modem pour son PC. Je me baladais sur le Web, touchant \u00e0 tout et \u00e0 n'importe quoi, essayant plusieurs sites et tapant le squatt dans diverses chat-rooms, lorsque je suis tomb\u00e9e par hasard sur un type qui se faisait appeler Vecteur Hugo, et dont l'humour avait quelque chose me rappelant celui de Laurent. Un nom un peu bizarre pour un gars qui ne l'\u00e9tait pas moins, mais qui semblait m'avoir \u00e0 la bonne, \u00e0 un tel point qu'on s'est mis \u00e0 s'\u00e9changer r\u00e9guli\u00e8rement des messages et \u00e0 se retrouver on-line pour se raconter nos vies. Tout \u00e7a sur les r\u00e9seaux des entreprises et des facs, parce que le Net n'\u00e9tait bien s\u00fbr pas aussi d\u00e9velopp\u00e9 que maintenant. Je me disais que je n'avais jamais rencontr\u00e9 quelqu'un tapant aussi vite que lui sur un clavier, en tous cas au vu du peu de temps qu'il mettait \u00e0 r\u00e9pondre ; ce que j'ignorais \u00e0 l'\u00e9poque, c'est que Hugo \u00e9tait un Adepte du Virtuel, et que j'\u00e9tais sans m\u00eame le savoir bien partie pour suivre ses traces.\r\n\r\nLe jour o\u00f9 je me suis retrouv\u00e9e connect\u00e9e avec un dr\u00f4le de petit smiley qui disait s'appeler Audrinn et qui \u00e9tait en fait mon Avatar... eh bien, j'ai \u00e9t\u00e9 vraiment surprise.\r\n\r\nJe n'ai jamais rencontr\u00e9 Hugo en chair et en os, ce qui est tr\u00e8s courant chez les Adeptes. Cela ne l'a pas emp\u00each\u00e9 de m'apprendre tout ce que je sais aujourd'hui en mati\u00e8re de magye. C'est lui qui m'a enseign\u00e9 la th\u00e9orie super-tordue de la Correspondance et ses applications (c'est sympa de se promener dans la rue les yeux ferm\u00e9s sans risquer de se manger un passant, un poteau ou une poubelle...), la perception du Prime, l'utilisation des Forces (Hiroshima dans son salon) ou encore la conception trinaire de l'informatique. Depuis ce temps-l\u00e0, j'appartiens moi aussi \u00e0 sa Tradition, et je dois dire que tout cela est une exp\u00e9rience vraiment fantastique. Franchement, j'aurais pas aim\u00e9 me balader en robe de moine \u00e0 la place.\r\n\r\nEvidemment, il existe des d\u00e9sagr\u00e9ments li\u00e9s \u00e0 l'usage de la Magye (la vraie magye, celle avec un Y et plein de majuscules), ce que m'a appris Hugo et que j'ai exp\u00e9riment\u00e9 par moi-m\u00eame \u00e0 mes d\u00e9pens. Le jour o\u00f9 j'ai employ\u00e9 mon Trinit\u00e9 nouvellement acquis pour essayer de t\u00e9l\u00e9porter les bouquins pos\u00e9s sur l'\u00e9tag\u00e8re au-dessus de mon pieu et que Camille (toujours l\u00e0 au mauvais moment, la petite s\u0153ur) est entr\u00e9e \u00e0 l'improviste dans ma piaule, les bouquins me sont tomb\u00e9s sur le coin de la face, et l'\u00e9tag\u00e8re avec. R\u00e9sultat d'une baffe de Mister Paradoxe quand on pratique la magye vulgaire devant un Dormeur. Pas cool.\r\n\r\nJe sais bien, en quittant Paris, j'ai aussi laiss\u00e9 les potes mages que j'avais l\u00e0-bas ; c'est vrai qu'on rigolait bien avec Kat et les jumeaux, avant que \u00e7a ne devienne un peu chaud pour eux \u00e0 cause d'une bande de Technopolios. Mais au moins, \u00e0 Strasbourg, je vis seule, et s'il me prend l'envie de chauffer mon caf\u00e9 sans mettre de l'eau sur le feu, c'est moi que \u00e7a regarde (mais je l'ai quand m\u00eame jamais fait quand je sortais encore avec Eric et qu'il venait pieuter le soir). Voil\u00e0 pourquoi je me suis install\u00e9e il y a deux ans dans notre joyeuse capitale europ\u00e9enne,  \u00e0 faire ma fac de math-info bien peinard le jour et \u00e0 effectuer le soir mes petites exp\u00e9riences et autres applications plus ou moins magyques dans mon bureau. C'est fou ce qu'on en fait, des d\u00e9couvertes, avec de vieux claviers, une unit\u00e9 de PC, un \u00e9norme fatras de fils en tous genre et une bonne dose de Quintessence pour assaisonner le tout. C'est presque aussi exp\u00e9rimental que la bouffe du MacDo. Encore heureux que je sois pas une Ethergirl comme Kat, sinon j'aurais sans doute d\u00e9j\u00e0 fait tout p\u00e9ter.\r\n\r\nJ'en ai fait aussi des rencontres sympa, \u00e0 Stras', tombant m\u00eame par le plus grand des hasards \u2013 quoique tout ce qui rel\u00e8ve de la co\u00efncidence se r\u00e9v\u00e8le parfois trop co\u00efncidental \u00e0 mon go\u00fbt \u2013 sur un prof d'info, au premier semestre de l'an dernier, qui n'\u00e9tait autre que l'in\u00e9narrable Simon Kopaczek, le leader des AV du coin, planquant son Node au campus Descartes et recrutant m\u00eame parmi les \u00e9tudiants. Je le connaissais d\u00e9j\u00e0 par modem interpos\u00e9, et je dois dire que je le trouvais cool, bien qu'il ne m'ait jamais convi\u00e9 \u00e0 l'une de ses soir\u00e9es virtuelles (mais Simon \u00e9tait un peu de l'autre bord, et c'est vrai que lesdites soir\u00e9es avaient la r\u00e9putation d'\u00eatre particuli\u00e8rement <em>hot<\/em>). C'est bizarre, quand m\u00eame, d'avoir en cours le gars qui te cause de magye, le soir au coin du Trinit\u00e9.\r\n\r\nQuelque part, je me dis qu'il s'agissait <em>vraiment <\/em>d'une dr\u00f4le de co\u00efncidence.\r\n\r\nEt maintenant, je suis toujours \u00e0 Strasbourg, on est en novembre 1997, et je commence \u00e0 me demander dans quelle merde je suis encore all\u00e9e me fourrer.\r\n\r\n<!--nextpage-->\r\n<h4><em>Mardi 25 novembre 1997\r\nQuelque part dans Strasbourg<\/em><\/h4>\r\nJ'\u00e9tais rentr\u00e9e chez moi \u00e0 Paris pour le week-end, s\u00e9chant quelques cours afin de disposer d'un peu plus de temps \u00e0 passer avec ma famille que je n'avais tout de m\u00eame pas vue depuis deux mois. Laurent s'\u00e9tait d\u00e9gott\u00e9 de nouvelles cassettes gr\u00e2ce \u00e0 son pote au Japon, et on avait squatt\u00e9 le scope tout le samedi \u00e0 mater <em>Slayers<\/em>, une s\u00e9rie d'heroic-fantasy qui venait de passer \u00e0 la TV l\u00e0-bas et m'avait bien fait marrer, m\u00eame si je n'entravais rien aux dialogues, tellement l'h\u00e9ro\u00efne magicienne et son comparse le guerrier \u00e9taient des cr\u00e9tins finis. <em>Promis, je te l'ach\u00e8te d\u00e8s que \u00e7a sort en fran\u00e7ais !<\/em> m'a m\u00eame dit Marmotte avant que je reparte \u00e0 la gare de l'Est \u2013 pas la peine de choper un avion pour un week-end de quatre jours. Mais je dois avouer qu'en lisant les journaux ce m\u00eame lundi apr\u00e8s-midi, je me suis sentie un peu frustr\u00e9e, parce que j'avais rat\u00e9 le plus int\u00e9ressant : le bordel \u00e0 Strasbourg.\r\n\r\nCe qui dans les journaux avait \u00e9t\u00e9 relat\u00e9 comme un <em>tremblement de terre<\/em> avait en fait \u00e9t\u00e9 un gigantesque black-out qui, durant 48 heures, avait litt\u00e9ralement ray\u00e9 Stras' de la surface de la Terre, l'envoyant promener dans ce truc que les autres mages appellent <em>l'Umbra proche<\/em> et auquel j'ai pas encore tout compris, sinon que \u00e7a peut \u00eatre assimil\u00e9 au monde des Esprits. Les membres de la Confr\u00e9rie de la Lune Chantante, alias la Fondation herm\u00e9tiste de la ville, avaient tout vu, bien s\u00fbr, et ce qui s'\u00e9tait pass\u00e9 au cours de ces deux jours dans les rues leur avait foutrement foutu la p\u00e9toche, au point qu'ils se sentent oblig\u00e9s de se tourner vers les autres Trads pour faire le m\u00e9nage l\u00e0-dedans.\r\n\r\nEn temps normal, j'ai pas beaucoup de contacts avec l'Ordre d'Herm\u00e8s ; en plus de \u00e7a, les Herm\u00e9tistes de Strasbourg sont connus pour \u00eatre parmi les plus coinc\u00e9s \u2013 tout pour plaire, quoi \u2013 et je me dis que si <em>tous <\/em>sont comme \u00e7a, leur tradition risque de partir en couilles avant la prochaine fin de si\u00e8cle. Cependant, ils ont cette fois jug\u00e9 utile de faire appel aux bons service des AV pour d\u00e9brouiller cette obscure affaire sentant fortement le p\u00e2t\u00e9 moisi \u2013 loin de moi de me vanter (enfin, je dis \u00e7a pour la forme...), mais c'est vrai qu'on n'a pas notre pareil pour avoir tr\u00e8s tr\u00e8s vite acc\u00e8s aux infos nouvelles, et aux  pas nouvelles \u00e9galement. J'ai donc \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9e un peu malgr\u00e9 moi dans cette histoire \u00e0 cause de deux \u00e9l\u00e9ments : je suis une AV, et je connaissais Kopaczek, qui avait disparu depuis le retour \u00e0 la normale (m\u00eame qu\u2019il \u00e9tait injoignable, que son Trin ne r\u00e9pondait plus, et qu\u2019il n\u2019y avait plus personne dans sa planque) et que la Confr\u00e9rie soup\u00e7onnait d'avoir jou\u00e9 un r\u00f4le dans tout cela. Ils pouvaient bien raconter tout ce qu'ils voulaient et donner toutes les excuses possibles, moi je savais parfaitement pourquoi j'\u00e9tais l\u00e0.\r\n\r\nEn quelque sorte, les Herm avaient besoin d'\u00e9claireurs ; malgr\u00e9 leurs grands airs sup\u00e9rieurs \u2013 genre <em>On fait juste appel \u00e0 vous parce qu'on a de notre c\u00f4t\u00e9 mieux \u00e0 faire<\/em> \u2013 je comprenais tr\u00e8s bien qu'ils \u00e9taient dans la daube et n'avaient pas trop le choix. C'est ainsi que je me suis retrouv\u00e9e route de Schirmeck par un froid matin de novembre, dans le vieux b\u00e2timent de l'association des <em>Fils de la Lune<\/em> (la couverture officielle de la Fondation : un respectable \u00e9tablissement sp\u00e9cialis\u00e9 en taromancie, chiromancie et autres sciences occultes, fr\u00e9quent\u00e9 par toutes les m\u00e9m\u00e8res de la ville), en compagnie d'un XTC compl\u00e8tement allum\u00e9 du nom de Yann Richeman, qui visiblement ne venait pas du tout d'Alsace mais devait avoir lui aussi ses int\u00e9r\u00eats dans l'affaire, sinon il aurait pas \u00e9t\u00e9 l\u00e0.\r\n\r\nUn rapide briefing dans une salle humide puant la mousse nous a fait comprendre l'ampleur des d\u00e9g\u00e2ts pass\u00e9s et pr\u00e9sents. Pour on ne sait quelle raison (enfin, j'avais ma petite id\u00e9e l\u00e0-dessus...), l'\u00e9picentre du ph\u00e9nom\u00e8ne s'\u00e9tait situ\u00e9 au niveau de l'immeuble abritant la Sebek S.A., une entreprise construite sur la rive derri\u00e8re le Parlement Europ\u00e9en, et contr\u00f4l\u00e9e en r\u00e9alit\u00e9 par nos bons amis d'It\u00e9ration X ; les Herm soup\u00e7onnaient l'une de leurs exp\u00e9riences d'avoir mal tourn\u00e9, et le black-out qui s'\u00e9tait ensuivi avait semble-t-il donc projet\u00e9 la ville dans l'Umbra proche, ou quelque chose y ressemblant de tr\u00e8s pr\u00e9s (sacr\u00e9ment foir\u00e9e, leur exp\u00e9rience). Les mages du coin s'\u00e9taient vite retrouv\u00e9s avec un d\u00e9ferlement de griffons et autres joyeuses cr\u00e9tures mythologiques sur les bras \u2013 je peux dire sans m\u00eame y avoir \u00e9t\u00e9 que les Fireballs ont vol\u00e9 bien bas pour s'en d\u00e9barrasser, surtout que le Paradoxe n'affectait temporairement plus la zone \u2013 et tout ce bazar avait en plus de \u00e7a eu l'effet pervers de provoquer pas mal d'Eveils spontan\u00e9s chez les Dormeurs. A c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a, les gars de chez Big Brother \u00e9taient dans tous leurs \u00e9tats, et ne ch\u00f4maient pas depuis deux semaines pour r\u00e9tablir la situation. Ils se d\u00e9brouillaient d'ailleurs pas mal (pour une fois que ces satan\u00e9s Technos sont utiles \u00e0 quelque chose...), parce que tout le monde avait gob\u00e9 le bateau du tremblement de terre, et les gens sur place paraissaient ne se souvenir de rien. J'avais pu le constater moi-m\u00eame, ne serait-ce qu'en tapant le carton avec Dom, Sacha et Aur\u00e9lie.\r\n\r\nLes Herm\u00e9tistes, eux, n'avaient rien oubli\u00e9, surtout apr\u00e8s la chasse aux bestioles de tous poils qu'ils avaient due effectuer. D'apr\u00e8s eux, dans le m\u00eame temps, l'unique Choriste de la vile, un d\u00e9nomm\u00e9 Ivan, qui \u00e9tait quelque chose comme sonneur de cloches ou organiste \u00e0 la cath\u00e9drale, \u00e9tait parvenu \u00e0 amener dans les locaux de la Sebek un petit groupe de mages qui s'\u00e9tait charg\u00e9 de juguler le ph\u00e9nom\u00e8ne. De ces cinq mages, quatre avaient disparu : un XTC, Carter Maxcellin, une Verbena du nom de Rhiannon, un Euthanatos pr\u00e9nomm\u00e9 Ez\u00e9chiel Darambo, et l'AV Christophe Schmidt, petit g\u00e9nie de l'informatique... et apprenti de Simon (c\u2019est vrai, maintenant que j\u2019y repense, on l\u2019avait plus vu depuis un bon bout de temps, le p\u00e8re Schmidt). Le dernier d'entre eux \u00e9tait un Akashite se taxant de l'appellation \"chasseur de d\u00e9mons\" ; cet homme, Yoshi Yamazaki, nous a d'ailleurs contact\u00e9s quelques heures plus tard, Yann et moi. C'est lui qui nous a appris que Simon n'avait pas surv\u00e9cu au bordel local, vraisemblablement abattu par un certain Vittorio Gabacce, un homme de Guido Sardenia (le PDG de la Sebek) ; mais il ne s'est pas vraiment r\u00e9v\u00e9l\u00e9 prodigue en infos supp, surtout concernant son retour, et je ne sais pas trop pourquoi il nous a laiss\u00e9s en plan avant de nous avoir donn\u00e9 une piste plus consistante. Bizarre, ce gars.\r\n\r\nEn bref, la Confr\u00e9rie ne nous demandait rien de moins que de partir en \u00e9claireurs afin d'apprendre ce qui s'\u00e9tait r\u00e9ellement pass\u00e9, et voir surtout si le ph\u00e9nom\u00e8ne risquait de se reproduire ou d'avoir d'autres r\u00e9percussions \u00e0 long terme. J'ai l'air de causer de tout cela \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, mais le fait est que les Herm\u00e9tistes de Strasbourg ne semblent pas tr\u00e8s dou\u00e9s lorsqu'il s'agit d'aller sur le terrain (c'est vrai, en robe de bure, c'est pas pratique...) ; en tous cas, ils ne doivent sans doute pas se rendre \u00e0 la fac par le point de Correspondance en ressortant par les WC du troisi\u00e8me, comme cela m'arrive parfois quand je rate le bus.\r\n\r\nC'est ainsi que je me suis retrouv\u00e9e \u00e0 s\u00e9cher une nouvelle fois les cours, ce matin du 25, pour monter dans la Coccinelle d'un jaune pisseux servant de voiture \u00e0 Yann et faire un tout du c\u00f4t\u00e9 de la Sebek, parce qu'il fallait bien commencer par quelque chose. L'annonce de la mort de Simon me troublait et m'attristait beaucoup ; je ne savais ni quand, ni vraiment de quelle mani\u00e8re il y \u00e9tait pass\u00e9, en d\u00e9finitive, mais \u00e7a fait toujours mal d'apprendre ce genre de nouvelles. Surtout qu'il y a \u00e0 peine deux semaines, je papotais encore avec lui dans la Toile. En fait, j'ai pass\u00e9 une bonne partie du trajet \u00e0 faire la conversation \u00e0 Yann pour me changer les id\u00e9es \u2013je dis bien faire, car il avait d\u00fb encore s'envoyer quelque chose de pas net dans les bronches avant de partir pour avoir l'air autant dans le p\u00e2t\u00e9 ; apr\u00e8s quoi, renon\u00e7ant \u00e0 tirer quoi que ce soit de lui, je me suis pench\u00e9e sur mon Trin pour essayer de trouver d'autres infos sur cette affaire. Par la m\u00eame occasion, comme assez souvent lorsque j'ouvre mon portable, Audrinn est venu me faire un ch'tit coucou et, apr\u00e8s un peu de papotage, m'a propos\u00e9 de me faire signe s'il arrivait \u00e0 trouver quelque chose d'int\u00e9ressant. Je dois dire que nous nous entendons bien, tous les deux, m\u00eame si Audrinn ne m'appara\u00eet que par ordi interpos\u00e9 \u2013 il me certifie qu'il a une autre forme dans la Toile Num\u00e9rique, mais je ne m'y suis pas encore projet\u00e9e pour le voir, parce que cette fichue barri\u00e8re de l'Hexagone m'en emp\u00eache.\r\n\r\nEnfin, pour en revenir \u00e0 ce que je disais, je venais de ranger mon portable lorsqu'on est arriv\u00e9 devant le si\u00e8ge  de la Sebek. L'immeuble avait \u00e9t\u00e9 pas mal d\u00e9vast\u00e9 au moment de \" l'accident \", et le coin grouillait non seulement de flics, mais aussi de types un peu plus inqui\u00e9tants qui, au vu de leur taille et de leur carrure, devaient selon moi \u00eatre des Marks, surtout qu'ils avaient \u00e0 peu pr\u00e8s chacun la m\u00eame t\u00eate de Schwarzie dans Terminator. J'aurais bien aim\u00e9 aller jeter un coup d'\u0153il \u00e0 l'int\u00e9rieur, mais une intervention de ce type \u00e9tait <em>l\u00e9g\u00e8rement <\/em>casse-gueule ; le probl\u00e8me, c'est que tra\u00eener plus de cinq minutes dans le coin, \u00e7a allait attirer l'attention.\r\n\r\nC'est l\u00e0 qu'est arriv\u00e9 un truc bizarre. Alors qu'on passait au croisement, mon regard fut subitement attir\u00e9 par un motard arr\u00eat\u00e9 au feu. Le gars en question n'avait rien de sp\u00e9cial dans son apparence ou son attitude, mais en cet instant, nous \u00e9tions si proches de lui que l'\u00e9vidence m\u00eame de sa nature me frappa. <em>La<\/em> Sensation. Cet homme-l\u00e0 \u00e9tait l'un des n\u00f4tres. Dans un r\u00e9flexe, j'ai cri\u00e9 \u00e0 Yann de s'arr\u00eater ; et Yann, qui \u00e9tait toujours autant dans la lune qu'avant, n'a rien trouv\u00e9 de mieux \u00e0 faire que de piler pr\u00e8s du trottoir. Bon, d'accord, c'\u00e9tait ma faute. Mais quand m\u00eame.\r\n\r\n\" Je peux savoir ce qui te prends ? \" s'exclama Yann en se tournant vers moi. Il avait l'air un peu r\u00e9veill\u00e9, maintenant, et une fois de plus, devant ses longs cheveux bruns emm\u00eal\u00e9s et sa petite barbiche, je ne pus m'emp\u00eacher de me dire qu'il ressemblait \u00e0 une sorte de hippie vaguement sataniste sur les bords.\r\n\r\n\" Pour le cas o\u00f9 tu n'aurais rien remarqu\u00e9, y a un mage arr\u00eat\u00e9 au feu !\r\n\r\n- Oui, et alors ?\r\n\r\n- Alors, je croyais qu'on \u00e9tait les seuls \u00e0 tra\u00eener sur le coup de la Sebek ? \"\r\n\r\nCette fois, Yann vit o\u00f9 je voulais en venir, et bondit hors de la voiture en m\u00eame temps que moi. La questions que je me posais \u00e9tait la suivante : pourquoi ce mage restait-il l\u00e0, \u00e0 observer le b\u00e2timent techno, et dans quel but ? Je ne marche pas aux co\u00efncidences \u2013 les co\u00efncidences, de toutes fa\u00e7ons, c'est rien que de l'Entropie. Et quand je vis que le motard nous regardait approcher, je compris que lui aussi nous avait reconnus comme ce que nous sommes r\u00e9ellement.\r\n\r\nUn instant de flottement, quelques secondes de silence ; nous restons face \u00e0 face, \u00e0 nous observer l'un l'autre. Le motard a enlev\u00e9 son casque, et je vois maintenant qu'il s'agit d'un jeune homme entre vingt et vingt-cinq ans, au nez aquilin et au visage chafouin, encadr\u00e9 de longs cheveux noirs filasses, o\u00f9 brillent des yeux vert \u00e9meraude. Quelque chose d'\u00e9trange en lui, me confortant dans mon impression premi\u00e8re. Et au bout d'un moment, la question fatidique, car je d\u00e9cide de tenter le tout pour le tout :\r\n\r\n\" Salut ! Qu'est-ce que tu fais l\u00e0 ? \"\r\n\r\nIl m'a lanc\u00e9 un regard imp\u00e9n\u00e9trable, ind\u00e9chiffrable.\r\n\r\n\" La m\u00eame chose que vous, je suppose...\"\r\n\r\nIl \u00e9tait m\u00e9fiant, ce que somme toute je trouvais assez normal apr\u00e8s s'\u00eatre ainsi fait aborder par deux inconnus dans un quartier que l'atmosph\u00e8re autour de la Sebek rendait m\u00eame plut\u00f4t inqui\u00e9tant. N'importe quel mago passant dans le coin aurait d\u00fb \u00eatre compl\u00e8tement bouch\u00e9 pour ne pas remarquer toute la Quintessence se baladant au niveau de l'entreprise, sous un ciel plomb\u00e9 charg\u00e9 de promesses de pluie.\r\n\r\n\" T'observerais pas ce machin, par hasard ? \" j'ai dit en d\u00e9signant du coin de l'\u0153il ledit b\u00e2timent pour noter sa r\u00e9action. Un haussement d'\u00e9paules ; mais \u00e0 son attitude, c'\u00e9tait plut\u00f4t comme si ce geste s'adressait \u00e0 une autre personne qui se serait trouv\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.\r\n\r\n\" Non, je dis \u00e7a parce qu'un mage qui tra\u00eene dans le secteur, c'est un dr\u00f4le de hasard...\r\n\r\n- Un... un quoi  ? \"\r\n\r\nCette fois, il eut vraiment l'air \u00e9tonn\u00e9, comme s'il ne savait pas de quoi je voulais causer. D\u00e9cid\u00e9ment, ce jeune homme \u00e9tait bien intriguant \u2013 et il avait une nette tendance \u00e0 parler tout seul, puisqu'il marmonnait de nouveau quelque chose, l\u00e9g\u00e8rement tourn\u00e9 vers le c\u00f4t\u00e9.\r\n\r\n\" Je suis un quoi ? \" r\u00e9p\u00e9ta-t-il en revenant \u00e0 moi, et je me suis demand\u00e9e s'il \u00e9tait s\u00e9rieux ou s'il se payait vraiment ma t\u00eate. Puis : \" Mais non, je la connais pas, c'te nana ! Arr\u00eate de me regarder comme \u00e7a, tu le sais aussi bien que moi ! \"\r\n\r\nYann haussa les sourcils, l'air de se dire <em>Ce mec est compl\u00e8tement \u00e0 la masse<\/em>. Mais c'\u00e9tait un mage. Et s'il parlait ainsi \u00e0 quelqu'un d'invisible, il n'y avait pas 36 solutions. Visiblement, Yann ne devait pas trop avoir de contacts avec son Avatar, car sinon il aurait aussi pens\u00e9 tout de suite \u00e0 \u00e7a.\r\n\r\nJ'eus un sourire malicieux. \" Dis... Tu parles \u00e0 qui, \u00e0 toi-m\u00eame ou \u00e0 ton Avatar ?\r\n\r\n- Mon quoi ?... Mais non, Janus, je sais pas de quoi elle cause !...\"\r\n\r\nNotre nouvel ami paraissait ne rien comprendre, ce qui me laissait \u00e0 penser qu'il s'agissait d'un Orphelin, un mage sans Tradition, et qu'il valait mieux ne pas le planter sur le trottoir, au vu et au su des Technomanciens grouillant pas loin de nous. Mais on ne pouvait pas trop s'\u00e9terniser dans le quartier : les flics, en face, allaient bient\u00f4t commencer \u00e0 se poser des questions, surtout que notre illustre inconnu se trouvait toujours sur sa moto, arr\u00eat\u00e9 devant le feu qui \u00e9tait bien pass\u00e9 quatre fois au vert depuis, et que la Coccinelle \u00e9tait un peu pas trop bien gar\u00e9e. Lorsque je vis qu'un des policiers nous observait, je me rapprochai de l'Orphelin et dit bien haut :\r\n\r\n\" Ecoute, c'est super de s'\u00eatre retrouv\u00e9s comme \u00e7a ! On va aller boire un pot, OK ? On a un tas de trucs \u00e0 se raconter ! \"\r\n\r\nLe gars \u00e9tait pas con, il a tout de suite compris. La m\u00e9fiance entre nous \u00e9tait un peu retomb\u00e9e ; je ne percevais rien de mauvais en lui, et de son c\u00f4t\u00e9, il paraissait maintenant curieux de poursuivre la discu et d'en apprendre un peu plus. Un bar nous semblait un endroit id\u00e9al pour \u00eatre un peu plus tranquilles \u2013 d'accord, y a beaucoup de monde, mais j'allais pas non plus l'emmener direct dans mon salon \u2013 et c'est ainsi qu'une dizaine de minutes plus tard, on \u00e9tait assis \u00e0 une table, au fond du caf\u00e9 de la Poste, avenue de la Robertsau, bien \u00e0 l'abri du froid.\r\n\r\n\" Bon, on pourrait peut-\u00eatre se pr\u00e9senter, maintenant ? \"  commen\u00e7a notre inconnu alors que le patron du bar, un gros gars moustachu un peu rougeaud, allait pr\u00e9parer les trois caf\u00e9s en commande.\r\n\r\n- Tr\u00e8s juste. Je m'appelle Anna. Lui, c'est Yann. Et toi ?\r\n\r\n- Philippe Nerval. Etudiant en \u00e9thnologie.\r\n\r\n- Et mage \u00e0 ses heures perdues.\r\n\r\n- Oui, bon, d'accord ! C'est quoi toutes ces histoires ? Je suis le seul \u00e0 rien savoir, ici !\r\n\r\n- T'as d\u00e9j\u00e0 entendu parler des neuf Traditions ? \"\r\n\r\nPhilippe secoua la t\u00eate ; effectivement, il avait vraiment l'air de ne rien savoir, et je me suis alors employ\u00e9e \u00e0 lui expliquer dans les grandes lignes le r\u00f4le des Trads, de la technocratie, et ce qu'\u00eatre mage signifiait en r\u00e9alit\u00e9. Ca n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 trop dur \u00e0 faire \u2013 Kat et moi, on avait d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de s\u2019entra\u00eener \u00e0 ce genre de d\u00e9monstration face aux jumeaux. Je ne me suis interrompue que lorsque le patron est venu nous amener nos caf\u00e9s et se faire payer. De temps \u00e0 autre, Philippe \u00e9changeait quelques mots avec <em>Janus <\/em>\u2013 \u00e0 ce que j'avais compris, c'\u00e9tait son Avatar, qu'il avait toujours vu \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s en permanence depuis qu'il \u00e9tait gosse... et qui ne devait pas toujours \u00eatre tr\u00e8s facile \u00e0 vivre ; heureusement que je ne pouvais voir et entendre ses commentaires sans doute d\u00e9plac\u00e9s. Philippe, lui, \u00e9tait tr\u00e8s curieux, posait plein de questions, et il m'apparaissait de plus en plus n\u00e9cessaire de l'emmener faire un tour \u00e0 la Fondation, ne serait-ce que pour \u00e9viter de le laisser tomber entre les mains des Technos, et parce que lui aussi voulait d\u00e9couvrir ce qui se cachait derri\u00e8re les activit\u00e9s de la Sebek.\r\n\r\n\" Alors vous deux, si j'ai bien compris, vous faites partie des Traditions ? \" dit-il en d\u00e9signant de la main Yann, qui restait assis, silencieux, l'air quelque peu troubl\u00e9.\r\n\r\n- D'<em>une<\/em> Tradition. On ne fait pas partie de <em>toutes <\/em>en m\u00eame temps. Mais...\"\r\n\r\nUn bourdonnement en provenance de mon sac m'a interrompue ; j'ai fait signe \u00e0 Philippe de ne pas bouger, ai sorti mon Trin, que j'ai pos\u00e9 sur la table devant moi pour causer avec Audrinn. Philippe, intrigu\u00e9, avait fait le tour de la banquette pour voir ce que c'\u00e9tait que ce dr\u00f4le de Smiley apparu sur l'\u00e9cran.\r\n\r\nJ'AI TROUVE QUELQUES TRUCS INTERESSANTS, ANNA, commen\u00e7a Audrinn, les mots s'affichant dans un flash sur l'\u00e9cran. MAIS JE TE PREVIENS, CA POURRAIT ETRE UN GROS MORCEAU...\r\n\r\n<em>Dans le genre ?<\/em>\r\n\r\nDANS LE GENRE, TU VAS T'ATTIRER DES ENNUIS..\r\n\r\n<em> Pas grave ! Fais voir..<\/em>\r\n\r\nAudrinn me fit donc part de ce qu'il avait d\u00e9couvert. Au milieu de choses et d'autres que je savais d\u00e9j\u00e0 concernant l'affaire, j'ai ainsi appris que l\u2019associ\u00e9 de Christophe, ce pitre de Samuel, tellement dou\u00e9 que c\u2019\u00e9tait une sacr\u00e9e perte de ne pas le compter dans nos rangs, avait visiblement termin\u00e9 \u00e0 l'hosto \u00e0 cause de ses affiliations magyques \u2013 pauvre Sam, tout \u00e7a parce qu\u2019il bossait au magasin avec Chris. Y en a qui ont vraiment pas de bol dans la vie. De plus, Audrinn avait farfouill\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 il ne fallait pas ( qui a dit : <em>Tel mage, tel Avatar<\/em> ? ), et mis la main sur une adresse qui pourrait peut-\u00eatre nous \u00eatre utile.\r\n\r\nIL Y A UNE ENTREPRISE DU CENTRE-VILLE QUI COLLABORE AVEC LA SEBEK \u2013 AUSSI UN TRUC VENU DES USA, LA SYREX INC. JE NE SAIS PAS TROP ENCORE A QUEL NIVEAU, PARCE QU'EN FAIT, JE NE DEVRAIS MEME PAS ETRE LA. APPAREMMENT, C'EST UNE BOITE CONTROLEE PAR LES PROGENITEURS.\r\n\r\n<em>Et tu as une adresse ?<\/em>\r\n\r\nOUAIS. LE SIEGE EST AU 5, RUE...\r\n\r\nAudrinn s'interrompit un instant ; durant quelques secondes, l'\u00e9cran se couvrit de points de suspension. Puis :\r\n\r\nDESOLE. L'INFORMATION A ETE EFFACEE. FAUT QUE JE TE LAISSE, JE CROIS QU'ON M'A REPERE.\r\n\r\n<em>Merde. Ben, bonne chance. Je sais pas si je peux vraiment t'aider, l\u00e0. Enfin, merci pour les infos...<\/em>\r\n\r\nDE RIEN. CIAO.\r\n\r\nUne main pixellis\u00e9e apparut sur l'\u00e9cran, me fit un petit signe, et disparut en m\u00eame temps qu'Audrinn.\r\n\r\n\" Marrant, ce programme ! \" fit remarquer Philippe derri\u00e8re moi, et je levai le nez. \" Ca sert \u00e0 quoi ?\r\n\r\n- C'est pas un programme, c'est Audrinn. Mon Avatar. Toi t'as Janus, ben moi c'est Audrinn...\"\r\n\r\n<!--nextpage-->\r\n\r\nL\u00e0, l'implosion brutale de la t\u00e9l\u00e9 accroch\u00e9e au-dessus du comptoir et donnant les r\u00e9sultats du tierc\u00e9 pour les Dormeurs pr\u00e9sents m'a interrompue. Des exclamations d'\u00e9tonnement, de d\u00e9ception, des r\u00e9clamations s'\u00e9lev\u00e8rent tandis que Philippe et moi-m\u00eame regardions sans trop comprendre Yann qui revenait vers notre table. A vrai dire, trop absorb\u00e9e par mes deux conversations, je n'avais m\u00eame pas remarqu\u00e9 qu'il s'\u00e9tait lev\u00e9 ; mais \u00e0 le voir ainsi, p\u00e2le et tremblant, je commen\u00e7ais \u00e0 me demander s'il n'avait pas quelque chose \u00e0 voir dans la destruction de cette pauvre t\u00e9l\u00e9 \u2013 impression confirm\u00e9e quand il s'\u00e9croula sur sa chaise, \u00e0 moiti\u00e9 dans les vapes.\r\n\r\n\" Viens, on met les voiles ! \" j'ai lanc\u00e9 \u00e0 Philippe en attrapant mon sac avant de saisir Yann par une \u00e9paule pour l'aider \u00e0 se relever et le pousser dehors. La moto et la Coccinelle \u00e9taient gar\u00e9es non loin de l\u00e0, au bord du trottoir, et Philippe m'aida \u00e0 y tra\u00eener Yann, qui reprenait peu \u00e0 peu ses esprits.\r\n\r\n\" Dis-donc, t'y es pas all\u00e9 de main morte ! Et ne viens pas me dire que c'est pas toi qui a balanc\u00e9 un coup de Forces dans cette t\u00e9l\u00e9 !\r\n\r\n- 'Pouvais pas faire autrement...\" marmonna le Cultiste en se levant pour faire quelques pas sur le trottoir mouill\u00e9.\r\n\r\nIl recommen\u00e7ait \u00e0 pleuvoir \u2013 c'\u00e9tait pas aujourd'hui que le temps de chien r\u00e9gnant depuis deux semaines sur Stras' allait s'am\u00e9liorer \u2013 et je d\u00e9cidai de rester assise sur le si\u00e8ge avant pour ne pas me faire saucer. Visiblement, Philippe venait de suivre le m\u00eame raisonnement, car il laissa sa moto pour se vautrer sur la banquette arri\u00e8re.\r\n\r\n\" Bon, alors dis-moi pourquoi ! \"  ai-je ensuite lanc\u00e9 \u00e0 Yann.\r\n\r\n- <em>Paix... Calme... Oubli...<\/em>\r\n\r\n- ...Pardon ?\r\n\r\n- Ce truc envoyait des messages subliminaux. C'\u00e9tait en train de me bouffer la t\u00eate. J'ai trouv\u00e9 que \u00e7a pour m'en sortir...\"\r\n\r\nYann s'\u00e9loigna un peu, laissant sa porti\u00e8re ouverte. Philippe me regardait d'un air intrigu\u00e9, une question lui br\u00fblant apparemment les l\u00e8vres. Quelque part, je me disais qu'on avait un peu exag\u00e9r\u00e9 avec lui ; se faire sauter dessus par deux parfaits inconnus pour s'entendre dire qu'on est mage et que Trads et Technos se battent pour le contr\u00f4le du Paradigme ne doit pas \u00eatre une chose facile \u00e0 assumer.\r\n\r\n\" ...Des messages subliminaux ?\r\n\r\n- Ouais, faut croire. Sans doute un truc de Big Brother . Ces gars-l\u00e0 peuvent pas passer une journ\u00e9e sans essayer d'endoctriner les Masses !\r\n\r\n- C'est qui, ceux-l\u00e0 ?\r\n\r\n- Le Nouvel Ordre Mondial. Des Technos. Tu connais <em>X-Files <\/em>?\r\n\r\n- Euh ! Quand m\u00eame ! Tu veux parler de leurs histoires de complot gouvernemental ?\r\n\r\n- C'est un peu \u00e7a. Tu mets un costard noir au Smoking Man. Moi, je crois que Chris Carter doit \u00eatre un peu Techno sur les bords, non ? \"\r\n\r\nYann revenait vers la voiture, l'air de rien, regardant droit devant lui. Il s'installa au volant, ferma la porti\u00e8re, et mit tranquillement le contact en nous disant de ne <em>surtout <\/em>pas nous retourner. Bien s\u00fbr, quand on me dit \u00e7a, j'ai tendance \u00e0 faire tout le contraire. Je me suis retenue de justesse... mais j'ai quand m\u00eame jet\u00e9 un coup d'\u0153il dans le r\u00e9tro. Et l\u00e0 j'ai compris pourquoi Yann voulait qu'on se casse. Derri\u00e8re nous, une Cad noire \u00e9tait apparue, ralentissant pour venir s'arr\u00eater devant le caf\u00e9.\r\n\r\n\" Oh-oh... Will Smith a pas appr\u00e9ci\u00e9 que tu lui d\u00e9molisses son joujou...\"  glissai-je \u00e0 Yann, qui quittait sa place de stationnement sans se presser. Avec un peu de bol, nos copains les MIBs venaient juste constater les d\u00e9g\u00e2ts, et rien ne servait d'attirer inutilement l'attention sur nous. Ce syst\u00e8me de messages subliminaux devait \u00eatre l'un de leurs nombreux moyens pour re-normaliser la situation \u00e0 Strasbourg aux yeux des Dormeurs.\r\n\r\nDans le r\u00e9tro, j'ai vu que les deux costum\u00e9s occupant la Cadillac entraient dans le caf\u00e9, ne nous pr\u00eatant aucune attention ; apparemment ils n'avaient pas trouv\u00e9 suspect le d\u00e9part de la Coccinelle.\r\n\r\n\" Ca va, je crois qu'on n'a pas \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9s \" , dit finalement yann en tournant au coin de la rue. \" D\u00e9cid\u00e9ment, je d\u00e9teste ces gars-l\u00e0 !\r\n\r\n- T'es pas le seul ! Phil, un conseil : si ces types te mettent un jours la main dessus, cours !\r\n\r\n- Mais pourquoi tant de haine ? \" ironisa Philippe. \"  Qu'ont donc fait les <em>m\u00e9chants Technomanciens<\/em> pour d\u00e9plaire aux<em> gentils mages<\/em> ?\r\n\r\n- Disons qu'ils aiment pas les Trads, qu'ils ont sans doute failli faire p\u00e9ter toute la ville, et qu'ils ont autant d'imagination qu'une moule normande. A part \u00e7a, c'est \u00e0 toi de voir...\"\r\n\r\nUn reflet dans le r\u00e9tro. L'espace d'un instant, je crus voir une voiture noire arr\u00eat\u00e9e au coin d'une rue, et un homme v\u00eatu d'un complet noir, assis \u00e0 son volant, et parlant dans un t\u00e9l\u00e9phone portable. Mais Yann allait trop vite, et je n'ai pas eu le temps de m'assurer de l'exactitude de cette sc\u00e8ne.\r\n\r\n\" Yann...\r\n\r\n- Oui, j'ai vu. Je sais pas si c'est pour nous. Mais on dirait qu'elle suit le m\u00eame chemin...\"\r\n\r\nSans acc\u00e9l\u00e9rer, Yann se dirigea vers les quais, tourna \u00e0 droite ; la Cad prit \u00e0 gauche, ce qui nous soulagea grandement. Pour mieux brouiller les pistes, Yann tourna encore une fois \u00e0 droite au premier feu ; amener Phil aux Herm\u00e9tistes \u00e9tait une chose, tra\u00eener derri\u00e8re nous quelques MIBs en \u00e9tait un autre, que nos bons amis de la Lune Sifflante \u2013 pardon, Chantante \u2013 n'appr\u00e9cieraient certainement pas.\r\n\r\nJ'en \u00e9tais \u00e0 me dire que tout n'allait en d\u00e9finitive pas si mal que \u00e7a, quand la sonnerie de mon t\u00e9l\u00e9phone me tira de mes pens\u00e9es.\r\n\r\nMachinalement, je sortis le portable de ma veste pour prendre la communication, me demandant vaguement qui pouvait bien m'appeler un mardi matin \u00e0 onze heures. Je n'ai pas eu \u00e0 me poser la question tr\u00e8s longtemps. A l'autre bout de la ligne, une voix masculine : <em>Merci, Mademoiselle<\/em>. Et \u00e7a raccroch\u00e9.\r\n\r\n\" Et merde ! \" J'ai rang\u00e9 le portable. Je venais de comprendre. Comprendre qu'on s\u2019\u00e9tait fait avoir.\r\n\r\n- C'\u00e9tait qui ? \" demanda Yann, qui engageait sa Coccinelle rue Oberlin pour revenir une deuxi\u00e8me fois vers les quais.\r\n\r\n- Devine ! Ils m'avaient encore jamais fait le coup, mais l\u00e0 c'est gratin\u00e9 ! C'est plus la peine de finasser, <em>fonce <\/em>!\r\n\r\n- Chi\u00e9 ! \"\r\n\r\nYann acc\u00e9l\u00e9ra. Une voiture gris m\u00e9tallis\u00e9 venait d'appara\u00eetre derri\u00e8re nous \u2013 et je dois dire que tenter de semer une Rover avec une vieille Coccinelle, c'est un peu pas \u00e9vident. Vue de l'ext\u00e9rieur, la sc\u00e8ne devait faire bizarre.\r\n\r\n\" H\u00e9, y se passe un dr\u00f4le de truc avec leurs phares ! \" dit soudainement Philippe alors qu'on d\u00e9boulait sur le quai Finkmatt en grillant presque le feu. A la place des phares avant de la Rover s'ouvraient maintenant deux trous noirs b\u00e9ants qui n'auguraient rien de bon. J'en \u00e9tais \u00e0 me dire qu'il serait grand temps de bricoler un effet de Correspondance bien ajust\u00e9, et tant pis pour le Paradoxe, lorsque les deux pneus arri\u00e8re de la voiture explos\u00e8rent. Merde alors, on se serait cru dans un mauvais remake d'un James Bond. <em>Je ne vais jamais avoir le temps de pondre un programme correct !<\/em>  ai-je pens\u00e9 de mani\u00e8re presque incongrue. Mais c'\u00e9tait compter sans notre nouvel ami install\u00e9 \u00e0 l'arri\u00e8re ; qui d'autre que lui aurait pu produire pareil effet, alors que je savais pertinemment qu'il ne s'agissait pas de moi et que Yann \u00e9tait bien trop occup\u00e9 \u00e0 essayer de conserver ce qui lui restait de tenue de route ?\r\n\r\nLe temps sembla s'\u00e9tirer, se ralentir, se figer, tandis que notre vitesse d\u00e9croissait, Yann parvenant enfin \u00e0 rediriger sa Coccinelle selon une ligne \u00e0 peu pr\u00e8s droite. Lorsque la R\u00e9alit\u00e9 reprit ses droits, la voiture achevait de s'arr\u00eater \u00e0 quelques centim\u00e8tres \u00e0 peine d'un poteau \u2013 une seconde de tension, o\u00f9 les forces de Papa Paradoxe tourn\u00e8rent leur attention vers nous... puis les ampoules de la rang\u00e9e de lampadaires explos\u00e8rent, projetant autour des piliers m\u00e9talliques des milliers d'\u00e9tincelles bleus, roses et vertes. Chose qui aurait \u00e9t\u00e9 \u00e0 la limite du plausible si nous avions seulement heurt\u00e9 le poteau. Cela acheva de faire sentir \u00e0 Philippe combien son effet magyque avait \u00e9t\u00e9 vulgaire \u2013 il se pr\u00e9cipita imm\u00e9diatement hors de la voiture, apparemment sonn\u00e9 et quelque peu malade.\r\n\r\n\" Dites-donc, vous l'avez fr\u00f4l\u00e9 de pr\u00e8s, celui-l\u00e0 ! \" Un passant s'\u00e9tait approch\u00e9 de Yann, sorti \u00e0 son tour pour examiner l'\u00e9tat des pneus. \" Qu'est-ce qui s'est pass\u00e9 ?\r\n\r\n- Ah, \u00e7a ! Je sais pas sur quoi j'ai roul\u00e9, mais j'ai les deux pneus arri\u00e8re crev\u00e9s ! \"  C'\u00e9tait un pieux mensonge ; moi aussi, je voyais bien que m\u00eame si les roues \u00e9taient \u00e0 plat, le caoutchouc ne portait aucune trace de d\u00e9chirure.\r\n\r\n\" Les <em>deux <\/em>? ! Ben mon vieux, \u00e7a c'est vraiment pas de bol !...\"\r\n\r\nLa Rover grise s'\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e le long du trottoir, \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0. Au vu de la mise des deux hommes qui en sortaient, et qui se dirigeaient maintenant vers nous, j'ai tout de suite compris que ce n'\u00e9taient pas de simples MIBs. Point positif : tous les trois, on \u00e9tait implicitement d'accord qu'il fallait filer de l\u00e0 le plus vite possible. Point n\u00e9gatif : \u00e0 pied, c'\u00e9tait pas gagn\u00e9.\r\n\r\n\" Vous allez bien ? \" s'enquit le premier Technomancien en s'approchant de Philippe qui s'\u00e9tait remis debout, encore un peu p\u00e2le. C'\u00e9tait un homme d'une trentaine d'ann\u00e9es, aux cheveux bruns coup\u00e9s tr\u00e8s courts, portant une paire de Ray-Ban et un costard-cravate noir. \"  Vous avez l'air un peu secou\u00e9, jeune homme...\r\n\r\n- Nous sommes vraiment d\u00e9sol\u00e9s pour ce qui s'est pass\u00e9 \" , rench\u00e9rit son compagnon. Un peu plus \u00e2g\u00e9, la quarantaine peut-\u00eatre, il avait des cheveux ch\u00e2tains grisonnant aux temps, portait une petite moustache \u00e0 l'anglaise, et avait rang\u00e9 ses lunettes de soleil. Son costume \u00e0 lui \u00e9tait gris anthracite. \" Nous ne voulions pas vous effrayer... Je ne comprends pas comment les choses ont pu \u00e9voluer ainsi... \"\r\n\r\nMais oui, c'est \u00e7a. Un beau baratin pour donner le change. De telles excuses bidons, et proposer en plus d'\u00e9tablir un constat d'accident ! Comme s'il y en avait eu besoin ! Tant qu'il y avait des Dormeurs dans le coin, ils n'agiraient pas directement contre nous ; mais les Dormeurs en question commen\u00e7aient \u00e0 s'\u00e9loigner un peu trop vite \u00e0 mon go\u00fbt \u2013 le type en noir, qui tripotait la branche de ses lunettes, ne devait pas \u00eatre \u00e9tranger \u00e0 cela. De ce c\u00f4t\u00e9, je ne pouvais pas faire grand'chose ; d\u00e8s qu'ils m'auraient vue sortir mon Trin, ils auraient tout de suite compris \u00e0 quelle Trad j'appartiens ; sachant en quelle estime les Technos tiennent les AV, j'aurais tout aussi bien pu me jeter direct dans l'Ill.\r\n\r\n\" Bien...\" poursuivit l'homme en gris en regardant rapidement autour de lui. \" Je vois que nous sommes enfin tranquilles... Nous allons pouvoir passer aux choses s\u00e9rieuses, n'est-ce pas ?\r\n\r\n- Ben voyons... \" murmura Yann ; son regard trahissait la r\u00e9flexion qu'il menait int\u00e9rieurement afin de trouver tr\u00e8s vite une solution pour se tirer de cette merde.\r\n\r\n- Vous devriez venir avec nous, Messieurs-Dame \" , reprit le Technomancien d'un air d\u00e9sinvolte. \" Nous avons beaucoup de choses \u00e0 nous dire... De touts mani\u00e8res, votre voiture n'est plus en \u00e9tat de rouler.\r\n\r\n- Pas grave, on prendra le bus ! \" Je me disais qu'en faisant durer les choses, l'un de nous pourrait peut-\u00eatre trouver l'occasion de s'en sortir.\r\n\r\n- Je ne crois pas, Mademoiselle \" , fit-il poliment, nous faisant signe d'avancer vers la Rover.  \" Je suppose que vous faites tous partie des traditions, c'est cela ?\r\n\r\n- Des <em>quoi <\/em>? \" s'est alors exclam\u00e9 Philippe, et son ignorance toute feinte a sembl\u00e9 produire un certain effet sur notre Tommy Lee Jones national. \" Ecoutez, je comprends vraiment rien \u00e0 ce que vous racontez ! Vous pourriez \u00eatre plus clairs, non ? Et d'abord, pourquoi est-ce qu'on devrait venir avec vous ? \"\r\n\r\nLes deux Technos se sont regard\u00e9s en silence durant une petite seconde avant de se tourner \u00e0 nouveau vers nous. Philippe semblait d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 argumenter le plus longtemps possible \u2013 et \u00e0 rench\u00e9rir dans son mensonge pour achever le tout ; moi, je me demandais quand ils allaient se d\u00e9cider \u00e0 regarder ailleurs suffisamment longtemps pour que je puisse leur fausser compagnie.\r\n\r\n\" Alors comme \u00e7a, vous ne faites pas partie des Traditions ? \"  a repris le Technomancien en gris d'un air faussement emb\u00eat\u00e9. \" C'est plut\u00f4t g\u00eanant, cela... Nous avions quelques petites choses \u00e0 leur transmettre.\r\n\r\n- Et vous avez vraiment besoin de nous pour \u00e7a ?\r\n\r\n- Sans doute ces mages seraient-ils heureux d'apprendre que nous demandons une tr\u00eave...\"  poursuivit Tommy, imperturbable.\r\n\r\nCette derni\u00e8re phrase n'a bien s\u00fbr pas trop surpris Philippe. Mais moi, elle m'a fait l'effet d'une douche froide. Je me serais attendue \u00e0 <em>tout<\/em>, de la part de membres de la Technocratie \u2013 \u00e0 tout, sauf \u00e0 <em>\u00e7a<\/em>. Vu la t\u00eate de yann, c'\u00e9tait pareil pour lui.\r\n\r\n\" Enfin...\" disait l'homme en gris avec son air de ne pas y toucher. \" Si jamais vous rencontrez des mages des Traditions, ou que vous vous souvenez en faire tout de m\u00eame partie, touchez-leur donc un mot \u00e0 ce sujet... Auriez-vous l'obligeance de bien vouloir regarder dans votre poche, Mademoiselle ? \"\r\n\r\nJ'en \u00e9tais rest\u00e9e \u00e0 sa phrase pr\u00e9c\u00e9dente, et il m'a fallu deux-trois secondes pour percuter. Dans la poche de ma veste, il y avait une carte de visite d'une sobri\u00e9t\u00e9 \u00e0 faire peur o\u00f9 se trouvaient simplement imprim\u00e9s un num\u00e9ro de portable et un nom \u2013<em><u> <\/u>Matthew Korbren, N.W.O<\/em>.\r\n\r\n\" Quand vous serez fix\u00e9s, contactez-moi...\" acheva ledit Korbren. \" Nous d\u00e9sirons une tr\u00eave de quarante-huit heures ; je pense que vos... <em>compatriotes <\/em>seraient int\u00e9ress\u00e9s. Sur ce, nous allons vous laisser r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 notre proposition. Bonne journ\u00e9e \u00e0 vous. \"\r\n\r\nLes deux Technos nous ont salu\u00e9s, puis ont regagn\u00e9 leur voiture. Et on est rest\u00e9s l\u00e0, debout sur le trottoir comme trois ronds de flan. Je tournais et retournais la carte entre mes doigts, me demandant ce qu'un costum\u00e9 du NWO visiblement Anglais avait \u00e0 demander une tr\u00eave avec les mages des Trads en France. Bizarre. Les emmerdes devaient \u00eatre plus \u00e9tendues qu'on ne l'avait d'abord pens\u00e9.\r\n\r\n\" Une <em>tr\u00eave <\/em>? \" a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 Yann en fron\u00e7ant les sourcils.\r\n\r\n- Ben quoi ? Vous en faites une t\u00eate ! \" s'est exclam\u00e9 Philippe. \" Ils veulent une tr\u00eave, c'est plut\u00f4t cool, non ?\r\n\r\n- C'est trop beau pour \u00eatre vrai, tu veux dire ! On voit que tu les connais pas ! \" <em>Moi<\/em>, j'avais vraiment du mal \u00e0 y croire.\r\n\r\n- Si \u00e7a se trouve, c'est un  pi\u00e8ge grossier... \" hasarda Yann.\r\n\r\n- Ou alors, ils sont <em>vraiment <\/em>dans la daube ! Avec tout ce qui s'est pass\u00e9 depuis deux semaines, \u00e7a serait pas \u00e9tonnant ! Bon, \u00e0 part \u00e7a, on pourrait peut-\u00eatre aussi songer \u00e0 partir, tu crois pas ?\r\n\r\n- En voil\u00e0 une bonne id\u00e9e, Anna ! Y en a un de vous qui sait changer un pneu ? Pendant ce temps, je vais essayer de trouver une deuxi\u00e8me roue de secours...\"\r\n\r\nPhilippe a gracieusement accept\u00e9 de se charger de la t\u00e2che, et Yann nous a rapidement expliqu\u00e9 ses intentions tout en vidant le coffre. Il voulait tout simplement \u00e9changer son contenu (en l'occurrence, du vide) avec celui d'une voiture du parking des Halles, poussant m\u00eame l'ironie jusqu'\u00e0 laisser un franc symbolique dans son coffre. C'est vrai qu'avec un peu de Correspondance, c'est tout \u00e0 fait faisable. Philippe marmonnait qu'il aurait \u00e9t\u00e9 plus simple d'appeler une d\u00e9panneuse plut\u00f4t que de se faire encore remarquer, mais Yann ne l'avait m\u00eame pas \u00e9cout\u00e9 ; assis au volant, il tripotait maintenant l'anneau qu'il portait \u00e0 sa main gauche \u2013 sans doute un focus \u2013 en fredonnant un vague air.\r\nAu bout d'un moment, notre XTC de service a rouvert les yeux, apparemment pas tr\u00e8s s\u00fbr de son coup. Et il avait pas tort.\r\n\r\n\" Alors ? Ca a march\u00e9 ?\r\n\r\n- Ben... Pas vraiment... \" Je dois dire que j'avais du mal \u00e0 me retenir de rigoler.\r\n\r\n- Comment \u00e7a, <em>pas vraiment<\/em> ? \"\r\n\r\nPhilippe et moi, on a \u00e9clat\u00e9 de rire. Parce que dans le coffre, il y avait maintenant une pi\u00e8ce de un franc g\u00e9ante en caoutchouc rigide et un pneu avec un enjoliveur marqu\u00e9 <em>Libert\u00e9, Egalit\u00e9, Fraternit\u00e9<\/em>. Je crois que Monsieur Paradoxe n'aurait pas pu mieux faire sentir \u00e0 Yann qu'il n'avait pas appr\u00e9ci\u00e9 la blague. Yann s'est lev\u00e9, croyant qu'on se payait sa t\u00eate \u2013 et il est ensuite retourn\u00e9 s'asseoir pour retenter son coup.\r\nTrois minutes plus tard, le coffre avait retrouv\u00e9 son aspect normal, mais on n'avait toujours pas de seconde roue de secours.\r\n\r\n\" Appelle une d\u00e9panneuse ! \" a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 Philippe pour la quatri\u00e8me ou cinqui\u00e8me fois, mi-amus\u00e9, mi-agac\u00e9. Je commen\u00e7ais \u00e0 en avoir marre, moi aussi, alors je me suis charg\u00e9e de l'op\u00e9ration (mon portable, de toutes mani\u00e8res grill\u00e9, a fini \u00e0 la poubelle apr\u00e8s cela. J'allais devoir r\u00e9silier <em>tr\u00e8s vite<\/em> mon abonnement...). Yann nous jurait que la prochaine tentative serait la bonne, mais je m'en fichais.\r\n\r\nDix minutes apr\u00e8s, la Coccinelle \u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e et emmen\u00e9e au garage le plus proche, ce qui nous arrangeait bien car il flottait de nouveau et qu'on en avait tous les trois ras-le-bol de rester plant\u00e9s l\u00e0 comme des cr\u00e9tins, dans le froid de cet hiver de plus en plus pourri.\r\nIl nous restait juste \u00e0 choper un bus pour rejoindre la Fondation et mettre les choses au point.\r\n\r\nUne journ\u00e9e ordinaire, quoi.\r\n\r\n<!--nextpage-->\r\n<h4><em>Mercredi 25 novembre 1997\r\nConfr\u00e9rie de la Lune Chantante<\/em><\/h4>\r\nLa route de Schirmeck n'est ni sp\u00e9cialement agr\u00e9able \u00e0 regarder, ni sp\u00e9cialement pr\u00e9vue pour les touristes. En fait, avec la bretelle d'autoroute juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, elle est m\u00eame carr\u00e9ment moche et bruyante, surtout sous la pluie. Mais il y a bien une particularit\u00e9 qu'on ne peut lui d\u00e9nier : celle d'abriter, dans un immeuble ancien pas encore trop sali par la pollution, l'unique Fondation herm\u00e9tiste de Strasbourg et de sa r\u00e9gion.\r\n\r\nC'est l\u00e0 qu'on s'est retrouv\u00e9s, une fois sortis du bus qui nous avait d\u00e9pos\u00e9s au Pipeau ; la pluie s'\u00e9tait calm\u00e9e, et c'\u00e9tait pas trop t\u00f4t d'\u00eatre enfin seuls, parce que les gens avaient fini par regarder bizarrement Philippe ne cessant de causer \u00e0 voix basse avec son Janus invisible. Dans la s\u00e9rie <em>Regardez-moi-je-suis-un-gros-dingue<\/em>, c'\u00e9tait pas mal trouv\u00e9. Nous nous sommes donc rendus \u00e0 la r\u00e9ception du b\u00e2timent en demandant \u00e0 parler aux <em>autorit\u00e9s comp\u00e9tentes<\/em>, ce qui nous a valu d'\u00eatre abord\u00e9s par un Acolyte \u00e0 la mine renfrogn\u00e9e qui n'aurait rien eu \u00e0 envier niveau carrure \u00e0 un Mark \u2013 les flingues dans les \u00e9paules en moins. C'\u00e9tait l'un de ceux qui nous avaient accueillis la premi\u00e8re fois que nous avions mis les pieds \u00e0 la Fondation, et il nous avait reconnus, Yann et moi. Le gars n'a quand m\u00eame pas voulu croire que Philippe nous accompagnait, mais quelques phrases bien enrob\u00e9es ont suffi \u00e0 le faire changer d'avis et \u00e0 nous mener tous trois dans le couloir permettant de gagner les \u00e9tages inf\u00e9rieurs.\r\n\r\nLe v\u00e9ritable c\u0153ur de la Fondation se situe en r\u00e9alit\u00e9 dans son sous-sol. Par une petite porte \u00e0 l'\u00e9cart, on acc\u00e8de \u00e0 un long escalier en colima\u00e7on descendant vers la \"cave\" et ses salles secr\u00e8tes. Quand je dis <em>escalier<\/em>, j'entends par l\u00e0 un vieux truc aux marches de pierre \u00e9rod\u00e9es glissantes d'humidit\u00e9 et aux murs couverts par endroits d'une dr\u00f4le de mousse verte \u00e0 moiti\u00e9 phosphorescente qui ne se trouve sans doute dans aucun bouquin de bio \u2013 un escalier qui para\u00eet s'enfoncer dans les entrailles de la terre, mais que nous n'avons pas suivi jusqu'au bout, nous arr\u00eatant \u00e0 une lourde porte en bois donnant sur une grande salle au plafond en ogives et bourr\u00e9e \u00e0 craquer d'\u00e9tag\u00e8res et de vieux bouquins. N'emp\u00eache, j'\u00e9tais s\u00fbre qui si on \u00e9tait descendus encore un peu plus bas, on aurait m\u00eame trouv\u00e9 des dinosaures logeant sous la Fondation.\r\n\r\nSans un mot, l'Acolyte taciturne nous a fait passer dans l'une des all\u00e9es, entre deux rayonnages, pour nous laisser \u00e0 une table occup\u00e9e par deux hommes v\u00eatus de sortes de robes de bure d'un joli brun vomitif. L'un des deux a hoch\u00e9 la t\u00eate quand l'Acolyte lui a dit quelque chose \u00e0 voix basse, et s'est ensuite lev\u00e9, sans doute pour aller pr\u00e9venir les <em>autorit\u00e9s comp\u00e9tentes<\/em> mentionn\u00e9es plus haut ; l'autre, qui \u00e9tait en train de recopier dans un volume vierge le contenu d'une grande feuille de parchemin, le tout \u00e0 la plume d'oie, a cess\u00e9 son travail, et nous a regard\u00e9s en silence durant quelques secondes. Allez, va, mon pauvre vieux, je savais bien moi aussi qu'on te laissait avec nous pour qu'on n'aille pas faire de b\u00eatises avec leurs bouquins trop lourds et leurs vieilles paperasses moisies. Quoique... A la mani\u00e8re dont Yann commen\u00e7ait \u00e0 s'int\u00e9resser aux mousses tapissant la pierre des murs, ce n'\u00e9tait pas forc\u00e9ment une vaine pr\u00e9caution.\r\n\r\n\" Vous devez \u00eatre les \u00e9claireurs, c'est cela ? \" a commenc\u00e9 l'Herm\u00e9tiste en essuyant sa plume d'oie (mais comment peut-on donc \u00e9crire avec un truc pareil ?) pour la mettre ensuite dans son support.\r\n\r\n- Z'avez de ces mots ! \" r\u00e9torqua Yann en se rapprochant insensiblement du mur.\r\n\r\n- Pourtant, il me semblait que vous n'\u00e9tiez que deux\u2026. \" fit un peu pour lui-m\u00eame l'Herm\u00e9tiste en se levant. \" Auriez-vous l'amabilit\u00e9 de me rappeler vos noms ?\r\n- Bien s\u00fbr. Voici Yann Richeman, du Culte de l'Extase. Et moi je suis Anna Delay. Adepte du Virtuel.\r\n\r\n- Daniel Dufour, Biblioth\u00e9caire Adjoint \", a r\u00e9pondu le copiste \u2013 et je me suis retenue de rire juste \u00e0 temps ; le nom correspondait bien au personnage. \" Qui est donc le jeune homme qui vous accompagne ?\r\n\r\n- Philippe Nerval, Orphelin ! \" Et Daniel Dufour ouvrit de grands yeux, visiblement peu habitu\u00e9 \u00e0 ce que des mages ram\u00e8nent des Orphelins dans une si <em>prestigieuse <\/em>fondation. Il s'appr\u00eatait \u00e0 dire quelque chose de d\u00e9sobligeant, sans doute, quand il remarqua Yann s'employant d\u00e9j\u00e0 \u00e0 gratter la mousse sur le mur d'\u00e0 c\u00f4t\u00e9.\r\n\r\n\" Mais\u2026Mais\u2026 Arr\u00eatez ! \" (Un Daniel Dufour compl\u00e8tement affol\u00e9 qui se pr\u00e9cipite sur Yann pour lui arracher la mousse en question.)\r\n\r\n- Ben, je me suis dit que ce serait cool \u00e0 fumer\u2026\" (R\u00e9ponse bien tranquille de Yann, qui ne faisait rien de mal.)\r\n\r\n- Vous\u2026 Vous \u00eates fou ? ! Fumer du Tass ! Mais qui nous a ramen\u00e9 un dingue pareil ? \"\r\n\r\nYann haussa les \u00e9paules, et partit en direction d'un autre rayonnage ; s'il comptait d\u00e9rober de la mousse en douce, c'\u00e9tait rat\u00e9, car l'un des Acolytes le suivit tout de suite apr\u00e8s. Daniel revint vers nous, serrant la mousse dans sa main, stup\u00e9fait de voir qu'on pouvait oser porter atteinte \u00e0 l'int\u00e9grit\u00e9 de la Mousse Magyque\u2122 des Herm\u00e9tistes ; Philippe et moi, on rigolait sous cape. Les XTC sont parfois des gens assez p\u00e9nibles (doux euph\u00e9misme) \u00e0 supporter \u00e0 la longue, mais au moins on ne s'ennuie pas avec eux.\r\n\r\n\" Et \u00e0 part la fumer, vous en faites quoi, de cette mousse ?\u2026\r\n\r\n- Nous ne la fumons p\u2026\" commen\u00e7a Daniel, avant de se rendre compte que je me payais sa t\u00eate. \" Elle sert \u00e0 composer des encres qui tiennent durant des si\u00e8cles, pour conserver nos \u00e9crits.\r\n\r\n- Ah, c'est donc pour \u00e7a que vous utilisez des plumes d'oie\u2026\r\n\r\n- Oui, exactement !\r\n\r\n- Mais si on mettait l'encre dans un stylo, \u00e7a reviendrait au m\u00eame et ce serait plus simple pour \u00e9crire, non ? \"\r\n\r\nA ces mots, l'Herm\u00e9tiste a fait une dr\u00f4le de t\u00eate. Phil se mordait la l\u00e8vre pour ne pas rigoler pour de bon. D'accord, c'\u00e9tait m\u00e9chant de ma part de me moquer ainsi de lui, mais ce pauvre Daniel Dufour \u00e9tait si coinc\u00e9 et si s\u00e9rieux que j'avais vraiment envie de le d\u00e9rider un peu. En y regardant de plus pr\u00e8s, sans son air d'avoir aval\u00e9 un balai au p'tit d\u00e8je, il \u00e9tait m\u00eame plut\u00f4t pas mal. Je pense qu'il devait avoir dans les 25-30 ans, avec des cheveux blonds coup\u00e9s court (un peu comme Claude Fran\u00e7ois ou Dave\u2026 enfin, passons sur le ridicule de la chose), des yeux bleus, clairs, un visage un peu anguleux mais aux traits fins et r\u00e9guliers \u2013 un type plut\u00f4t mignon, en fait, et qui aurait \u00e9t\u00e9 encore mieux si son expression grave ne l'avait fait para\u00eetre plus \u00e2g\u00e9. Cependant, il avait surtout l'air du gars jamais sorti de sa Fondation, et capable de prendre le panneau indiquant l'entr\u00e9e du m\u00e9tro St-Michel pour une enseigne de MacDo souterrain. Le larguer seul dans Paris, \u00e7'aurait \u00e9t\u00e9 le larguer dans la jungle arm\u00e9 d'un cure-dent et d'un pistolet \u00e0 eau.\r\n\r\nMais avant qu'on ait pu reprendre la discussion, un autre membre de la Fondation (reconnaissable \u00e0 son horrible robe brune) s'est avanc\u00e9 vers nous. Il s'agissait d'un jeune Noir \u00e0 l'air rieur (le pic d'herm\u00e9tisation du coin n'avait apparemment pas encore caus\u00e9 chez lui des d\u00e9g\u00e2ts irr\u00e9versibles), et qui semblait d\u00e9j\u00e0 un peu plus d\u00e9gourdi que son a\u00een\u00e9 ne sachant plus trop o\u00f9 se mettre.\r\n\r\n\" Ah, fr\u00e8re Daniel ! Je dois vous transmettre les remerciements de fr\u00e8re L\u00e9on pour avoir r\u00e9ussi \u00e0 faire marcher l'imprimante ! Vous aviez raison, en la branchant, \u00e7a va tout de suite mieux !\r\n\r\n- Ah, parce qu'il y a l'\u00e9lectricit\u00e9 dans cette caverne ? \" dit Philippe pendant que Daniel Dufour gratifiait le jeune Herm\u00e9tiste d'un<em> \" Merci, fr\u00e8re Anselme, j'en suis bien content \" <\/em>.\r\n\r\n- Ben , \u00e9videmment ! \" r\u00e9pondit Anselme en se tournant vers notre Orphelin de service. \" On a m\u00eame un ordinateur ! Et c'est aussi fr\u00e8re Daniel qui a r\u00e9ussi \u00e0 le faire marcher !\r\n\r\n- Un ordinateur ? \" (Ca, c'est la r\u00e9action typique d'un sp\u00e9cimen d'Anna Delay Sapiensis, l'\u0153il brillant et la curiosit\u00e9 tout de suite en alerte.) \" Il est o\u00f9 ?\r\n\r\n- L\u00e0-bas\u2026\"\r\n\r\nSur ce, fr\u00e8re Anselme me d\u00e9signe du doigt une table \u00e0 l'autre bout de la salle, autour de laquelle se trouvent trois moines \u2013 euh, pardon, Herm\u00e9tistes \u2013 et qu'on peut bien apercevoir en se d\u00e9calant de deux rayonnages. Et voil\u00e0 que l'un des mages se d\u00e9cale pour prendre la feuille sortant de l'imprimante, me laissant face \u00e0 une vision d'horreur qui arr\u00eate net dans son mouvement le sp\u00e9cimen sus-cit\u00e9 s'appr\u00eatant \u00e0 fondre sur sa proie. Car sur la table tr\u00f4ne un affreux MO5 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais trop o\u00f9 (sans doute dans la pile d'antiquit\u00e9s informatiques du Cash Converters), nanti d'un moniteur \u00e0 graphisme CGA. Expression d\u00e9go\u00fbt\u00e9e, dissimul\u00e9e juste \u00e0 temps. Mon coeur d'informaticienne et d'Adepte pleure de rage devant tant de mis\u00e8re. Si Hugo \u00e9tait l\u00e0, il irait se pendre direct. Enfin\u2026 Puisque le fr\u00e8re Daniel a r\u00e9ussi \u00e0 le faire marcher, \u00e7a prouve qu'il est un peu moins anachronique qu'on ne l'a tout d'abord pens\u00e9. Peut-\u00eatre que d'ici dix ans, les Herms auront enfin compris que pour imprimer un texte en plusieurs exemplaires, on n'a pas besoin de le retaper \u00e0 chaque fois.\r\n\r\n\" Alors ? Il est bien, non ?\r\n\r\n- Oui\u2026 Oui, il est tr\u00e8s bien\u2026 \" D\u00e9cid\u00e9ment, des id\u00e9es neuves seraient les bienvenues dans cette Fondation.\r\n\r\nUn mouvement derri\u00e8re moi a \u00e0 ce moment attir\u00e9 mon attention ; une charmante Herm\u00e9tiste \u00e0 la longue crini\u00e8re rousse venait de rejoindre son confr\u00e8re Daniel, et vu la t\u00eate qu'a alors faite ce dernier, j'ai vite compris qu'elle lui faisait\u2026 disons\u2026 un certain effet \u2013 voire un effet certain. Comme aurait dit l'une de mes connaissances parisiennes bien connue pour sa lourdeur et se vannes grasses  : <em>\"Si sa robe de moine \u00e9tait en bronze, il sonnerait l'Ang\u00e9lus ! \"<\/em>\r\n\r\n\" Ah ! fr\u00e8re Daniel ! Le concile voudrait que vous leur ameniez les nouveaux arrivants pour le compte-rendu\u2026 dans la grande salle.\r\n\r\n- La\u2026 La grande salle ? Ah\u2026 B\u2026bien, s\u0153ur Elisabeth, j'y vais\u2026 tout de suite ! \"\r\n\r\nPhilippe a de justesse \u00e9touff\u00e9 un ricanement, sans doute en r\u00e9ponse \u00e0 un commentaire de son Janus (il doit \u00eatre comme Kenny dans <em>Southpark<\/em>, celui-l\u00e0 : le seul \u00e0 dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, sauf qu'il n'y a que Philippe pour comprendre ce qu'il raconte parce qu'il est le seul \u00e0 le voir). J'avais d\u00e9j\u00e0 pu constater la nette tendance de l'Orphelin \u00e0 \"parler tout seul\". Janus \u00e9tait apparemment omnipr\u00e9sent\u2026 et tr\u00e8s bavard.\r\n\r\n<!--nextpage-->\r\n\r\nS\u0153ur Elisabeth s'est \u00e9loign\u00e9e, Daniel Dufour la suivant un instant du regard avant de se tourner vers nous (c'est marrant\u2026 <em>elle<\/em>, l'affreuse robe brune ne la rendait pas ridicule\u2026). Yann est revenu \u00e0 ce moment, l'air vaguement penaud, avec sur ses talons le grand Acolyte. Son exp\u00e9dition visant \u00e0 gauler de la mousse devait avoir \u00e9chou\u00e9.\r\n\r\n\u00ab Bien\u2026 Puisque nous voil\u00e0 tous au complet, nous pouvons y aller ! \u00bb L\u2019Herm\u00e9tiste nous a fait signe de le suivre, tentant de se redonner un air plus autoritaire. On a d\u00fb traverser toute la biblioth\u00e8que \u2013 et passer devant l\u2019infect MO5 dont les trois mages s\u2019employaient toujours \u00e0 apprendre le fonctionnement \u2013 pour gagner une autre porte en bois, un peu plus grande que celle par laquelle on \u00e9tait arriv\u00e9s. Je commen\u00e7ais \u00e0 avoir froid, et \u00e0 me demander si la Fondation avait aussi pens\u00e9 \u00e0 installer le chauffage dans son sous-sol. Les Adeptes du Virtuel r\u00eavent-ils de chauffages \u00e9lectriques ?\r\n\r\nLa porte s\u2019est ouverte sur une haute salle qui elle aussi ressemblait \u00e0 une crypte, mais plus haute que la pr\u00e9c\u00e9dente\u2026 et encore plus froide. Soutenue par de hautes colonnades de pierre moussue, elle comprenait en son centre une longue table rectangulaire qui paraissait faite de ch\u00eane ou d\u2019\u00e9b\u00e8ne massif \u2013 dur \u00e0 dire, \u00e0 la lumi\u00e8re des bougies. Devant, quatre chaises nous attendaient ; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 \u00e9taient assis trois hommes v\u00eatus des longues robes brunes de circonstance, et sans doute aussi vieux que les murs eux-m\u00eames tant ils avaient l\u2019air croulants \u2013 surtout celui du milieu, derri\u00e8re lequel se tenait un quatri\u00e8me Herm\u00e9tiste, d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es celui-l\u00e0, mais au visage tout aussi aust\u00e8re que ceux de ses a\u00een\u00e9s.\r\n\r\nJe les avais d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9s. Les trois dirigeants de la Fondation.\r\n\r\n\u00ab Ma\u00eetre Rodolf. Ma\u00eetre Bartolf. Ma\u00eetre Alb\u00e9rich \u00bb, a murmur\u00e9 Daniel Dufour en inclinant la t\u00eate pour les saluer. Celui du milieu, Bartolf, nous a fait signe de prendre place sur les chaises inoccup\u00e9es.\r\n\r\nG\u00e9nial. Une salle glac\u00e9e et pleine de courants d\u2019air, de vieux g\u00e2teux \u00e0 l\u2019air r\u00e9barbatif, et un joli petit interrogatoire en perspective. Rien de mieux pour continuer la journ\u00e9e, surtout avec Philippe qui rigolait d\u00e9j\u00e0 tout seul dans son coin.\r\n\r\n\u00ab Voici les \u00e9claireurs, mes Ma\u00eetres\u2026\r\n\r\n- C\u2019est ce que je constate ! \u00bb Alb\u00e9rich, aussi antipathique que lors de notre premi\u00e8re rencontre \u2013 et il ne faisait apparemment rien pour s\u2019am\u00e9liorer. \u00ab Mais j\u2019aimerais bien savoir pourquoi ils sont d\u00e9j\u00e0 de retour !\r\n\r\n- Et ce que fait avec eux cet autre individu ! \u00bb (Rodolf) \u00ab Nous avons suffisamment d\u2019occupations en ce moment, avec le concile qui se pr\u00e9pare \u00e0 Doissetep.\r\n\r\n- Certes\u2026 \u00bb Daniel, murmurant toujours. \u00ab Mais\u2026\r\n\r\n- Vous trouvez \u00e7a dr\u00f4le ? \u00bb cingla Alb\u00e9rich en gratifiant Philippe d\u2019un regard noir. \u00ab Et vous, l\u2019Avatar, je vous prie de cesser vos pitreries et de vous tenir tranquille ! \u00bb\r\n\r\nCette derni\u00e8re remarque s\u2019adressait sans aucun doute \u00e0 Janus \u2013 chapeau quand m\u00eame, le gars, parce que moi je ne r\u00e9ussissais pas \u00e0 le voir, et de toutes fa\u00e7ons, j\u2019aurais m\u00eame pas su comment proc\u00e9der. Philippe s\u2019est quand m\u00eame un peu calm\u00e9, et c\u2019est alors qu\u2019est intervenu Bartolf :\r\n\r\n\u00ab  Allons\u2026 L\u2019heure n\u2019est pas aux discussions st\u00e9riles, et nous avons tous mieux \u00e0 faire que cela. Tout d\u2019abors, j\u2019ai \u00e0 vous faire part d\u2019une nouvelle quelque peu d\u00e9plaisante, du moins pour certains d\u2019entre vous\u2026 \u00bb Il s\u2019est tourn\u00e9 vers moi : \u00ab Nous avons maintenant la confirmation que Simon Kopaczek est mort ; son corps a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 ce matin. Je crois qu\u2019il appartenait \u00e0 votre Tradition, Mademoiselle. Je suis d\u00e9sol\u00e9. \u00bb\r\n\r\nD\u2019accord, j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 au courant. Mais \u00e7a faisait du bien de constater qu\u2019au moins, il ne comptait pas pour quantit\u00e9 n\u00e9gligeable aux yeux d\u2019un Primus Hernm\u00e9tiste. Comme je disais, c\u2019est pas parce que je le voyais rarement que je ne tenais pas \u00e0 l\u2019un de mes compatriotes.\r\n\r\n\u00ab Vous le saviez d\u00e9j\u00e0 ? \u00bb a fait Alb\u00e9rich, \u00e0 la fois m\u00e9fiant et intrigu\u00e9.\r\n\r\n- Les nouvelles vont toujours vite, chez nous. Et puis, Simon \u00e9tait un AV. Les n\u00f4tres doivent tous \u00eatre au courant, maintenant. \u00bb Tiens, prends \u00e7a dans les dents. Comme \u00e7a tu comprendras qu\u2019on a beau ne pas causer le latin couramment, on n\u2019est pas non plus des sous-merdes.\r\nBartolf nous a ensuite demand\u00e9 d\u2019expliquer clairement la situation et la raison de notre si rapide retour, ce dont je me suis charg\u00e9e. Le motif de notre descente \u00e0 la Sebek, la rencontre fortuite avec Philippe Nerval, Orphelin de son \u00e9tat (ce qui n\u2019a pas sembl\u00e9 les ravir\u2026), la discu qui s\u2019\u00e9tait ensuivie, et notre prise en chasse par les Technomanciens. In\u00e9vitablement, Alb\u00e9rich s\u2019est senti oblig\u00e9 de r\u00e2ler comme une otarie au sujet de Philippe, comme quoi il n\u2019\u00e9tait absolument pas certain qu\u2019on puisse lui faire confiance. Mais je gardais le meilleur pour la fin, et quand j\u2019ai mentionn\u00e9 la tr\u00eave propos\u00e9e par le tr\u00e8s british Korbren, j\u2019ai bien cru qu\u2019Alb\u00e9rich allait sauter au plafond et que Rodolf \u00e9tait sur le point de s\u2019\u00e9trangler.\r\n\r\n\u00ab Une <em>tr\u00eave <\/em>? ! \u00bb cracha Alb\u00e9rich. \u00ab Mensonges que tout cela !\r\n\r\n- Ah, mais c\u2019est pas <em>mon <\/em>id\u00e9e\u2026\r\n\r\n- S\u2019ils croient que nous allons tomber dans ce pi\u00e8ge grossier ! Je ne sais pas ce qu\u2019ils cherchent, mais nous n\u2019avons rien \u00e0 faire avec ces damn\u00e9s Technomanciens !\r\n\r\n- Et s\u2019ils avaient vraiment des ennuis ?\u2026 \u00bb l\u2019a interrompu Bartolf \u00e0 mi-voix, croisant ses vieilles mains noueuses devant lui. Ses trois compagnons l\u2019ont regard\u00e9, l\u2019air plus ou moins \u00e9tonn\u00e9s par ce qu\u2019il venait de dire. \u00ab Nous devrions y r\u00e9fl\u00e9chir\u2026 \u00bb Il m\u2019a \u00e0 nouveau fix\u00e9e de son regard bleu presque trop intense. \u00ab Dites-moi, jeune fille \u2013 Anna, c\u2019est cela ? \u2013 il s\u2019agit bien d\u2019une demande de <em>tr\u00eave <\/em>dont ils vous ont fait part ?\r\n\r\n- De quarante-huit heures. Je pense qu\u2019ils ont assez \u00e0 faire avec le probl\u00e8me de la Sebek, et ne veulent pas d\u2019accrochage avec les Trads\u2026\r\n\r\n- Vous <em>pensez <\/em>! \u00bb Oui, Monsieur Alb\u00e9rich, \u00e7a m\u2019arrive. Et c\u2019est pas la peine de bondir comme \u00e7a de votre chaise. \u00ab Vous devriez plut\u00f4t penser qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une ruse !\r\n\r\n- Et alors ? Vous \u00eates la principale Fondation de la ville, c\u2019est quand m\u00eame mieux de vous mettre au courant, non ?\r\n\r\n- Du calme, du calme\u2026 \u00bb Merci, Rodolf, enfin quelqu\u2019un d\u2019autre qui commence \u00e0 se dire qu\u2019on n\u2019est pas que des cr\u00e9tins finis. \u00ab Bartolf a raison. Nous ne pouvons pas consid\u00e9rer \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re cette proposition bien trop rara. Fr\u00e8re Daniel, qu\u2019en pensez-vous ? \u00bb\r\n\r\nL\u2019interpell\u00e9 rel\u00e8ve la t\u00eate, tout surpris de voir l\u2019un de ses Ma\u00eetres s\u2019enqu\u00e9rir de son opinion. H\u00e9sitant sur la conduite \u00e0 tenir, il se range \u00e0 l\u2019avis de Bartolf. D\u00e9cid\u00e9ment, une personne des plus mod\u00e9r\u00e9es, ce gars-l\u00e0. Mais c\u2019est pas forc\u00e9ment toujours un mal. \u00ab Je crois\u2026 qu\u2019il faut rester prudents.\r\n\r\n\u00ab Et vous, Alb\u00e9rich ?\r\n\r\n- C\u2019est insens\u00e9 ! Nous n\u2019allons tout de m\u00eame pas les renvoyer l\u00e0-bas pour voir ce que veulent ces hommes ! C\u2019est bien trop dangereux !\r\n- Tout ceci m\u00e9rite \u00e0 mon go\u00fbt d\u00e9lib\u00e9ration\u2026 \u00bb C\u2019\u00e9tait le grand blond, derri\u00e8re Bartolf, qui venait d'ouvrir la bouche.\r\n\r\n- Fr\u00e8re Nicholas \u00e0 raison. Je propose que nous en discutions au pr\u00e9alable entre nous, et que nous nous retrouvions tous dans cette m\u00eame salle d\u2019ici une heure. Cela vous va-t-il ? \u00bb\r\n\r\nHaussement d\u2019\u00e9paules mou de la part de Yann. Philippe et moi, on s\u2019est regard\u00e9 un instant avant d\u2019acquiescer \u2013 il faut dire que je n\u2019avais aucune envie de moisir plus longtemps dans cet endroit. Lorsque Daniel Dufour nous a reconduits \u00e0 la biblio, j\u2019ai bien rican\u00e9 sous cape en voyant Philippe le scier pour qu\u2019en attendant, il lui en fasse conna\u00eetre un peu plus sur les mages. Tous deux sont all\u00e9s fouiner dans les bouquins et les vieilles paperasses ; moi, j\u2019ai regagn\u00e9 le hall d\u2019entr\u00e9e de la Fondation pour me servir un caf\u00e9 bien noir et bien chaud au distributeur (\u00e7a, au moins, ils connaissent\u2026) et, assise sur l\u2019une des banquettes \u2013 <em>juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un radiateur<\/em> \u2013 sortir mon Trin pour t\u00e2cher de fouiner un peu plus dans les dossiers de Schmidt et compagnie.\r\n\r\nFacile de tomber sur les informations officielles \u2013 noms, photos, adresses et professions. Toutes ces choses sont d\u2019ordinaire facilement accessibles, et je poussai m\u00eame le vice jusqu\u2019\u00e0 tirer tout cela sur imprimante.\r\n\r\nCarter Maxcellin, vingt ans - un peu jeune quand m\u00eame pour son boulot de \u00ab d\u00e9tective priv\u00e9 \u00bb. Originaire de New-York, arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019a\u00e9roport d\u2019Entzheim le 8 novembre \u2013 c\u2019est le 10-11 que tout a p\u00e9t\u00e9 \u00e0 la Sebek. Typiquement XTC, si on y regarde bien : les cheveux blonds port\u00e9s longs sur un c\u00f4t\u00e9 de la t\u00eate, l\u2019autre \u00e9tant soigneusement ras\u00e9. Et le regard bleu p\u00e9tillant de quelqu\u2019un qui a l\u2019air de comprendre tout ce qui se passe dans le monde. Rhiannon, Verbena elle aussi d\u2019origine am\u00e9ricaine, une copine de Carter, en fait. Ez\u00e9chiel Darambo, \u00e9tudiant strasbourgeois en th\u00e9ologie ; beau gosse t\u00e9n\u00e9breux, un peu mal ras\u00e9, avec trois grains de beaut\u00e9 formant un triangle au milieu de son front. L\u2019air de fuir l\u2019objectif, comme s\u2019il n\u2019aimait pas qu\u2019on aille s\u2019int\u00e9resser de trop pr\u00e8s \u00e0 lui. Je me demande d\u2019ailleurs si je ne l\u2019avais pas d\u00e9j\u00e0 une fois crois\u00e9, de loin, en traversant le campus. Et Christophe Schmidt, qui aurait pu passer pour un parent de Kopaczek tellement il lui ressemblait. Petit g\u00e9nie de l\u2019informatique, d\u00e9tenteur d\u2019une ma\u00eetrise en informatique et recherche nanotech (mention <em>Bien<\/em>), et tout \u00e7a \u00e0 tout juste vingt-et-un an. Proprio du magasin d\u2019info sur le Quai des P\u00eacheurs, sp\u00e9cialis\u00e9 dans le recherche et l\u2019exportation de puces et de produits de hardware \u2013 quasiment l\u2019endroit o\u00f9 on allait prendre le caf\u00e9, derri\u00e8re le comptoir, quand on venait chez lui chercher un peu de matos \u00abparadigmatiquement sp\u00e9cial\u00bb. tout l\u2019immeuble lui appartenait, et il vivait au-dessus du magasin avec Sam (par ailleurs licenci\u00e9 en langues classiques et titulaire d\u2019une ma\u00eetrise de lettres, et d\u00e9tenteur de 45% des parts de la boutique). La plupart de ces choses, je les savais d\u00e9j\u00e0. Mais mieux vaut \u00eatre s\u00fbre de son coup, surtout quand on ne sait m\u00eame pas o\u00f9 aller chercher ces personnes.\r\n\r\nQuant aux Acolytes de Simon, les deux fr\u00e8res Lucas\u2026 Le premier \u00e9tait tout bonnement mort, selon les dossiers ; l\u2019autre avait fini \u00e0 l\u2019hosto en m\u00eame temps que Samuel, br\u00fbl\u00e9s aux 2\u00e8me et 3\u00e8me degr\u00e9 sur plus de 60% du corps, et aux bons soins d\u2019un certain docteur Irgard. Je ne sais pas trop ce qui avait bien pu leur arriver, mais j\u2019aurais pas aim\u00e9 \u00eatre \u00e0 leur place. De toutes fa\u00e7ons, le Chu, il est bourr\u00e9 de Prog\u00e9niteurs.\r\nJ\u2019en \u00e9tais donc \u00e0 imprimer tout cela quand Audrinn m\u2019a recontact\u00e9e, apr\u00e8s \u00eatre de nouveau all\u00e9 fouiller dans des dossiers pas tr\u00e8s officiels. A part l\u2019enterrement de Simon, pr\u00e9vu pour le lendemain \u00e0 quatorze heures, il avait d\u00e9couvert que notre ancien chef de file, autrefois membre d\u2019It\u00e9ration X, avait \u00e9t\u00e9, aux USA, \u00e0 la t\u00eate de la Sebek durant quatre ans en compagnie de Guido Sardenia. Ce m\u00eame Sardenia qui dirigeait maintenant le Sebek \u00e0 Strasbourg \u2013 et avait accessoirement lui aussi disparu. Ils avaient tous deux travaill\u00e9 sur un certain \u00abprojet Zodiac\u00bb, apr\u00e8s quoi Kopaczek avait d\u00e9cid\u00e9 de <em>passer \u00e0 l\u2019ennemi<\/em>. Des fois, je me demande quand m\u00eame bien o\u00f9 Audrinn va aller chercher tout \u00e7a.","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Carnet de bord d&#8217;Anna Delay Introduction J&#8217;ai toujours ador\u00e9 ce qui, de pr\u00e8s ou de loin, touchait \u00e0 l&#8217;informatique. 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