{"id":15,"date":"2007-08-02T23:44:34","date_gmt":"2007-08-03T04:44:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/principaux-personnages\/les-personnages-joueurs\/helga-melvany"},"modified":"2009-05-01T20:45:31","modified_gmt":"2009-05-01T18:45:31","slug":"helga-melvany","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/principaux-personnages\/les-personnages-de-redux\/helga-melvany","title":{"rendered":"Helga Melvany"},"content":{"rendered":"<p class=\"shutter\">\u00a0<\/p>\r\n<p class=\"shutter\"><em>Oui, je sais que j'abuse avec la longueur de mes backgrounds. Si vous n'avez pas le temps de lire, passez \u00e0 un autre personnage, par exemple.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"shutter\">\u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Helga est n\u00e9e le 10 septembre 1898 dans le village de Dunakiliti, un des plus modestes en taille du comitat de Sopron, situ\u00e9 dans l'extr\u00eame nord-ouest de la Hongrie, \u00e0 proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re autrichienne. Ce territoire\u00a0a toujours \u00e9t\u00e9 bilingue : les gens s'y expriment en hongrois autant qu'en allemand.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Troisi\u00e8me enfant d'une famille paysanne honorablement connue, les Tolna, elle passa les premi\u00e8res ann\u00e9es de son enfance dans une atmosph\u00e8re relativement calme et heureuse, rythm\u00e9e par les travaux des champs, du printemps \u00e0 l'automne, par quelques excursions au lac de Fert\u00f6, o\u00f9 Helga et ses deux fr\u00e8res a\u00een\u00e9s s'amusaient au milieu des roseaux pendant les chaudes heures de l'\u00e9t\u00e9, et par la classe du cur\u00e9 lors de l'hiver, de novembre \u00e0 mars.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e8re d'Helga mourut en couche au printemps 1902, lors de la naissance du quatri\u00e8me enfant, qui ne surv\u00e9cut pas non plus. Le p\u00e8re d'Helga pleura quelques temps sa femme puis se remaria en 1906, n\u00e9cessit\u00e9s de la ferme oblige, et la belle-m\u00e8re, apr\u00e8s avoir mis au monde deux jumeaux, prit vite l'habitude de commander. Houspillant sans cesse les enfants du premier lit pour leur app\u00e9tit, leur paresse, leur insolence, elle insinua, phrase apr\u00e8s phrase, dans l'esprit de son mari qu'avec cinq enfants \u00e0 charge \u00e0 la maison, la subsistance de la famille \u00e9tait en danger. Ceux-ci lui rendirent sa bont\u00e9 en la surnommant la Baba-Yaga. Il y eut une guerre continuelle entre les enfants et la mar\u00e2tre, qui insista pour faire louer les plus grands comme journaliers, \u00e0 l'exemple d'autres familles du canton. Le p\u00e8re, lass\u00e9 des cris et des plaintes continuelles de sa femme, c\u00e9da : Helga et ses deux fr\u00e8res furent plac\u00e9s en 1910 comme valets et servante dans des exploitations des environs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">La jeune fille eut \u00e0 peine le temps de r\u00e9ussir son certificat d'\u00e9tudes primaires, apr\u00e8s que p\u00e8re Jakuvic eut arrach\u00e9 de haute lutte l'autorisation parentale de lui faire passer l'examen. Le cur\u00e9 insistait beaucoup pour qu'Helga vienne en classe : comme elle \u00e9tait l'une des plus dou\u00e9es, elle pouvait le seconder efficacement dans la r\u00e9p\u00e9tition des le\u00e7ons des plus petits, et il avait \u00e9galement besoin d'une aide comp\u00e9tente pour le classement des feuillages, plantes et autres fleurs dont le faisait la collecte. Le p\u00e8re Jakuvic caressait en effet l'espoir de pr\u00e9senter un jour le r\u00e9sultat de ses recherches sur la flore des milieux lacustres \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 savante de botanique de Budapest. Le p\u00e8re ne voyait pas en quoi savoir lire aurait pu avantager sa fille lors du glanage ou du lessivage des habits des patrons et pensait m\u00eame que un fermier aurait pu trouver cela d\u00e9plac\u00e9 chez une journali\u00e8re. La mar\u00e2tre cachait \u00e0 peine sa jalousie. Le cur\u00e9 eut le dernier mot, mais il ne put \u00e9viter son placement dans une ferme.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Helga devint ainsi \u00e0 13 ans petite servante dans un riche domaine agricole des environs de Csorna, gagnant en un trimestre \u00e0 peine de quoi subvenir \u00e0 ses propres besoins. Helga travaillait toute la journ\u00e9e, et sa silencieuse comp\u00e9tence n'avait pu que lui procurer la protection d'une ou deux servantes plus \u00e2g\u00e9es qu'elle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--nextpage--><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Le loup-garou, cependant n'\u00e9tait pas loin. Durant le premier \u00e9t\u00e9, une jeune fille de son \u00e2ge \u00e9tait morte en tombant d'une \u00e9chelle dans la grange, et il se racontait qu'elle avait \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9e par le patron, un sale cochon d'Autrichien ventripotent qui l'aurait mise enceinte d'une mani\u00e8re... un peu trop embarrassante. Mais Helga travaillait sereinement et ne pr\u00eatait pas ce genre d'attention apeur\u00e9e \u00e0 ces rumeurs. Ce n'est que le soir, o\u00f9 elle se sentit plaqu\u00e9e contre le muret des latrines, o\u00f9 elle entendit le patron lui dire d'\u00eatre gentille et de se taire qu'un d\u00e9cha\u00eenement de haine, provoqu\u00e9 par toutes les contraintes, les d\u00e9sillusions, les humiliations qu'elle avait d\u00e9j\u00e0 subies, se d\u00e9versa contre le bourreau, et celui-ci s'\u00e9croula, en sang, le visage et le bas-ventre mutil\u00e9s de longues estafilades.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Helga courut. Il y avait le lac \u00e0 2 lieues. S'y retrouver, s'y laver, s'y purger de cette souillure, de cette main lourde pos\u00e9e sur son \u00e9paule, de ce fr\u00f4lement de ventre, de cette haleine sur sa nuque, de cette d\u00e9charge de rage. Les roseaux l'accueillirent. Peu \u00e0 peu, un chant f\u00e9minin, doux et m\u00e9lancolique s'\u00e9leva des frondaisons, accompagn\u00e9 d'une lumi\u00e8re oscillante. Helga releva la t\u00eate, les yeux toujours cach\u00e9s dans ses mains. Fascin\u00e9e par ce qu'elle pressentait, elle abaissa progressivement les bras et avan\u00e7a dans le lac jusqu'\u00e0 la taille. Une femme aux longs cheveux noirs se perdant dans la nuit, v\u00eatue de satin blanc, se trouvait \u00e0 trois m\u00e8tres d'elle, dans une barque comme \u00e9clair\u00e9e par la lune. Ses v\u00eatements glissaient sur l'onde et jouaient avec les poissons et les oiseaux qui l'accompagnaient. D'une voix douce, la femme demanda \u00e0 Helga quelle \u00e9tait la raison de sa pr\u00e9sence en de tels lieux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Ayant \u00e9cout\u00e9 son r\u00e9cit, la femme prit la manche de son v\u00eatement et essuya de la caresse de son tissu neigeux les souillures honteuses qui maculaient la robe et le tablier de la jeune fille. Ces cro\u00fbtes noires et s\u00e8ches se d\u00e9vers\u00e8rent avec un petit craquement sec dans une coupe circulaire vermeille que tenait la dame. S'ex\u00e9cutant sans vraiment comprendre \u00e0 la demande de son interlocutrice, Helga offrit le contenu de la coupe au lac et aux animaux. Un liquide nourricier, pur, chaud s'\u00e9chappa de la coupe en un long flot imp\u00e9tueux, embrasant de ses reflets les eaux. La coupe, devenue br\u00fblante, s'\u00e9chappa des mains d'Helga et s'enfon\u00e7a lentement dans la vase. La femme posa ses deux sur son visage en lui murmurant \" Sois la bienvenue, nouvelle n\u00e9e. A la prochaine f\u00eate viens rechercher ce qui t'appartient \". Puis elle tendit la main vers la lune, qui se fit miroir, lui rendant le reflet d'une jeune fille au visage grave et rayonnant. Enfin, l'embarcation se couvrit de jeunes pousses garnies de fleurs blanches, qui sur un geste de la femme habill\u00e8rent Helga de leur velours profond. Helga se sentit vivre.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">C'est d'un coup de pied dans le dos qu'elle fut r\u00e9veill\u00e9e le lendemain matin. Les mains englu\u00e9es dans la boue, les v\u00eatements couverts de vase d'un vert \u00e9teint tapiss\u00e9 de sel, un go\u00fbt d'humidit\u00e9 rance dans la bouche, elle leva les yeux vers le ciel, elle distingua trois policiers qui la lev\u00e8rent sans m\u00e9nagement et lui attach\u00e8rent les mains. \u00c9berlu\u00e9e, Helga essaya de se d\u00e9fendre, de parler... Mais toute la r\u00e9alit\u00e9 lui revenait. La main du fermier sous la robe. La r\u00e9volte. Le sang. Elle pleura.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors de son audition, elle apprit qu'un t\u00e9moin l'accusait du meurtre du fermier et que la rumeur courait d\u00e9j\u00e0 dans tout le d\u00e9partement que le crime aurait \u00e9t\u00e9 l'oeuvre d'une sorci\u00e8re. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la sorci\u00e8re Helga Tolna. D'ailleurs, sa belle-m\u00e8re s'empressait d'en rajouter, et la famille semblait la renier. Le juge, un tantinet plus rationaliste, la pressait de lui avouer o\u00f9 se trouvait le couteau, en lui promettant une commutation de la peine de mort en prison \u00e0 vie. Helga crut distinguer dans l'horloge se trouvant derri\u00e8re le juge la lune qui lui avait rendu une image si pure et si s\u00fbre d'elle. Elle r\u00e9pondit au juge qu'elle n'avait pas commis le crime. Qu'elle n'en avait pas la force physique. En pronon\u00e7ant ces paroles, elle revoyait dans sa t\u00eate ses ongles grandir \u00e0 une vitesse folle et frapper sans merci. Elle ne scilla pas. Elle ajouta qu'elle s'\u00e9tait enfuie car le meurtrier de son patron, la surprenant sur les lieux du meurtre\u00a0en train de lui porter assistance, l'avait poursuivie. Elle garda par devant sa conscience la certitude que de sales voyeurs avaient\u00a0profit\u00e9 en spectateurs ravis aux viols qu'avait commis ce sale type sur ses employ\u00e9es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout le monde \u00e9tait bien embarrass\u00e9. Les langues commen\u00e7aient \u00e0 se d\u00e9lier et le fils du patron, qui n'aimait pas trop \u00e7a pr\u00e9f\u00e9rait n\u00e9gocier rapidement et reprendre l'exploitation. L'accusation tomba sous le coup d'un non-lieu. Helga n'avait plus d'avenir social.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--nextpage--><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Par l'interm\u00e9diaire du cur\u00e9 de son village natal,\u00a0des plus navr\u00e9s de cet \u00e9v\u00e9nement, elle trouva refuge chez une vieille femme, percluse de rhumatismes, vivant dans une masure, \u00e0 l'\u00e9cart d'un village encore plus recul\u00e9 que Dunakiliti. C'\u00e9tait une petite maison de bois, au toit de chaume, quelques poules cancanaient dans un clos aux mailles serr\u00e9es, une modeste mare, sans doute r\u00e9serve \u00e0 poissons, et dans la maison on entendait meugler de temps en temps une petite vache, qu'il faudrait bient\u00f4t faire mettre bas. La vieille, appel\u00e9e Margrit avait perdu son conjoint, Rudolf le charbonnier, dix ans auparavant, d'une crise cardiaque, et depuis qu'elle vivait seule, allait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la messe, se confessait \u00e0 chaque P\u00e2que... A l'annonce de l'arriv\u00e9e d'Helga, les habitants d\u00e9p\u00each\u00e8rent le cur\u00e9 paroissial, qui fut re\u00e7u avec une ostensible pi\u00e9t\u00e9. La vieille ajouta qu'elle priait tous les jours et demandait \u00e0 Notre Dame et \u00e0 Monseigneur saint Jean de prot\u00e9ger son \u00e2me et celle de son \u00e9poux d\u00e9funt, et qu'elle ne craignait pas le diable. Helga prit une moue extr\u00eamement boudeuse, le cur\u00e9 parut satisfait et le village fut rassur\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">La vieille se rendait effectivement \u00e0 la messe tous les jours, et avait demand\u00e9 \u00e0 Helga de l'accompagner. La jeune fille se rendit compte que son ancien cur\u00e9, plus soucieux de botanique que de cat\u00e9chisme ne lui avait enseign\u00e9 que les rudiments, et que ses parents, peu concern\u00e9s par la religion ne l'avaient men\u00e9e \u00e0 la messe qu'\u00e0 No\u00ebl et \u00e0 P\u00e2ques. N'emp\u00eache que toute cette avalanche de paroles \" repends-toi\", \"souffre dans ce monde pour obtenir le paradis\", \"tourne enti\u00e8rement ton esprit vers le Seigneur\" l'exasp\u00e9rait au plus haut point. Elle s'en ouvrit un soir \u00e0 la vieille, lui demandant pourquoi il lui fallait encore souffrir, pourquoi il fallait tourner son regard vers le ciel alors que la vie et l'esprit \u00e9tait sur terre. Elle s'attendait \u00e0 se faire battre, ou du moins \u00e0 des cris. Margrit sourit malicieusement dans ses rides et alla d'elle m\u00eame, sans difficult\u00e9s, chercher une assiette de p\u00e2tes de fruits et une bouteille de vin de sureau. Helga, surprise par cette attention se mit \u00e0 sangloter bruyamment, la t\u00eate sur les genoux de la vieille. Celle-ci lui chuchota \u00e0 l'oreille \" Nul besoin de suivre la folie des hommes, contente-toi simplement de la singer, pour avoir la paix. D\u00e8s demain, je te montrerai ce que nous, Verbena, nous faisons de notre vie.\"<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--nextpage-->\u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">L'automne avan\u00e7ait, les arbres avaient perdu leurs frondaisons d'or et couvraient leurs branches matinales d'argent cristallin, les ombres m\u00eal\u00e9es de vent ondoyant caressaient les murs de la chaumi\u00e8re. La petite vache avait v\u00eal\u00e9, le veau restait sous sa m\u00e8re, bien \u00e0 l'abri pour l'automne. L'Europe \u00e9tait entr\u00e9e en guerre, mais qu'est-ce que cela pouvait bien changer au quotidien de deux femmes solitaires ? La Toussaint allait bient\u00f4t arriver, occasion pour Helga de se rendre sur la tombe de sa m\u00e8re \u00e0 Dunakiliti. Sur les conseils de la vieille Magrit, qui y avait une cousine, elle alla demander au cur\u00e9 de lui pr\u00eater sa mule, afin de pouvoir faire le voyage jusqu'au village toutes les deux, sans devoir s'abaisser \u00e0 recourir \u00e0 sa famille. Celui-ci accepta, et chargea Helga d'une lettre \u00e0 remettre au cur\u00e9 de sa paroisse d'origine. Le voyage prit des allures de p\u00e8lerinage, avec station \u00e0 toutes les chapelles mariales rencontr\u00e9es en bord de route.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant ces quelques mois o\u00f9 la nature \u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 sa pleine maturit\u00e9, Magrit avait ouvert \u00e0 Helga sa connaissance.\u00a0Le p\u00e8re Jakubic sauvait amoureusement des squelettes v\u00e9g\u00e9taux jaunissants et cassants, des mues abandonn\u00e9es, avec l'urgent\u00a0d\u00e9sir de les classer, de les trier, de les \u00e9tiquetter au nom de la Sup\u00e9riorit\u00e9 de la Raison Humaine. Margrit apprit la vie et la mort, l'harmonie des deux sur Terre, l'\u00e9galit\u00e9 des hommes avec la moindre sous-esp\u00e8ce de ver, la communion du vivant.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux femmes arriv\u00e8rent \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit \u00e0 Dunakiliti. La cousine Dalma, une femme d'une cinquantaine d'ann\u00e9es, les attendait, la table mise et le gruau fumant doucement dans la marmite. Deux jeunes enfants, ses petits-fils, jouaient dans la cuisine avec les \u00e9pluchures du repas. Ayant \u00e0 peine d\u00e9pos\u00e9 ses bagages, Helga courut \u00e0 la cure, o\u00f9 le pr\u00eatre la\u00a0re\u00e7ut en bras de chemise,\u00a0rosissant de joie. Helga lui tendit avec beaucoup d'indiff\u00e9rence et d'ennui le lettre et lui promit de venir \u00e0 la messe du lendemain. Elle rentra en tapant du pied dans tous les cailloux du chemin, puis haussa les \u00e9paules, soulag\u00e9e.\u00a0La tabl\u00e9e mangea joyeusement, en \u00e9coutant les babillages des petits.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Helga, et Magrit repartirent \u00e0 pied aux alentours de 23 h, \u00e0 la faveur de l'obscurit\u00e9, envelopp\u00e9es dans de longues p\u00e8lerines. La jeune fille, habitu\u00e9e \u00e0\u00a0soutenir la pesante d\u00e9marche\u00a0de ses\u00a0 bras sentit le poids de la vieillesse s'estomper. Interrogeant du regard Magrit, elle sourit \u00e0 la malice du regard, \u00e0 la fluidit\u00e9 des gestes, \u00e0 l'acc\u00e9l\u00e9ration du pas. Elles arriv\u00e8rent en silence sur les berges redout\u00e9es du lac de Fert\u00f6.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Une petite trentaine de personnes, toutes v\u00eatues de\u00a0couleurs sombres et encapuchonn\u00e9es se tenaient sur la rive, silencieuses. A l'arriv\u00e9e de Margrit et d'Helga, une silhouette se d\u00e9tacha, \u00e0 la voix, une authentique vieille femme, qui vint les\u00a0saluer et questionna Helga sur son d\u00e9sir de devenir une Verbena. Helga r\u00e9pondit par l'affirmative. Elle comprit qu'elle devait \u00e0 nouveau rencontrer la Dame\u00a0blanche et reprendre la coupe qui \u00e9tait tomb\u00e9e dans\u00a0l'eau. \u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Helga se d\u00e9fit de sa p\u00e9lerine et\u00a0entra dans le lac, apr\u00e8s s'\u00eatre enduite d'une pommade qu'elle avait elle-m\u00eame fabriqu\u00e9e au cours du chemin, redoutant la morsure du froid qui heureusement ne vint pas.\u00a0Accompagn\u00e9e du chant de la petite foule, elle nagea quelques m\u00e8tres, afin de rejoindre l'endroit approximatif o\u00f9 elle avait rencontr\u00e9 la Dame. Un \u00e9clair\u00a0de sang lui monta subitement \u00e0 la t\u00eate et lui fit\u00a0perdre pied. Elle refit surface en suffoquant. Une flaque de boue \u00e0 l'odeur de putr\u00e9faction insoutenable l'entourait et enduisait ses cheveux. La naus\u00e9e monta. Les yeux lui piquaient. \u00a0Elle replongea. Elle remarqua un objet brillant dans le fond : la coupe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle nagea jusqu'\u00e0 l'arracher de la vase, en se doutant bien qu'il se passerait quelque chose, les sens en alerte. Elle l'agrippa. Mais l'objet, au contact de sa main, \u00e9tait devenu\u00a0lourd, pesant, enflait, d\u00e9gageait autour de lui\u00a0 un nuage de d\u00e9bris. Elle n'arrivait plus \u00e0 le l\u00e2cher. Elle se sentit en danger de se noyer. De la pointe de ses pieds, elle tra\u00e7a un cercle sur le fond et incanta mentalement implorant l'aide\u00a0des algues et des tous petits poissons pour soutenir et remonter le fardeau. Tout se passa tr\u00e8s rapidement, des profusions d'algues apparurent et\u00a0tir\u00e8rent l'objet\u00a0tandis que les nageoires d'argent le guidaient vers la rive. Helga se retrouva sur la rive, emm\u00eal\u00e9e dans des guirlandes vertes, \u00e0 quatre pattes, soufflant et crachant. Quelques torches s'\u00e9taient allum\u00e9es et Margrit s'\u00e9tait assise \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, l'aidant \u00e0 se remettre d'aplomb. C'est la sensation de froid\u00a0\u00e0 la main droite qui\u00a0la\u00a0fit regarder ce qu'elle tenait : un chaudron d'un bon m\u00e8tre de hauteur, en acier brillant, peut-\u00eatre\u00a0du cuivre, mais alors, dor\u00e9, brillant, du vermeil peut-\u00eatre ... des\u00a0bas-reliefs en ornaient les flancs\u00a0: des signes g\u00e9om\u00e9triques enchev\u00eatr\u00e9s, des runes, des lunes, des \u00e9toiles, des soleils, des animaux, courant sur le rebord.\u00a0Ce chaudron \u00e9tait magnifique. Le d\u00e9pla\u00e7ant encore de quelques m\u00e8tres en grima\u00e7ant de douleur, Helga pla\u00e7a quelques branches s\u00e8ches sous sa base et commen\u00e7a \u00e0 chauffer l'eau qui s'y trouvait encore. Des\u00a0motifs du chaudron brill\u00e8rent \u00e0 la chaleur du feu de bois.\u00a0<em>F\u00f6ld, \u00e9g, v\u00edz,\u00a0\u00a0t\u0171z <\/em>chantonnait doucement Helga en remuant sa soupe de vase et en se r\u00e9chauffant, enmitouffl\u00e9e dans les couvertures qu'avaient apport\u00e9es les autres convives. Les chants et les conversations se turent progressivement. Une silhouette blanche approchait doucement dans sa barque. Margrit remplit un bol et le tendit \u00e0 sa prot\u00e9g\u00e9e, qui,\u00a0malgr\u00e9 sa r\u00e9pugnance \u00e0 retourner dans l'eau glac\u00e9e,\u00a0l'apporta \u00e0 l'arrivante. Celle-ci absorba le contenu du puis,\u00a0plongeant sa main dans\u00a0la barque,\u00a0en sortir une couronne de\u00a0fleurs, qu'elle d\u00e9posa\u00a0sur la chevelure encore humide d'Helga.\u00a0Comme un parfum de verveine...<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui se posa doucement sur la tombe de sa m\u00e8re le lendemain, accompagn\u00e9 du bruissement doux des\u00a0bruy\u00e8res. Helga avait baill\u00e9 pendant une\u00a0bonne partie de la messe. \u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--nextpage--><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Helga avait d\u00e9j\u00e0 dix-sept ans. Il avait \u00e9t\u00e9 convenu avec Margrit que lorsqu'un voyageur venait frapper \u00e0 la porte, Helga devait se parer d'un strabisme divergeant et d'une d\u00e9marche vo\u00fbt\u00e9e du plus bel effet. Le voyageur, un peu d\u00e9go\u00fbt\u00e9,\u00a0ne s'attardait pas et repartait d\u00e8s qu'il avait obtenu son renseignement ou\u00a0avait conclu son march\u00e9 avec Margrit. \u00a0\u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques plaques de neige \u00e9taient encore diss\u00e9min\u00e9es sur le vert tendre de la prairie, doucement r\u00e9chauff\u00e9 par le doux soleil de f\u00e9vrier. Les perce-neige et les dents-de lait montraient leur dentelle pr\u00e9coce au pied des arbres et quelques traces de pattes dans la terre gorg\u00e9e d'eau laissaient deviner le renouveau de l'activit\u00e9 animale. Helga, portant par dessus sa robe un \u00e9pais manteau de laine, les pieds dans d'\u00e9paisses bottines de feutre, le panier \u00e0 la main, \u00e9tait partie, comme \u00e0 toutes les veill\u00e9es de pleine lune, aux alentours de midi,\u00a0\u00e0 la cueillette et \u00e0 la collecte des herbes, des racines et de tout autre \u00e9l\u00e9ment entrant dans la confection des deux femmes. Il y avait sp\u00e9cialement un coin, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d'une carri\u00e8re de roches \u00e0 moiti\u00e9 abandonn\u00e9e, qu' Helga affectionnait, puisqu'un petit ruisseau coulait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, ce qui lui permettait de trier et laver sa r\u00e9colte avant de rentrer.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu soucieuse de rencontrer qui que ce soit, elle n'avait pas pris sa d\u00e9marche contorsionn\u00e9e. Alors qu'elle \u00e9tait \u00e0 genoux, au bord du ruisseau, elle entendit dans le lointain, derri\u00e8re la carri\u00e8re,\u00a0un chant grave et profond, d'une beaut\u00e9 fun\u00e8bre telle qu'elle lui gla\u00e7a le sang et lui fit s'\u00e9chapper des doigts quelques brins.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Reprenant son panier, elle d\u00e9cida d'aller \u00e0 la rencontre de cette voix si prenante. Elle contourna sans bruit la carri\u00e8re et vit, \u00e0 l'endroit o\u00f9 le ruisseau s'\u00e9largissait en une sorte de petit d\u00e9versoir, un homme en chemise blanche, enfonc\u00e9 jusqu'\u00e0 la taille dans l'eau. La jeune fille s'accroupit derri\u00e8re le rideau d'arbres, surprise par cette pr\u00e9sence. L'homme tenait une forme blanche dans ses bras et la ber\u00e7ait, tandis que son chant prenait de la force et s'envolait en un crescendo vibrant. La forme sombra doucement, tandis que l'homme restait immobile. Helga ne savait que penser....<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\" Vous pouvez sortir maintenant, vous savez.\" Vex\u00e9e d'avoir \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9e aussi facilement par un inconnu alors qu'elle avait pris quelques pr\u00e9cautions, elle se dirigea vers la mare, d'un pas tout de m\u00eame pas si s\u00fbr que cela. Une sorte de vibration magique \u00e9manait de l'endroit. L'homme, tremp\u00e9 par sa station\u00a0dans la mare glac\u00e9e,\u00a0\u00e9tait en train d'essorer ses v\u00eatements et de remettre son gilet, ses hauts de chausse,\u00a0sa redingote puis s'empara de sa canne. Il souriait maladroitement et murmura pensivement \" Je devais le faire\". \" N'avez-vous pas peur d'attraper froid ? \" interrogea tout aussi maladroitement\u00a0Helga, qui sentait le rouge lui monter aux joues. L'homme \u00e9tait visiblement transis,\u00a0mais semblait surtout se soucier de la r\u00e9ussite de son\u00a0sortil\u00e8ge, peu lui importait d'en \u00eatre quitte pour un bon refroidissement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">D'autorit\u00e9, Helga le tira par le bras sur quelques m\u00e8tres en direction de la ferme de Magrit, apr\u00e8s l'avoir couvert de sa propre p\u00e9lerine. C'est alors seulement que l'homme r\u00e9agit, se\u00a0pr\u00e9senta, voulut pr\u00e9senter ses excuses et ses hommages. Helga marchait toujours d'un bon pas, et ils arriv\u00e8rent rapidement chez Magrit... o\u00f9 elle se rendit\u00a0compte qu'elle ne s'\u00e9tait pas affubl\u00e9e de ses d\u00e9fauts physiques. Dans l'oeil de l'inconnu, dont elle savait maintenant qu'il s'appelait Monsieur Jakob\u00a0Melvany, elle ne\u00a0distinguait que beaucoup de gratitude et une pointe de curiosit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">En la voyant entrer avec lui, Margrit lui fit les gros yeux et accourut \" Ah ! Monsieur le Comte, mais dans quel \u00e9tat\u00a0\u00eates-vous ?\" Helga, d\u00e9j\u00e0 en train de faire chauffer un bon feu,\u00a0et pr\u00e9parant des herbes pour des cataplasmes, tiqua en entendant le titre.\u00a0Ce monsieur Jakob\u00a0fut bien aise de se faire dorloter par deux femmes et repartit une heure et demie apr\u00e8s, apr\u00e8s avoir bais\u00e9 la main de la jeune fille. Magrit lui raconta en d\u00e9tail ce qu'elle savait de lui : cadet de la famille noble du comt\u00e9, peu aim\u00e9 chez lui pour ses c\u00f4t\u00e9s artiste, mais homme affable et en bonnes relations avec tous\u00a0les sorciers ou hommes sortant de l'ordinaire.\u00a0Quant \u00e0 lui, c'\u00e9tait un membre du Choeur C\u00e9leste, peu conforme \u00e0 l'id\u00e9e que l'on pouvait s'en faire.\u00a0A travers\u00a0le regard pensivement douloureux\u00a0qu'elle avait entraper\u00e7u juste apr\u00e8s son sortil\u00e8ge, Helga pensait\u00a0effectivement que cet homme lui aussi avait besoin de se sentir lav\u00e9 d'une souillure.\u00a0\u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Monsieur Melvany revint en plusieurs occasions, toujours muni d'un beau bouquet achet\u00e9 dans la grande ville\u00a0\"pour ces dames\". Le cocher du Comte garait sa berline \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa maison, ce qui ne manquait pas de faire jaser dans le village et on ne comprenait pas qu'un homme bien n\u00e9 puisse s'int\u00e9resser \u00e0 une vieille et \u00e0 une bossue. Avec tout le flegme qui le caract\u00e9risait, le brave Wilhelm qui connaissait la personnalit\u00e9 fantasque de son ma\u00eetre avait plaisir\u00a0\u00e0 prendre le caf\u00e9 chez la Magrit et \u00e0 causer de l'ancien temps.\u00a0Magrit \u00e9tait plut\u00f4t satisfaite, bien que prudente sur la suite\u00a0de cette relation.\u00a0Helga \u00e9tait\u00a0flatt\u00e9e de\u00a0l'attention que Jakob lui manifestait, mais aussi embarass\u00e9e. La personnalit\u00e9 complexe mais pleine de fulgurances de cet homme la fascinait.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si vous croyez que vous \u00eates en train de lire\u00a0un roman Harlequin, d\u00e9trompez-vous. Ca va chier \u00e0 la page suivante.\u00a0\u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--nextpage--><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--next page--><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Un soir d'\u00e9t\u00e9, alors qu'Helga et Magrit s'activaient \u00e0 la pr\u00e9paration d'une nouvelle potion, un voisin vint bruyamment frapper \u00e0 la porte. La jeune femme ajusta aussi vite que possible son strabisme et sa bosse. Il s'agissait d'un des membres du conseil du village. Il annon\u00e7a qu'un groupe de paysans faisant les moissons avaient d\u00e9couvert dans une p\u00e2ture\u00a0voisine la carcasse d'une vache\u00a0d\u00e9pec\u00e9e et \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9vor\u00e9e. L'homme pensait \u00e0 un ou plusieurs loups.\u00a0\u00a0Il ajouta que certains paysans avaient rentr\u00e9 ou\u00a0comptaient rentrer d\u00e8s que possible leurs b\u00eates du p\u00e2turage \u00e0 la grange, et allaient se partager la surveillance des cl\u00f4tures.\u00a0Les foins venaient \u00e0 peine d'\u00eatre rentr\u00e9s pour l'hiver.\u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours de la semaine suivante, on trouva encore deux autres animaux \u00e9gorg\u00e9s. Les paysans, paniqu\u00e9s avaient fait appel aux autorit\u00e9s sup\u00e9rieures pour les prot\u00e9ger eux ainsi que leurs troupeaux de ce que les journaux appelaient la b\u00eate\u00a0du comt\u00e9 de Sopron. Les battues commenc\u00e8rent. Elles ne donn\u00e8rent rien les premiers jours. Puis, un petit matin de septembre, on trouva le cadavre d'un des villageois qui avaient men\u00e9 les battues, Erich,\u00a0\u00e2g\u00e9 d'une cinquantaine d'ann\u00e9es, horriblement mutil\u00e9. La t\u00eate de l'homme, arrach\u00e9e de son torse avait \u00e9t\u00e9 plant\u00e9e\u00a0sur une branche.\u00a0Sa veuve ne\u00a0pleurait pas tant sa mort violente et atroce\u00a0que la disparation de\u00a0leur jeune fils Corea qui surveillait avec lui\u00a0les enclos.\u00a0Les journaux se d\u00e9cha\u00een\u00e8rent, on parla alors du\u00a0Diable du comt\u00e9 de Sopron. Ceux qui purent envoyer femmes et enfants dans les familles plus ou moins proches le firent. Ils se tourn\u00e8rent ensuite vers le cur\u00e9, qui ne put leur fournir qu'un r\u00e9confort d\u00e9risoire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu de gens s'\u00e9taient pr\u00e9occup\u00e9s des deux femmes dans leur maisonnette isol\u00e9e, \u00e0 part Jakob Melvany, qui malgr\u00e9\u00a0ses \u00e9lans et ses\u00a0emportements n'avait pu convaincre Magrit de s'en aller.\u00a0Celle-ci n'en avait pu s'ouvrir aux hommes, mais seulement \u00e0 sa prot\u00e9g\u00e9e et au choriste,\u00a0le visage\u00a0crisp\u00e9 par l'inqui\u00e9tude\u00a0: \"Un\u00a0Seigneur de l'Ombre\u00a0vient d'entrer sur\u00a0nos terres pour nous les prendre !\" Helga avait\u00a0ouvert de grands yeux : un\u00a0Seigneur de l'Ombre\u00a0? Quelle \u00e9tait cette invention ? \u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, les Seigneurs de l'Ombre existaient r\u00e9ellement. Ils habitaient les contr\u00e9es de l'Est depuis que le Monde est Monde, sombres et fiers, tyranniques et perp\u00e9tuellement assoiff\u00e9s de pouvoir et de sang. Ils\u00a0avaient \u00e9tabli leur domination sur ces contr\u00e9es et ne souffraient d'aucune contestation ni d'aucune r\u00e9bellion. La rumeur pr\u00e9tendait qu'une fois \u00e9tablis dans leur demeure, ceux-ci ne pouvent plus la quitter, sous peine d'\u00eatre foudroy\u00e9s par la Justice Divine. Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce\u00a0pour cela qu'ils\u00a0s'emploiaient \u00e0 exercer leur domination sur leurs serfs avec autant de cruaut\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Seule une jeune cr\u00e9ature, pouss\u00e9e\u00a0par son ambition, aurait pu courir le risque de s'approcher autant des fronti\u00e8res s\u00e9parant la Hongrie de l'Autriche, ce qui la rendait d'autant plus dangereuse car de telles m\u00e9thodes prouvaient bien assez sa d\u00e9termination \u00e0 \u00e9tablir son fief... ces\u00a0derni\u00e8res paroles s'envol\u00e8rent\u00a0dans les fines volutes de la cigarette que venait d'allumer Jakob en terminant son discours.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Le long\u00a0silence\u00a0fut interrompu par la toux rauque du Choriste, que relaya le glas qui sonnait au clocher.\u00a0Se m\u00ealant au sinistre et lent tintement,\u00a0les cris d\u00e9chirants de la m\u00e8re\u00a0d\u00e9j\u00e0 veuve fig\u00e8rent les attitudes dans une r\u00e9signation attrist\u00e9e. Plus tard dans la soir\u00e9e, une nouvelle personne \u00e9tait port\u00e9e au nombre des disparus,\u00a0la fianc\u00e9e de Corea, la jeune Aletta.\u00a0Autour du puits, \u00e0 la lumi\u00e8re des torches, des paysans au regard vide et inquiet se r\u00e9unirent une\u00a0fois de plus, h\u00e9sitant \u00e0 se lancer dans une battue. Margrit prit son ch\u00e2le et\u00a0alla droit au groupe.\u00a0Avec l'aplomb que donne l'\u00e2ge et la r\u00e9putation de sagesse, elle d\u00e9couragea les quelques t\u00e9m\u00e9raires qui auraient pris la d\u00e9cision de partir de nuit \u00e0 sa recherche, priant chacun de rentrer chez lui et de ne pas s'exposer \u00e0 de nouvelles disparitions. La jeune fille, victime de sa l\u00e9geret\u00e9 \u00e9tait sans doute d\u00e9j\u00e0 morte. Qu'ils r\u00e9cup\u00e8rent au grand jour sa d\u00e9pouille et honorent ensuite la m\u00e9moire des trois disparus.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">A son retour, Margrit constata que Jakob, p\u00e2le comme un linge, avait \u00e9t\u00e9 allong\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te sur son lit, et que Helga s'affairait \u00e0 la concoction d'une tisane. \u00a0La jeune fille rapporta que\u00a0le Choriste, \u00e0 nouveau victime d'une quinte de toux\u00a0s'\u00e9tait mis \u00e0 prononcer des paroles incompr\u00e9hensibles, tout en se plaignant de la couleur\u00a0rouge violac\u00e9\u00a0de la lune.\u00a0Margrit s'approcha du malade et constata les progr\u00e8s de la tuberculose sur son corps d\u00e9j\u00e0 faible.\u00a0Jakob\u00a0souleva sa main avec effort pour signifier le silence \u00e0 la vieille femme, qui tourna son regard du c\u00f4t\u00e9 de Helga.\u00a0\"La fille, je l'ai vue\"\u00a0s'empressa d'ajouter l'homme, \"elle est toujours vivante. Elle s'est r\u00e9fugi\u00e9e dans une \u00e9glise.\" Helga s'exclama alors\u00a0qu'ils partiraient tous deux le lendemain la rechercher dans cette \u00e9glise ababdonn\u00e9e devant laquelle elle \u00e9tait souvent pass\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Margrit, l'atmosph\u00e8re\u00a0tendue de la soir\u00e9e s'estompa dans\u00a0un sommeil\u00a0pesant\u00a0: la situation au village \u00e9tait confuse et dangereuse, sa disciple \u00e9tait clairement attir\u00e9e par un homme non seulement\u00a0d'une tradition adverse\u00a0mais de plus atteint d'une maladie grave qu'il cherchait \u00e0 dissimuler. \u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne me dites pas que vous regrettez le ton romantique de la page pr\u00e9c\u00e9dente, tout de m\u00eame ?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--nextpage--><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Au lever du soleil dans un ciel opaque et morne, Margrit gagna le village o\u00f9 elle \u00e9tait attendue pour faire la toilette mortuaire des deux bergers et arranger leurs cadavres. Helga et Jakob partirent discr\u00e8tement\u00a0le long d'un sentier, arm\u00e9s de piques dissimul\u00e9es dans les plis de leurs v\u00eatements.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Jakob tentait de minimiser son mal de t\u00eate. Helga le regardait d'un air contrit et inquiet et avan\u00e7ait silencieusement.\u00a0\"\u00a0On m'a dit pour votre tuberculose.\" finit-elle par l\u00e2cher, laissant Jakob\u00a0\u00e0 quelques pas derri\u00e8re elle. \u00a0\" Je suis stupide de ne pas avoir compris avant ce qu'une personne d'importance comme vous faisait dans cette campagne recul\u00e9e.\" Le comte avait un air catastroph\u00e9\u00a0 par le ton un peu m\u00e9prisant qu'Helga s'\u00e9tait appliqu\u00e9e \u00e0 donner \u00e0 cette derni\u00e8re phrase. Il n'ajouta pas un mot et les deux mages continu\u00e8rent d'avancer en silence. Plusieurs lieux furent visit\u00e9s, en vain.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers\u00a0la fin\u00a0de l'apr\u00e8s-midi , ils arriv\u00e8rent en vue de ce qui avait d\u00fb \u00eatre une chapelle champ\u00eatre. La nef \u00e9tait en partie \u00e9croul\u00e9e sous le poids de branchages et du lierre. Seuls subsistait le choeur et une croix. Les aboiements de chiens leur redonn\u00e8rent d el'espoir, mais en contournant le b\u00e2timent, ils se rendirent compte qu'ils avaient affaire \u00e0 des chiens errants, corps animal possed\u00e9 par une goule assoiff\u00e9e. Helga per\u00e7ut le son\u00a0de sanglots affaiblis provenant d'une forme prostr\u00e9e derri\u00e8re l'autel. \u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Les chiens s'enfuirent apr\u00e8s dix minutes d'un combat f\u00e9roce o\u00f9 Jakob prit tous les risques pour \u00e9liminer plus rapidement les nombreux chiens. Helga s'\u00e9tait ru\u00e9e sur la jeune fille pour la r\u00e9conforter. Mais \u00e0 l'issue de ce combat, la lumi\u00e8re s'\u00e9tait faite plus p\u00e2le, le soleil s'\u00e9tait presque couch\u00e9. Avec une lucidit\u00e9 horrifi\u00e9e, ils per\u00e7urent le grincement d'une dalle pouss\u00e9e hors de terre. En un clin d'oeil, le Tzimische \u00e9tait sur les deux jeunes femmes et mordait sauvagement \u00e0 l'\u00e9paule Helga, qui poussa un hurlement d'effroi et de douleur. Dans un \u00e9tat second, sentant ses griffes comme jaillir hors de ses mains, elle se retourna et projeta contre un mur le vampire d'un revers de la patte et l'empala avec la pique qu'elle avait sur elle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Oui, je sais que j&#8217;abuse avec la longueur de mes backgrounds. 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