{"id":4,"date":"2007-07-30T12:44:22","date_gmt":"2007-07-30T17:44:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/lintrigue\/redux\/orpheus-ex-machina"},"modified":"2009-07-31T20:32:13","modified_gmt":"2009-07-31T18:32:13","slug":"orpheus-ex-machina","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/lintrigue\/redux\/orpheus-ex-machina","title":{"rendered":"Orpheus Ex Machina"},"content":{"rendered":"<strong>Si l'on se r\u00e9veille, c'est bien que l'on est encore en vie?...<\/strong>\r\n\r\n<strong><\/strong>C'est au Palais Melvany que l'on retrouve nos amis, en ce jour du 21 novembre 1927, apr\u00e8s une bonne nuit de sommeil \u2014 ou plutot, une matin\u00e9e, puisqu'il \u00e9tait bien six heures lorsqu'ils sont revenus du <em>Simmerholdt<\/em>, o\u00f9 Wilhelm est pass\u00e9 les prendre en berline suite \u00e0 un appel t\u00e9l\u00e9phonique de Jan. L'apr\u00e8s-midi touche presque \u00e0 sa fin lorsqu'un par un, nos trois mages quittent leurs chambres respectives afin de se retrouver au petit salon.\r\n\r\nHelga et Irena, qui se sont crois\u00e9es dans le couloir, s'en vont tout d'abord voir comment va Francesca; la pauvre femme dort encore, \u00e9puis\u00e9e par ses \u00e9preuves, et les deux amies se retirent sans la d\u00e9ranger, attir\u00e9es de plus par un curieux bruit en provenance du salon. Personne ne s'y trouve, mais la th\u00e9i\u00e8re pos\u00e9e sur la table a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9e, et la porte de la cuisine est encore entrouverte. Levant les yeux au ciel, Helga s'empresse d'aller voir ce qui se passe, et retire bient\u00f4t [cref frere-piotr Fr\u00e8re Piotr] du garde-manger, le museau encore tout couvert de miettes de brioche.\r\n\r\nD'autres sons ne tardent pas \u00e0 frapper Irena, qui se trouve encore dans le salon. Lorsqu'elle va voir \u00e0 la fen\u00eatre, elle aper\u00e7oit Jan dans le jardin \u2014 un Jan qui semble se battre, bien qu'aucun adversaire ne se trouve face \u00e0 lui. Helga non plus ne distingue aucun opposant. Encore \u00e9chaud\u00e9es par la r\u00e9cente possession dont avait \u00e9t\u00e9 victime l'Akashite, les deux femmes, ne sachant trop que faire, sortent \u00e0 leur tour sous la neige, et se concertent un instant du regard avant de tenter de dissiper ce qui semble bien \u00eatre une illusion, unissant leurs talents comme elles l'ont fait la veille sous le pont. C'est un Jan passablement \u00e9nerv\u00e9 qui vient alors vers elle: il semblerait que cette illusion n'ait \u00e9t\u00e9 en fait que son oeuvre \u00e0 lui, dans le but de s'entra\u00eener. Ce malentendu laisse les trois mages dans un \u00e9tat quelque peu irrit\u00e9, mais le calme revient bient\u00f4t, devant le petit-d\u00e9jeuner certes tardif apport\u00e9 par Wilhelm.\r\n\r\n<strong>La demeure incendi\u00e9e<\/strong>\r\n\r\nLeurs id\u00e9es quelques peu \u00e9claircies par rapport aux \u00e9v\u00e9nements de la veille, nos amis d\u00e9cident pour commencer d'essayer de contacter Hector, afin de savoir ce qui s'est exactement pass\u00e9 durant la nuit au centre-ville. Jan exprime \u00e9galement le souhait de se rendre au Rotenbuschel, l'auberge du quartier de Neubau o\u00f9 il avait lou\u00e9 sa chambre, afin d'y r\u00e9cup\u00e9rer ses affaires. Piotr, attirant Helga dans la biblioth\u00e8que afin d'y prendre un ouvrage pour communiquer, parvient \u00e0 faire savoir \u00e0 sa ma\u00eetresse qu'il pourrait peut-\u00eatre l'aider \u00e0 retrouver la Goule. (C'est suite \u00e0 cet \u00e9pisode, d'ailleurs, qu'Irena a confectionn\u00e9 un petit ab\u00e9c\u00e9daire \u00e0 accrocher au cou du Familier, de fa\u00e7on \u00e0 ce qu'il puisse communiquer sans avoir toujours besoin de trouver un ouvrage pour y montrer des lettres.) Wilhelm s'\u00e9tant entre temps endormi au chevet de Francesca, lui aussi \u00e9puis\u00e9 par la longue nuit pr\u00e9c\u00e9dente, c'est Jan qui se charge d'atteler les chevaux et de prendre les r\u00eanes pour que tous trois puissent se rendre dans le quartier du b\u00e2timent br\u00fbl\u00e9.\r\n\r\nDevant le b\u00e2timent en question, Helga avoue son ignorance quant \u00e0 ce qu'il abritait, mais elle peut affirmer que ce n'\u00e9tait pas un lieu public. Aux alentours patrouillent quelques policiers, et Jan leur demande ce qui s'est pass\u00e9 et quel \u00e9tait ce b\u00e2timent, tr\u00e8s vite appuy\u00e9 par Helga, qui fait jouer son titre de noblesse. Il en ressort que l'incendie, qui heureusement n'a pas fait de victime (aucun corps n'a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9, du moins...), \u00e9tait tr\u00e8s clairement d'origine criminelle. La maison \u2014 le Catzhall \u2014 appartient \u00e0 un riche collectionneur de livres anciens, un Hongrois, qui serait en bons termes avec le conservateur de l'Acad\u00e9mie des Beaux-Arts. Les policiers n'en savent pas plus pour le moment sur l'identit\u00e9 de ceux qui ont perp\u00e9tr\u00e9 cet attentat, mais ils soup\u00e7onnent \"un groupe anarchiste, de tendances gauchistes, qui se serait \u00e9galement attaqu\u00e9 la veille au parc du Prater\".\r\n\r\n<strong>Un inconnu mena\u00e7ant<\/strong>\r\n\r\nLes trois amis ne s'attardent pas et repartent. Arriv\u00e9s au palais de Justice, dans l'avenue voisine, un croassement de corbeau s'\u00e9l\u00e8ve soudain, en provenance de la demeure laiss\u00e9e derri\u00e8re eux. Jan d\u00e9cide d'avancer encore un peu, car depuis ce croassement, Piotr semble mal \u00e0 l'aise. L'Akashite arr\u00eate ensuite la berline, et propose de tenter un contact mental sur Hector, afin de ne pas risquer de rencontre directe avec les vampires, et peut-\u00eatre de lui donner rendez-vous au Simmerholdt. Au moment o\u00f9 il expose son projet, une haute silhouette s'avance \u00e0 pas rapides vers le v\u00e9hicule, se coulant dans les ombres le long des fa\u00e7ades des maisons. L'homme, portant une casquette \u00e0 lourde visi\u00e8re et des bottes de marche, essaie visiblement de rester discret et d'\u00e9touffer le bruit de ses pas. Il s'arr\u00eate pr\u00e8s de la porti\u00e8re du c\u00f4t\u00e9 de Helga, et fixe Jan du regard; une barbe de plusieurs jours mange son visage de type aryen, carr\u00e9, au nez cass\u00e9. C'est avec un sourire presque mena\u00e7ant qu'il salue l'Akashite, et demande ce qu'il fait l\u00e0.\r\n\r\nL'impression de malaise se fait de plus en plus tangible en la pr\u00e9sence de cet homme, qui para\u00eet d\u00e9cid\u00e9ment trop s\u00fbr de lui. Coupant court \u00e0 toute discussion, Helga se penche alors \u00e0 la fen\u00eatre, lui donne son nom \u2014 qu'il reconna\u00eet imm\u00e9diatement \u2014 et se contente de lui faire savoir qu'\"on pourra la trouver toute la soir\u00e9e au Rotenbuschel\". Elle fait ensuite signe \u00e0 Jan de repartir. L'homme ne bouge pas, mais suit la berline du regard alors que celle-ci s'\u00e9loigne.\r\n\r\n<strong>Au Rotenbuschel<\/strong>\r\n\r\nLe Rotenbuschel est une auberge populaire, discr\u00e8te et correcte, bien que sans aucun luxe. Helga et Irena entrent les premi\u00e8res dans le vestibule tendu de rideaux ambr\u00e9s, o\u00f9 leur parviennent d\u00e9j\u00e0 les sons d'une fl\u00fbte et de tambourins en provenance de la grande salle. Leur arriv\u00e9e n'est pas sans provoquer quelques remarques et haussements de sourcils, au vu de leurs toilettes un peu plus habill\u00e9es que celles de la moyenne des gens qui fr\u00e9quentent l'endroit. Lorsque Jan les rejoint, apr\u00e8s s'\u00eatre occup\u00e9 de confier les chevaux au soin du palefrenier, tous trois s'installent \u00e0 une table isol\u00e9e, dans un coin; \u00e0 l'exception d'un ivrogne endormi, il ne se trouve personne aux alentours.\r\n\r\nJan se dirige ensuite vers le comptoir afin de r\u00e9gler ses dettes. Toutefois, un probl\u00e8me se fait bien vite jour: apparemment, l'Akashite aurait perdu sa chambre, et impossible de convaincre l'aubergiste de lui rendre ses affaires. Passablement courrouc\u00e9, il revient s'attabler aupr\u00e8s de ses compagnes pour commander le d\u00eener, tandis qu'Irena \u00e9tudie calmement la salle, \u00e0 la recherche d'\u00e9ventuelles perturbations entropiques. En effet, un grand homme aux \u00e9paules carr\u00e9es, lui aussi de type aryen, envelopp\u00e9 dans une p\u00e8lerine, se d\u00e9tache bient\u00f4t du lot, mais \u00e0 peine a-t-il crois\u00e9 le regard de l'Herm\u00e9tiste qu'il se l\u00e8ve et gagne imm\u00e9diatement la sortie. Irena fait signe \u00e0 Jan, qui le reconna\u00eet: il s'agit de l'un des gardes du corps qui se trouvait en compagnie de Van Ruprecht au Stefansdom, deux jours auparavant.\r\n\r\nToujours aux aguets, se demandant si d'autres gens encore les surveillent, les trois mages baissent la voix pour mener leur discussion. Jan interroge Irena quant \u00e0 l'existence d'artefacts r\u00e9put\u00e9s rendre la vie; l'Herm\u00e9tiste se souvient l\u00e0 entre autres du Saint Graal et du chaudron de Dagda, ou peut-\u00eatre aussi de la mythique pierre philosophale. Se pourrait-il que le rituel mis en place la veille sous le Riesenrad ait eu pour but de ramener dans ce monde Mateus, le p\u00e8re t\u00e9n\u00e9breux de Fyodor? Rien n'est moins s\u00fbr, mais nos trois amis ne peuvent s'emp\u00eacher de garder \u00e0 l'esprit qu'eux et Francesca ont tout de m\u00eame bien failli \u00eatre des sacrifices.\r\n\r\n<strong>Les affaires de Jan<\/strong>\r\n\r\nAu bout d'un long moment, l'aubergiste vient enfin \u00e0 la table, suivi de son fils qui porte le sac laiss\u00e9 par Jan dans sa chambre. Il explique qu'il a d\u00fb bien malheureusement c\u00e9der \u00e0 un autre client l'une des possessions de Jan: une longue-vue, \u00e0 laquelle il tient beaucoup, puisqu'il s'agit d'un pr\u00e9sent de son ma\u00eetre, capable d'amplifier ses perceptions. De plus, il manque une partie de l'argent remis \u00e0 l'Akashite par Cassandra Dummy. Jan exigeant de savoir ce qui s'est pass\u00e9, il en ressort que l'aubergiste a en fait perdu cet objet au jeu contre un certain Friedrich St\u00f6lz, un artisan verrier du quartier, dou\u00e9 mais caract\u00e9riel. Helga menace alors de r\u00e9v\u00e9ler aux hautes instances de la ville que l'on s'adonne au jeu \u2014 une pratique interdite par la loi \u2014 dans l'\u00e9tablissement, ce qui produit son petit effet sur l'aubergiste, qui se voit plac\u00e9 au pied du mur: soit il am\u00e8ne ce client ici pour discuter, soit Madame Melvany fait fermer son \u00e9tablissement. Irena, elle, commence \u00e0 s'inqui\u00e9ter de la pr\u00e9sence \u00e0 proximit\u00e9 de l'ivrogne, car quelque chose d'anormal semble entourer cet homme, m\u00eame si la Verbena a pu confirmer auparavant qu'il dormait v\u00e9ritablement.\r\n\r\nA cet instant, des \u00e9clats de voix s'\u00e9l\u00e8vent depuis une autre partie de la salle. Profitant de ce tumulte, Helga s'approche de l'ivrogne. Jan en effet est quelque peu troubl\u00e9: il serait tout \u00e0 fait possible qu'une tierce personne \"\u00e9coute\" la conversation par le biais de cet esprit endormi. Mais la Verbena ne peut que s'assurer une fois de plus que le sommeil de l'inconnu est bien r\u00e9el. Au passage, elle distingue sous son coude un journal, \"Das klein Blatt\", arborant sur sa premi\u00e8re page un article concernant le \"double attentat au coeur de Vienne\".\r\n\r\n<!--nextpage-->\r\n\r\n<strong>Discrets un jour, discrets toujours<\/strong>\r\n\r\nA peine les trois mages ont-il eu le temps de jeter un rapide coup d'oeil \u00e0 l'article en question que l'aubergiste revient vers eux, accompagn\u00e9 d'une demi-douzaine de personnes. L'un de ces hommes, assez massif, serait apparemment le verrier mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, qui ne peut s'emp\u00eacher de ricaner en voyant Jan se dresser devant lui. Helga offre de payer une tourn\u00e9e de bi\u00e8re aux compagnons de St\u00f6lz, leur indiquant \u00e9galement de s'asseoir aux tables voisines, occupant ainsi leur attention pour mieux laisser Jan n\u00e9gocier avec celui qui poss\u00e8de maintenant sa lunette. Devant sa r\u00e9sistance, Jan finit par le d\u00e9fier de battre la fr\u00eale Irena au jeu, arguant du fait que \"m\u00eame un enfant pourrait vous battre!\"; l'enjeu serait bien s\u00fbr la lunette... ou la bourse de Jan. Toutefois, le verrier exige alors d'avoir le choix du jeu, choix qui se porte sur... un bras de fer. Irena conna\u00eet fort bien sa chance, mais sa force est une toute autre affaire; elle obtient alors de pouvoir d\u00e9signer Jan comme son champion, et les deux hommes s'attablent sous les encouragements de toute l'assembl\u00e9e devant ce spectacle inopin\u00e9. Quand on pense que le mot d'ordre lanc\u00e9 par Jan avant de p\u00e9n\u00e9trer dans l'auberge \u00e9tait: <em>\"Quoi qu'il arrive, restons discrets\"<\/em>...\r\n\r\nSachant fort bien que les choses pourraient mal tourner si Jan \u00e9tait vainqueur, Helga utilise ses dons afin de quelque peu modifier le contenu des chopes des amis de St\u00f6lz, dans le but de les rendre suffisamment malades pour qu'ils ne puissent pas se battre. Voyant que Jan a tout de m\u00eame du mal face \u00e0 son adversaire \u2014 cela fait trois minutes qu'ils sont tous deux en position de r\u00e9sistance, sans que personne ne puisse prendre l'avantage \u2014, Irena d\u00e9cide alors de donner un petit coup de pouce au destin. Lorsque Jan se concentre pour mettre fin \u00e0 ce pari quelque peu aga\u00e7ant, l'un des pieds de la table se brise alors \"comme par hasard\", ajoutant l'ironie du sort au mouvement de Do de l'Akashite. Friedrich St\u00f6lz glisse et tombe \u00e0 la renverse, les chopes encore pos\u00e9es sur la table se brisent au sol, et apr\u00e8s quelques secondes de silence, la foule muette de stupeur finit par \u00e9clater en acclamations \u00e0 l'adresse de Jan. Un St\u00f6lz maugr\u00e9ant mais respectueux des termes du pari rend alors la longue-vue \u00e0 Jan, et l'attroupement (ou plut\u00f4t ce qu'il en reste, car une dizaine de clients sont d\u00e9j\u00e0 en train de se presser devant la porte des toilettes, sans savoir qu'ils doivent cela \u00e0 Helga) finit par se disperser.\r\n\r\nUne fois rassis \u00e0 leur table dans le coin, les trois mages reviennent \u00e0 l'article concernant les \u00e9v\u00e9nements de la veille. Celui-ci, sign\u00e9 tr\u00e8s prosa\u00efquement \"U.A.\", mentionne l'attentat du parc du Prater et l'incendie du Catzhall, ainsi que le nom du propri\u00e9taire de ce dernier, un certain Gunther Haso. Helga a d\u00e9j\u00e0 entendu parler de lui, bien que ne l'ayant jamais vu.\r\n<blockquote><strong>Double attentat au c\u0153ur de Vienne!<\/strong>\r\n\r\n<em>Comme la majeure partie de nos concitoyens le savent peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0, notre belle cit\u00e9 de Vienne a \u00e9t\u00e9 la victime de deux incendies durant la nuit du 20 au 21 novembre. (Voir notre \u00e9dition de la veille).<\/em>\r\n\r\n<em>Apr\u00e8s une enqu\u00eate minutieuse, les forces de police d\u00e9p\u00each\u00e9es sur place ont trouv\u00e9 plusieurs indices leur laissant \u00e0 penser que l'origine des dits incendies pourrait bien \u00eatre criminelle. Apr\u00e8s avoir plac\u00e9 le Riesenrad sous surveillance polici\u00e8re durant toute la journ\u00e9e du 21, le commissaire divisionnaire Str\u00f6hm est formel: '<\/em>Trop d'\u00e9l\u00e8ments ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts pour  que l'on puisse consid\u00e9rer qu'il s'agisse d'un simple accident.'\r\n\r\n<em>Rappelons \u00e0 nos lecteurs que le sinistre qui a ravag\u00e9 ce magnifique parc qu'est le Riesenrad semble essentiellement d\u00fb \u00e0 la subite explosion de plusieurs cuves d'essence, qui avaient \u00e9t\u00e9 entrepos\u00e9es dans un atelier b\u00e2ti \u00e0 distance respectueuse des all\u00e9es passantes. D'apr\u00e8s mes sources, la porte de l'atelier, habituellement cadenass\u00e9e, semble avoir \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e. De plus, le contenu des cuves se serait mis \u00e0 flamber tr\u00e8s rapidement, et cela malgr\u00e9 les temp\u00e9ratures glaciales qui r\u00e9gnaient alors au-dehors.<\/em>\r\n\r\n<em>Autre fait alarmant: le g\u00e9rant et gardien du parc, Herr Alfons Pfelz, a apparemment quitt\u00e9 son domicile pr\u00e9cipitamment dans la nuit ou peu de temps auparavant, laissant la porte de son domicile grande ouverte. Un de ses chiens de garde, souffrant apparemment de malnutrition, a m\u00eame attaqu\u00e9 l'un des policiers, qui n'a eu d'autre choix que de l'abattre.<\/em>\r\n\r\n<em>Ces derni\u00e8res d\u00e9couvertes jettent un voile sombre sur la destruction du Catzhall, destruction qui est \u00e9galement survenue durant cette m\u00eame nuit du 20 au 21 novembre. Les gigantesques flammes ravageant ce v\u00e9n\u00e9rable h\u00f4tel particulier n'ont pu \u00eatre \u00e9teintes qu'aux premi\u00e8res lueurs de l'aube, mais fort heureusement sans que l'on ait \u00e0 d\u00e9plorer de victimes ou d'autres d\u00e9g\u00e2ts dans le voisinage. Personne \u00e0 l'heure actuelle ne semble \u00eatre en mesure d'indiquer l'origine \u00e9ventuelle de ce drame. Mais de tr\u00e8s nombreux riverains s'accordent \u00e0 dire que l'incendie s'est tr\u00e8s vite \u00e9tendu \u00e0 tout le b\u00e2timent.<\/em>\r\n\r\n<em>Se pourrait-il que Vienne soit devenue la cible de conspirateurs bolch\u00e9viques, ou pire encore, d'anarchistes? Il y a six mois d\u00e9j\u00e0, l'un de nos \u00e9ditorialistes avait averti l'opinion de la mont\u00e9e des extr\u00eames au sein de notre jeune r\u00e9publique, de naus\u00e9eux partis-pris venant empoisonner jusqu'aux d\u00e9lib\u00e9rations du Parlement.<\/em>\r\n\r\n<em>Herr Gunther Haso, propri\u00e8taire du Catzhall et antiquaire renomm\u00e9 \u00e0 travers toute l'Europe pour sa collection de livres anciens, n'a pas souhait\u00e9 faire de commentaires pour le moment.<\/em><\/blockquote>\r\n<strong>La chambre sombre\r\n<\/strong>\r\nL'attention de la client\u00e8le, discr\u00e8te mais soutenue, commence \u00e0 devenir pesante, et Jan et ses amies d\u00e9cident finalement de quitter les lieux. Au moment o\u00f9 l'Akashite s'appr\u00eate \u00e0 aller vers l'\u00e9curie, Irena se fige, car une sourde vibration commence \u00e0 traverser l'air. L'aubergiste vient vers eux, annon\u00e7ant qu'une personne de qualit\u00e9 d\u00e9sirerait leur parler \u00e0 tous les trois, dans une chambre r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l'\u00e9tage; la description qu'il fait de cet homme, bien que ce dernier soit encapuchonn\u00e9, pourrait correspondre \u00e0 celle d'Hector Malleaux. En d\u00e9pit de la curieuse impression de malaise accompagnant l'aubergiste, Jan, Helga et Irena acceptent de le suivre jusqu'\u00e0 l'\u00e9tage.\r\n\r\nLa chambre en question est situ\u00e9e juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle qu'occupait encore l'Akashite quelques jours auparavant, \u00e0 mi-chemin du couloir. Pour Irena, la sensation d'oppression se fait de plus en plus forte, une sensation qu'elle n'avait pas eue jusque l\u00e0 en pr\u00e9sence d'Hector. Lorsque Helga toque, une voix \u00e9touff\u00e9e les invite \u00e0 entrer; cette voix en tous cas est bien celle du jeune homme. Jan ouvre la porte; \u00e0 l'int\u00e9rieur se tient effectivement Hector, qui vient de repousser sa capuche et leur adresse un sourire soulag\u00e9. Il semble \u00e9gal \u00e0 lui-m\u00eame, bien que v\u00eatu cette fois d'atours plus passe-partout. Pr\u00e8s du lit est pos\u00e9e une canne de marche, de m\u00eame facture que celle du Marquis.\r\n\r\nToutefois, la sensation, la puanteur, presque, de malaise pousse Irena \u00e0 arr\u00eater Jan avant qu'il ne p\u00e9n\u00e8tre dans la pi\u00e8ce. La situation rapidement expliqu\u00e9e \u00e0 Hector, qui ne saurait dire de quoi il s'agit ni d'o\u00f9 cela vient, ainsi que le souvenir des \u00e9v\u00e9nements des derniers jours, d\u00e9cide les quatre Eveill\u00e9s \u00e0 faire confiance \u00e0 cette intuition et \u00e0 ne pas se rassembler dans la chambre. Au contraire, ils quittent m\u00eame l'auberge. Lorsqu'ils redescendent, l'impression tenace de danger diminue progressivement, leur donnant a priori raison. Au passage, Jan demande \u00e0 consulter le registre pour voir qui avait lou\u00e9 cette chambre auparavant; il ne peut apprendre qu'une chose, qu'il s'agissait d'un commer\u00e7ant en tissus venu de Hollande.\r\n\r\n<strong>La question du Prater<\/strong>\r\n\r\nUne fois \u00e0 bord de la berline, Helga montre \u00e0 Hector l'article r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 dans le journal. La Goule r\u00e9v\u00e8le sombrement que c'\u00e9tait bien dans la demeure de Herr Haso qu'\u00e9tait retenu le Marquis. C'\u00e9tait d'ailleurs pour cette raison qu'il \u00e9tait parti si pr\u00e9cipitamment la veille, appel\u00e9 \u00e0 l'aide par son ma\u00eetre, car les Magist\u00e8res \u2014 dont Haso lui-m\u00eame, tenu en haute estime \u2014 ne sont clairement pas \u00e0 l'aise face aux flammes (sauf apparemment le feu vert, dit Irena, mention qui trouble quelque peu Hector). Il est d'ailleurs fort heureux que parmi les siens, Herr Haso soit une personne plut\u00f4t correcte, car il tient les trois mages en partie responsables, et tout autre que lui aurait sans doute d\u00e9j\u00e0 pris des mesures drastiques. Une rumeur veut en effet que Fyodor ait \u00e9t\u00e9 le commanditaire de l'incendie, mais que Helga et ses amis lui aient aussi \u00e9t\u00e9 li\u00e9s.\r\n\r\nLa conversation se poursuit sur le parc du Prater. D'apr\u00e8s Hector, celui-ci constituait l'un des multiples territoires offerts \u00e0 Fyodor, selon une tradition tr\u00e8s ancienne chez les Magist\u00e8res \u2014 un territoire o\u00f9 vivre, mais aussi o\u00f9 chasser. Ceci dit, Fyodor n'y allait quasiment plus jamais depuis la mort de Mateus. La Goule est par contre \u00e9tonn\u00e9e d'apprendre que les trois mages ont visit\u00e9 le labyrinthe qui s'\u00e9tend sous le parc, avec son temple souterrain \u00e9clair\u00e9 par l'\u00e9trange feu vert, mais cela n'est rien compar\u00e9 \u00e0 sa surprise lorsque l'existence du grand serpent est mentionn\u00e9e. Son inqui\u00e9tude, teint\u00e9e de crainte, ne fait que cro\u00eetre lorsqu'Irena r\u00e9v\u00e8le le nom d'Ennea Kephalos: cette cr\u00e9ature \u00e9tait cens\u00e9e \u00eatre morte depuis longtemps, et le Marquis lui-m\u00eame pourrait en t\u00e9moigner, car ayant particip\u00e9 \u00e0 sa destruction.\r\n\r\n<strong>Le cas de Mateus<\/strong>\r\n\r\nCes r\u00e9v\u00e9lations m\u00e8nent \u00e0 d'autres, concernant cette fois le Sire de Fyodor. Mateus, dont le Prater \u00e9tait \u00e0 l'origine le domaine, avait \u00e9t\u00e9 reconnu coupable de rituels tr\u00e8s dangereux. C'est \u00e0 ce moment que les Grands Ma\u00eetres des Magist\u00e8res, sur les conseils du Marquis, ont banni puis d\u00e9cid\u00e9 l'ex\u00e9cution de Mateus, qui a \u00e9t\u00e9 alors attaqu\u00e9 par surprise pendant une c\u00e9r\u00e9monie de v\u00e9n\u00e9ration du serpent. Cette confrontation, dont peu de Magist\u00e8res se sont sortis, s'est achev\u00e9e sur la mort du vampire ren\u00e9gat et d'Ennea Kephalos \u2014 ou du moins, c'est ce qu'ont cru jusque l\u00e0 Hector et bien d'autres. Jan soul\u00e8ve \u00e0 ce moment une question int\u00e9ressate, au vue de l'\u00e9tymologie du nom du serpent (\"neuf t\u00eates\"): combien de fois est-il mort? Se pourrait-il qu'il faille l'\u00e9liminer neuf fois pour en \u00eatre enfin d\u00e9barrass\u00e9? Ceci voudrait dire aussi que Fyodor aurait suivi les traces de son P\u00e8re, malgr\u00e9 les avertissements lui ayant \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s. (Hector, par contre, ne conna\u00eet pas au serpent d'autre nom qu'Ennea Kephalos, et certainement pas celui de <em>Dragon du Cr\u00e9puscule<\/em>.)\r\n\r\nLes trois mages signalent ensuite \u00e0 la Goule leur passage dans les catacombes et leur rencontre avec Schnatter. Hector confirme que le Simmerholdt est en effet un endroit que les cr\u00e9atures telles que Schnatter utilisent comme porte d'entr\u00e9e sur le monde des mortels. Les Magist\u00e8res eux-m\u00eames n'ont pas le droit de mettre les pieds dans les \u00e9go\u00fbts et les catacombes, suivant un certain nombre d'accords s\u00e9culaires que personne ne serait assez stupide pour renier.\r\n\r\nJan pose alors une autre question fatidique: serait-il possible, ou du moins concevable, de faire revenir Mateus? (En demandant cela, il pense bien entendu au rituel que le trac\u00e9 du pentacle sur le parc laissait subodorer.) Hector est persuad\u00e9 que cela serait impossible, car on ne revient pas de l'Au-del\u00e0, mais nos trois amis savent bien que la R\u00e9alit\u00e9 peut parfois se montrer mall\u00e9able d'une fa\u00e7on que l'on n'aurait jamais soup\u00e7onn\u00e9e...\r\n\r\n<strong>Le culte des profondeurs\r\n<\/strong>\r\n\r\nLa conversation se poursuit sur ces questions fort inqui\u00e9tantes aussi bien qu'obs\u00e9dantes. Ennea Kephalos \u00e9tait, ou plut\u00f4t est, un monstre tr\u00e8s ancien, puissant et malfaisant, apparu jadis du jour au lendemain, pour autant que les Magist\u00e8res s'en souviennent. Ces derniers ne savent d'ailleurs pas si Mateus l'avait pur ainsi dire invoqu\u00e9, ou s'il s'\u00e9tait content\u00e9 de le trouver sur place et de raviver un culte tout aussi ancien que la cr\u00e9ature elle-m\u00eame. Fait troublant, d'apr\u00e8s les descriptions faites par les mages et corrobor\u00e9es par Hector, la statue situ\u00e9e dans le temple ressemble bien \u00e0 Mateus; le sang de celui-ci semblait avoir \"mut\u00e9\" avec les ann\u00e9es: sous le coup d'une mal\u00e9diction, ou sciemment, suite aux exp\u00e9riences men\u00e9es par le vampire? Ceux partageant son sang, en tous cas, poss\u00e9daient des traits similaires, et Fyodor ne faisait pas exception \u00e0 la r\u00e8gle.\r\n\r\nMalgr\u00e9 cela, Hector est \u00e0 nouveau surpris lorsque lui est d\u00e9crite la Goule qui gardait Francesca: ce n'est pas l\u00e0 l'aspect habituel des serviteurs de Fyodor (ses capacit\u00e9s de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, par contre, seraient apparemment normales pour un serviteur des Magist\u00e8res). Irena avance l'hypoth\u00e8se fort d\u00e9rangeante d'une possible origine de ces mutations, \u00e0 savoir la consommation qu'aurait pu faire Mateus du sang du serpent, peut-\u00eatre dans l'espoir d'acqu\u00e9rir lui aussi \"neuf vies\"? (*) Une autre possibilit\u00e9 serait celle de l'existence d'Ennea Kephalos en tant que manifestation d'un \u00e9l\u00e9ment ou d'un concept (un antagoniste de la vie, ou des exp\u00e9riences bienfaisantes?), dans quel cas il faudrait peut-\u00eatre d'abord \u00e9liminer la croyance qui serait sa source...\r\n\r\nQuant \u00e0 Fyodor, les Magist\u00e8res d\u00e9battent actuellement du sort \u00e0 lui r\u00e9server... peut-\u00eatre le m\u00eame que celui de Mateus. Encore faudrait-il rattrapper le vampire \u00e0 pr\u00e9sent ren\u00e9gat, puisqu'il a pris la fuite. Avant de d\u00e9poser Hector, non loin du pont de Brendenburg, la Goule assure qu'elle appuiera le t\u00e9moignage des trois mages; ceux-ci n'auraient pu en effet inventer quelque chose d'aussi horrible qu'Ennea Kephalos, d'autant plus que son existence avait \u00e9t\u00e9 tenue tr\u00e8s secr\u00e8te depuis un si\u00e8cle.\r\n\r\n<span style=\"font-size: xx-small;\"><em>NDI: On croyait que l'exp\u00e9rience de Tzimisce avait servi de le\u00e7on, mais non... Dites, les vampires, il faut arr\u00eater de bouffer tout ce qui passe, surtout quand on ne sait pas de quel coin obscur de l'Umbra c'est sorti!<\/em><\/span>\r\n\r\n<span style=\"font-size: xx-small;\"><em><!--nextpage--><\/em><\/span><strong>Something wicked this way comes<\/strong>\r\n\r\nArriv\u00e9s au palais, Jan et Helga descendent de la berline pour aller ouvrir la grille du jardin. A ce moment, un long frisson parcourt l'\u00e9chine d'Irena, saisie par l'impression \u00e9trange qui semble r\u00e9gner dans cette rue, comme si quelque chose avait chang\u00e9, au niveau de la demeure elle-m\u00eame. H\u00e9las, sa tentative d'en savoir plus se heurte \u00e0 une certaine r\u00e9sistance, et elle ne peut d\u00e9finir pr\u00e9cis\u00e9ment de quoi il s'agit. Tandis qu'Helga lui demande ce qui ne va pas, Jan, lui, aper\u00e7oit soudain un homme en queue-de-pie, portant un masque domino, qui passe devant lui, un index pos\u00e9 sur les l\u00e8vres pour lui faire signe de garder le silence; l'inconnu passe ensuite derri\u00e8re l'un des arbres du jardin pour dispara\u00eetre dans l'obscurit\u00e9, et l'Akashite, troubl\u00e9, d\u00e9cide de ne rien dire pour le moment \u00e0 son sujet.\r\n\r\nLes trois mages remontent \u00e0 bord du v\u00e9hicule. A peine ont-ils parcouru une quinzaine de m\u00e8tres que Jan per\u00e7oit une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re odeur dans l'air, odeur qui se pr\u00e9cise rapidement: c'est celle du sang... Il arr\u00eate imm\u00e9diatement l'attelage. L'air autour de lui semble anormal, et il avertit ses compagnes de ce qu'il a senti; Irena r\u00e9alise alors que cette m\u00eame odeur rel\u00e8ve pr\u00e9cis\u00e9ment de la vague d'Entropie qu'elle avait ressentie, tout juste une minute auparavant. Sautant \u00e0 bas de la berline, tous trois hument l'air. Helga, de par sa condition de Verbena dont la Magye passe souvent par la manipulation du sang, parvient \u00e0 d\u00e9terminer de quelle direction vient cette puanteur discr\u00e8te et pourtant \u00f4 combien pr\u00e9sente pour des sens aiguis\u00e9s. Il y a bien quelqu'un, sur le domaine, quelqu'un qui \u00e9pie le petit groupe. Jan remarque des traces de pas sur le sol, qui ne sont pas les leurs, et viennent du palais pour ensuite quitter le chemin \u00e0 une petite dizaine de m\u00e8tres de l\u00e0. Ces traces m\u00e8nent vers un bosquet pr\u00e8s duquel se trouve l'une des statues sculpt\u00e9es par Jakob. Helga prend r\u00e9solument la direction de ce bosquet; elle n'a pas fait dix pas que les broussailles s'\u00e9cartent, et qu'une voix s'\u00e9l\u00e8ve: \"Comment avez-vous su?\"\r\n\r\nCette voix n'est nulle autre que celle de Lars, qui s'approchent lentement, son visage \u00e0 demi dissimul\u00e9 par un large capuchon. Instinctivement, Jan fait un pas en arri\u00e8re: quelque chose est diff\u00e9rent, quelque chose ne va pas. Alors que Lars d\u00e9clare, mena\u00e7ant, \"A pr\u00e9sent, nous allons pouvoir en finir une bonne fois pour toutes\", l'Akashite passe comme une fl\u00e8che devant Helga pour se pr\u00e9cipiter vers leur adversaire. Ce dernier l\u00e8ve les yeux, puis sa main gauche, et dans un \u00e9clair, la lame de son couteau rencontre celle de Jan, laissant voir qu'elle est tach\u00e9e d'un sang \u00e9pais... et frais.\r\n\r\n<strong>Un nouveau degr\u00e9 de haine<\/strong>\r\n\r\nLes trois mages croisent enfin le regard de l'homme qui leur fait face, une paire d'yeux maintenant rouge vif, aux pupilles fendues comme celles d'un serpent. Le sourire de Lars est fier, hautain, et laisse apercevoir l'\u00e9clat bref et discret de deux canines maintenant pro\u00e9minentes. Il ne leur faut qu'une fraction de seconde pour comprendre qu'il abu le sang de Fyodor, et qu'il n'est plus lui-m\u00eame, rendu fou par cette substance empestant la corruption.\r\n\r\nLars, qui veut avant tout en d\u00e9coudre avec Helga, voit son deuxi\u00e8me coup par\u00e9 par Jan, qui s'interpose \u00e0 nouveau. L'affrontement appara\u00eet d\u00e9sormais comme in\u00e9vitable, car l'attitude du vampire nouveau-n\u00e9 ne laisse plus aucun doute quant \u00e0 d'\u00e9ventuelles n\u00e9gociations. Sachant qu'elle ne serait d'aucune utilit\u00e9 dans un face-\u00e0-face, Irena plonge imm\u00e9diatement vers l'un des arbres pour faire croire \u00e0 Lars qu'elle s'enfuit, mais surtout pour s'employer \u00e0 un Rituel qui, elle l'esp\u00e8re, parviendra \u00e0 aider ses compagnons. D'un stylet tir\u00e9 de son manteau, elle commence \u00e0 graver des runes sur le tronc de l'un des arbres, s'effor\u00e7ant de ne pas voir qu'un troisi\u00e8me coup, de par sa violence, vient de projeter Jan directement sur Helga. Les deux autres mages s'engagent alors dans un jeu dangereux d'esquives et de contre-attaques entres les arbres et les buissons, l'Akashite cherchant encore et toujours \u00e0 s'interposer entre la Verbena et le vampire. Malheureusement pour lui, lorsque Lars parvient \u00e0 le projeter pour ainsi dire \u00e0 mains nues contre un tronc particuli\u00e8rement dur, il se d\u00e9met \u00e0 moiti\u00e9 l'\u00e9paule, et reste sonn\u00e9 durant quelques bonnes secondes.\r\n\r\n<strong>Combat acharn\u00e9<\/strong>\r\n\r\nTandis que Jan, \u00e9touffant un hurlement, remet son \u00e9paule en place, Irena s'\u00e9lance vers un deuxi\u00e8me arbre, r\u00e9it\u00e9rant l'op\u00e9ration effectu\u00e9e sur le premier. Helga, qui vient d'arracher une branche au h\u00eatre le plus proche, emploie la Magye pour solidifier ce b\u00e2ton improvis\u00e9 et intercepter une autre attaque de Lars, qui vient s'empaler sur l'\u00e9pieu, h\u00e9las au niveau de la clavicule, et non du coeur. Cette blessure ne l'arr\u00eate pas, et il s'en sert m\u00eame au contraire pour se rapprocher de Helga afin de lui envoyer un violent coup de pommeau dans la m\u00e2choire; sous le coup, la jeune femme l\u00e2che son arme et chute en arri\u00e8re, peinant \u00e0 r\u00e9aliser que son adversaire, jetant son couteau d'un getse vif, est d\u00e9j\u00e0 en train d'extirper le pieu de son \u00e9paule, centim\u00e8tre par centim\u00e8tre. Jan, qui vient de se remettre debout, profite de ce que Lars accorde toute son attention \u00e0 la Verbena pour se jeter sur lui et le faucher au niveau des genoux d'un coup de pied particuli\u00e8rement bien plac\u00e9. Dans le m\u00eame mouvement, l'Akashite se rel\u00e8ve... mais le vampire \u00e9galement, qui avait r\u00e9ussi \u00e0 utiliser la branche pour retrouver son \u00e9quilibre.\r\n\r\n\"Ma mission est de tous vous tuer, et j\"ai d\u00e9j\u00e0 bien commenc\u00e9,\" annonce Lars avec un sourire mauvais, achevant d'extirper l'\u00e9pieu de son corps. \"J'esp\u00e8re que tu ne tenais pas beaucoup \u00e0 tes serviteurs, Sombre Reine.\" A ces mots, le sang d'Helga ne fait qu'un tour, et elle reprend ses esprits... juste \u00e0 temps pour r\u00e9aliser que son arme est sur le point de se retourner contre elle. Avec un sinistre un \u00e9clat de rire, Lars contemple cette m\u00eame branche, \u00e0 l'extr\u00e9mit\u00e9 de laquelle une lueur verd\u00e2tre commence \u00e0 danser, dont la couleur se refl\u00e8te autour de la silhouette du vampire, et rappelle \u00e9trangement celle des lanternes murales qui \u00e9clairaient le temple souterrain d'Enneakephalos. Dans un r\u00e9flexe, Helga inverse sa Magye pour ramollir le b\u00e2ton en en ass\u00e9chant toute la s\u00e8ve, mais ne fait l\u00e0 que jouer le jeu du Sorcier. Entre les arbres, Irena r\u00e9prime un tremblement; le tronc sur lequel elle ach\u00e8ve de graver une nouvelle rune se fend l\u00e9g\u00e8rement, sous la pression du vortex entropique en train de prendre former dans la zone...\r\n\r\nLars brandit l'\u00e9pieu au-dessus de sa t\u00eate; son aura vient envelopper le bois, qui s'embrase. \"Si vous n'\u00e9tiez pas intervenus, Grygor ne nous aurait pas trahis, et je ne serais pas devenu ainsi!\" hurle-t-il avec amertume, avant de se jeter sur Jan, plus proche de lui que Helga \u2014 Helga qui, saisissant cette opportunit\u00e9, plonge sur le couteau de Lars laiss\u00e9 au sol, se jette sur le vampire, envahie par la col\u00e8re. Lars \u00e9choue \u00e0 toucher Jan, et ce dernier, toujours impassible, parvient \u00e0 lui porter un violent coup \u00e0 l'abdomen; volant sur un bon m\u00e8tre, le vampire vient s'empaler sur la lame de Helga, et les trois adversaires viennent s'abattre \u00e0 la lisi\u00e8re du p\u00e9rim\u00e8tre qu'Irena, gravant le tronc d'un troisi\u00e8me arbre, est en train d'\u00e9tablir.\r\n\r\n<strong>Zone d'ombre<\/strong>\r\n\r\nHelga recule vivement: un nouveau cr\u00e9pitement s'agglom\u00e8re sur la main gauche de Lars, la nimbant de ce m\u00eame feu vert si inqui\u00e9tant. Jan, d'un large arc de cercle du bras, entaille alors le poignet de leur ennemi pour le forcer \u00e0 l\u00e2cher sa branche. Lorsque celle-ci touche terre, les flammes qui y dansaient se r\u00e9pandent sur le sol en un troubillon qui grandit, semblant prendre une forme tangible, moins \u00e9th\u00e9r\u00e9e. C'est l\u00e0 le d\u00e9but d'un incendie poss\u00e9dant pour ainsi dire sa propre conscience, d'une certaine mani\u00e8re, et Irena le ressent d'autant plus que le feu est en train de prendre dans le triangle invisible trac\u00e9 par l'Herm\u00e9tiste, l\u00e0 o\u00f9 elle va bient\u00f4t d\u00e9cha\u00eener sa propre magye. Quoi qu'il een soit, Lars se retourne vers Helga pour essayer de la frapper une fois encore \u00e0 la m\u00e2choire. \"Imagine la souffrance qui est la mienne, \u00e0 cause de ton mari! Si seulement il avait accept\u00e9 notre offre!\" La Verbena esquive de justesse le coup, gardant un oeil inquiet sur les flammes qui se r\u00e9pandent de plus en plus vite, comme si elles parvenaient \u00e0 se nourrir de l'humidit\u00e9 m\u00eame de l'herbe. Dans un effort pour comprendre et pour gagner du temps, elle demande \u00e0 Lars d'expliciter ce qu'il a en t\u00eate, mais il refuse de lui dire ce qui s'est pass\u00e9.\r\n\r\nA cet instant pr\u00e9cis, le regard d'Irena croise celui de Helga, et d'un geste discret de la main, la Fortunae lui d\u00e9signe les trois arbres, puis Lars, avant de lui faire signe d'attirer le vampire au centre du triangle ainsi form\u00e9. Fort heureusement, Lars ne remarque pas son man\u00e8ge, trop occup\u00e9 qu'il est par Jan qui vient de lui planter son couteau dans l'\u00e9paule \u2014 et si le jeune Magist\u00e8re ne semble pas plus affect\u00e9 que cela par cette \u00e9ni\u00e8me blessure, l'Akashite, lui, l\u00e2che dans un r\u00e9flexe son arme, travers\u00e9 par une vague de froid. Lars semble d\u00e9cid\u00e9ment accumuler de plus en plus d'\u00e9nergie entropique, et ces \u00e9tranges boules de feu vert qu'il manie sont visiblement \u00e0 la base de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Mais en est-il r\u00e9ellement le ma\u00eetre? Alors qu'il revient vers Helga, brandissant son poing dans sa direction, il para\u00eet faiblir quelque peu, et ne cesse de marmonner quelque chose d'incompr\u00e9hensible. Il ne remarque pas que la jeune femme, dansant entre les arbres comme dans une pitoyable tentative de lui \u00e9chapper, est de fait en trainde l'attirer (sans toutefois y p\u00e9n\u00e9trer elle-m\u00eame) dans le triangle entropique cr\u00e9\u00e9 par Irena...\r\n\r\nAu moment m\u00eame o\u00f9 Lars p\u00e9n\u00e8tre dans la zone, Irena, d'un geste rapide, trace la derni\u00e8re partie de la derni\u00e8re rune sur le troisi\u00e8me arbre, compl\u00e9tant ainsi son rituel en y concentrant l'Entropie ambiante. L'enchantement op\u00e8re imm\u00e9diatement; d\u00e9sormais, le vampire qui en est prisonnier est condamn\u00e9 \u00e0 voir tous ses faits et gestes tourner pour le plus mal... pour lui, bien entendu. Le vortex entropique centr\u00e9 sur Lars diminue peu \u00e0 peu, comme s'il divisait ses vagues d'\u00e9nergie vers les trois s\u00e9ries de symboles. Lars semble h\u00e9siter, surpris, ne comprenant pas ce qui se passe. Helga en profite pour r\u00e9cup\u00e9rer une nouvelle branche qu'elle solidifie de la m\u00eame mani\u00e8re que la premi\u00e8re. Elle n'a pas le temps de s'adresser \u00e0 son adversaire pour lui demander \u00e0 nouveau de lui expliquer les tenants et les aboutissants de l'histoire: Jan vient de vider le chargeur de son pistolet sur le vampire, qui titube, fixe un instant l'Akashite, puis \u00e0 nouveau la Verbena. Quant au feu vert, il continue de se propager, et commence \u00e0 prendre une forme \u00e9trange, comme un motif qui se tracerait progressivement sur le sol. Ceci n'\u00e9chappe ni \u00e0 Jan, ni \u00e0 Irena. Cette derni\u00e8re fait signe \u00e0 l'Akashite d'aller pr\u00eater main-forte \u00e0 Helga, tandis qu'elle-m\u00eame tente de prendre le contr\u00f4le des flammes, puisqu'elles rel\u00e8vent apr\u00e8s tout en partie des \u00e9nergies qu'elle sait le mieux contr\u00f4ler.\r\n\r\n<strong>L'Etoile Conqu\u00e9rante<\/strong>\r\n\r\nLars et Helga continuent de lutter. Profitant d'un moment o\u00f9 il baiss\u00e9 sa garde, ainsi que de l'avantage non n\u00e9gligeable que lui procure le sortil\u00e8ge d'Irena, la Verbena vise le coeur. Son nouvel \u00e9pieu se brise en deux sous le choc, mais le coup a port\u00e9, et c'est en vain que Lars l\u00e8ve la main pour aggripper le bois et tenter de le retirer de sa poitrine. Dans un sifflement, les symboles grav\u00e9s sur les troncs flamboient bri\u00e8vement avant de laisser s'\u00e9chapper l'\u00e9nergie qu'ils contenaient. Le pi\u00e8ge ach\u00e8ve de se refermer pour de bon; les flammes dans la paume de Lars triplent en intensit\u00e9, et il en perd pour de bon le contr\u00f4le, se corps s'embrasant sous l'effet de sa propre sorcellerie. Presque enti\u00e8rement paralys\u00e9, le vampire met un genou en terre, mais parvient encore \u00e0 relever la t\u00eate vers Helga, et \u00e0 lancer vers elle un derni\u00e8re minuscule boule d'\u00e9nergie verd\u00e2tre. Helga s'\u00e9carte d'un pas, et la flamme finit par s'\u00e9teindre dans un cr\u00e9pitement et dans une bouff\u00e9e de vapeur m\u00e9phitique. Lars pousse un ultime soupir, s'effondrant au sol, ses chairs d\u00e9j\u00e0 mortes achevant de se consumer.\r\n\r\nD\u00e8s l'instant o\u00f9 il touche terre, les flammes invoqu\u00e9es par sa volont\u00e9 diminuent peu \u00e0 peu, sous l'effet de sa mort ultime qui approche \u00e0 grands pas et des forces entropiques d\u00e9ploy\u00e9es par Irena pour calmer l'incendie naissant. Lars bouge encore, mais il est d\u00e9sormais incapable de se relever. Lorsqu'il voit Jan venir vers lui pour finir le travail, il a un sourire amer. \"Enfin... Je comprends...\" murmure-t-il dans une quinte de toux. \"Je peux enfin dispara\u00eetre l'esprit tranquille... je la vois!\" Que regarde-t-il ainsi? Quelque chose qui se trouverait derri\u00e8re Jan? Mais l'Akashite ne voit rien, lorsqu'il se retourne...\r\n\r\n\"Dans mes derniers instants, je retrouve la foi... La lumi\u00e8re de l'Etoile Conqu\u00e9rante m'accueille!\" s'exclame Lars, tendant vers le ciel une main tremblante, dans un ultime effort. Et sur ces \u00e9nigmatiques paroles, ses yeux se voilent, et toute vie cesse de l'animer.\r\n\r\n<!--nextpage--><strong>Soulagement<\/strong>\r\n\r\n<strong><\/strong>Suite \u00e0 l'exp\u00e9rience v\u00e9cue la nuit pr\u00e9c\u00e9dente lors de l'affrontement avec la Goule de Fyodor, Jan, par mesure de pr\u00e9caution, s'emploie \u00e0 trancher la t\u00eate de Lars \u00e0 grands renforts de couteau. Helga, elle, ne peut s'emp\u00eacher de murmurer une pri\u00e8re pour celui qui pourtant \u00e9tait son ennemi. Irena, quant \u00e0 elle, ach\u00e8ve enfin d'\u00e9teindre les derni\u00e8res flammes. Le cadavre de Lars Kriczek commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 tomber en poussi\u00e8re, leur rappelant \u00e0 tous trois quelle cr\u00e9ature il \u00e9tait devenue... et, par la m\u00eame occasion, ce qu'il a dit tant\u00f4t au sujet des serviteurs de la Verbena. Saisis d'une forte appr\u00e9hension quant \u00e0 ce qu'ils vont trouver \u00e0 l'int\u00e9rieur du manoir \u2014 Helga, partag\u00e9e entre la col\u00e8re et la tristesse, ne sait pas si elle a le coeur de voir cela... \u2014, les trois mages, d'un pas h\u00e9sitant, reprennent finalement le chemin de la demeure. Mais alors qu'ils posent le pied sur la premi\u00e8re marche du perron, la porte s'ouvre \u00e0 la vol\u00e9e, laissant le passage \u00e0 un Wilhelm \u00e0 la fois fort surpris et soulag\u00e9: \"Vous \u00eates donc toujours en vie?\" s'exclame Helga, peinant presque \u00e0 prononcer ces paroles.\r\n\r\nWilhelm fait entrer sa ma\u00eetresse et ses deux compagnons, et explique \u00e0 demi-mot qu'ils ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s peu de temps auparavant; cependant, il est parvenu \u00e0 barricader la porte, et, chose curieuse, la cr\u00e9ature est ensuite repartie. Francesca va bien, toujours endormie dans sa chambre. Ni l'un ni l'autre n'ont en fait vu quoi que ce soit de l'incendie et du combat contre Lars. La menace \u00e0 pr\u00e9sent conjugu\u00e9e, Wilhelm se charge de rentrer la berline et de prendre soin des chevaux; les mages, eux, se r\u00e9fugient dans le petit salon, s'effondrant plus qu'ils ne s'assoient sur les canap\u00e9s durant quelques minutes, le temps de reprendre leur souffle.\r\n\r\nApr\u00e8s s'\u00eatre assur\u00e9e de l'\u00e9tat de Francesca, Helga rejoint ses compagnons, puis, au retour de Wilhelm, explique que l'attaquant \u00e9tait Lars, le chef des bandits rencontr\u00e9s sur la rive du Danube. Wilhelm est quelque peu perplexe \u2014 il n'avait nullement eu l'impression qu'il s'agissait de Kriczek, sans doute \u00e0 cause de sa transformation vampirique quelque peu inattendue. Quelques minutes \u00e0 peine avant le retour des trois mages, il \u00e9tait all\u00e9 chercher du bois dans la remise, a per\u00e7u une pr\u00e9sence derri\u00e8re lui, qui ne lui semblait pas normale; sans plus attendre, il s'\u00e9tait alors pr\u00e9cipit\u00e9 \u00e0 l'int\u00e9rieur du manoir pour tout verrouiller. Lui-m\u00eame ne sait pas pourquoi il a agi ainsi: pour prot\u00e9ger Francesca avant tout, sans doute? Et pourtant, pourtant, cette chose n'a pas p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans la demeure, alors qu'une simple serrure ou un battant de porte n'aurait pas d\u00fb pouvoir l'arr\u00eater tr\u00e8s longtemps... Le palais Melvany semble d\u00e9cid\u00e9ment mieux prot\u00e9g\u00e9 qu'on ne l'aurait cru.\r\n\r\n<strong>Visions, statuesque et hypoth\u00e8ses<\/strong>\r\n\r\nMaintenant de retour au calme, Jan, Helga et Irena tentent de faire le point. La trahison de Grygor remonte sans doute \u00e0 la veille, au moment m\u00eame o\u00f9 les trois mages ont pour ainsi dire investi le parc du Prater. La mort de Jakob est \u00e9galement soulev\u00e9e \u00e0 nouveau: seraient-ce Fyodor et ses sbires qui, par d\u00e9pit, ont assassin\u00e9 le Choriste? Selon Jan, l'homme rencontr\u00e9 au Stefansdom, Van Ruprecht, aurait certainement des r\u00e9ponses... mais encore faudrait-il savoir quelles questions lui poser. Quant au myst\u00e9rieux Lhop-Lhop, peut-\u00eatre est-il de fait devenu le gardien des lieux? Sans oublier le fait que Lars a clairement appel\u00e9 Helga \"Sombre Reine\", et qu'il connaissait donc ce curieux surnom que lui donnent certains.\r\n\r\nL'Akashite parle ensuite de la vision qu'\u00e0 deux reprises il a eue d'un homme portant un masque, un chapeau haut-de-forme et une queue de pie, homme au comportement des plus bizarres, par ailleurs. A la mention d'un masque, Wilhelm, qui venait de rentrer dans la pi\u00e8ce, portant un plateau avec une th\u00e9i\u00e8re et des tasses, fronce les sourcils. Il n'est pas tout \u00e0 fait certain de ce qu'il avance, \u00e9tant donn\u00e9 qu'il vient de saisir des bribes de conversation au vol, mais pour lui, Helga parlait des oeuvres de son mari, et il se souvient maintenant d'une statue dont Jakob avait fait don au Mus\u00e9e des Beaux-Arts \u2014 statue que la Verbena n'a d'ailleurs jamais vue. C'\u00e9tait en fait l'une des premi\u00e8res oeuvres du sculpteur, une oeuvre dont il n'\u00e9tait pas particuli\u00e8rement satisfait: une statue compos\u00e9e de masques agglom\u00e9r\u00e9s, le tout formant un autre masque gigantesque. N\u00e9anmoins, s'il ne l'aimait pas, cette sculpture, Jakob aurait tout \u00e0 fait pu la d\u00e9truire. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait? Quel \u00e9tait l'int\u00e9r\u00eat de la donner, \u00e0 un mus\u00e9e qui plus est?\r\n\r\nDe nouvelles pistes se pr\u00e9sentent ainsi. Helga pense qu'aller au mus\u00e9e serait une bonne id\u00e9e, et que peut-\u00eatre m\u00eame il faudrait aller parler \u00e0 Herr Haso, qui semblait neutre dans le probl\u00e8me opposant Fyodor au Marquis de Laplace. Jan voudrait \u00e9galement retourner au Rotenb\u00fcschel pour examiner la fameuse chambre \u00e0 la perturbation entropique apparue clairement apr\u00e8s que l'Akashite a quitt\u00e9 sa propre chambre. Sans plus attendre, Helga s'emploie \u00e0 r\u00e9diger un message sollicitant une audience avec le conservateur du mus\u00e9e, message que Wilhelm fera porter l\u00e0-bas d\u00e8s le lendemain matin. Et sur ces entrefaites, la nuit portant conseil, nos amis tentent de trouver le sommeil.\r\n\r\n<strong>Myst\u00e8re \u00e0 l'\u00e9curie<\/strong>\r\n\r\nAu matin du 26 novembre, le r\u00e9veil est difficile pour les trois mages, mais apparemment beaucoup moins pour Francesca, d\u00e9j\u00e0 debout et en train de s'activer au moment o\u00f9 ils gagnent le petit salon. Francesca, qui s'efforce de para\u00eetre enjou\u00e9e, mais ne peut cacher une certaine inqui\u00e9tude sous-jacente, dit que Wilhelm est en train de nettoyer l'\u00e9curie: la veille, en rentrant l'attelage,\u00a0 il avait en effet d\u00e9couvert que quelqu'un s'y \u00e9tait introduit et avait apparemment tu\u00e9 l'un des chevaux... mais il ne l'avait pas signal\u00e9 alors, peu d\u00e9sireux d'ajouter \u00e0 l'inqui\u00e9tude de sa ma\u00eetresse apr\u00e8s les tristes \u00e9v\u00e9nements s'\u00e9tant d\u00e9roul\u00e9s au palais. Examiner de plus pr\u00e8s tout cela est donc l'une des nombreuses choses au programme de la journ\u00e9e, en plus de la n\u00e9cessit\u00e9 d'aller au mus\u00e9e, de planifier le futur voyage en Valachie et de recruter d'autres serviteurs (Helga pense en effet que Wilhelm et Francesca sont bien trop \"exp\u00e9riment\u00e9s\", et voudrait leur donner des postes plus importants).\r\n\r\nTandis que Helga t\u00e9l\u00e9phone au mus\u00e9e pour prendre rendez-vous, Jan et Irena, accompagn\u00e9s de Fr\u00e8re Piotr, commencent par examiner l'\u00e9curie, o\u00f9 r\u00e8gne\u00a0 une atmosph\u00e8re tendue. Si le cadavre du cheval a \u00e9t\u00e9 tra\u00een\u00e9 \u00e0 l'ext\u00e9rieur, des traces en plusieurs endroits, sur les poutres ou encore sur les outils, indiquent clairement que quelqu'un est pass\u00e9 par l\u00e0; la porte du box de l'animal ainsi tu\u00e9 a m\u00eame \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e de ses gonds. Gisant sur le flanc, le cheval au pelage blanc arbore sur son corps de nombreuses coupures tr\u00e8s profondes et de longues tra\u00een\u00e9es de sang. Autour de lui, Irena per\u00e7oit une aura r\u00e9siduelle assez \u00e9trange et malsaine, effet secondaire d'une forte pr\u00e9sence; quelques images s'imposent m\u00eame \u00e0 elle, de peur, de course, de douleur atroce et de rage pr\u00e9datrice. Jan, lui, reconna\u00eet ais\u00e9ment que les blessures inflig\u00e9es r\u00e9sultent de coups de couteau, et il lui semble bien que cette lame \u00e9tait celle de Lars \u2014 furieux de n'avoir pu p\u00e9n\u00e9trer dans le manoir, le jeune vampire avait sans doute pass\u00e9 sa rage sur l'animal. Enfin, pr\u00e8s de la porte du box, Piotr d\u00e9couvre un curieux objet blanc: un petit morceau de cristal (une pierre brute, qui n'est pas pure), pas plus gros que le pouce et d'aspect encore l\u00e9g\u00e8rement granuleux. Quand la martre le touche, elle ressent un bref choc \u00e9lectrique, et pousse un petit cri, attirant ainsi l'attention de ses compagnons. Le cristal \u00e9tait apparemment l'un des composants d'un rituel, et n'est plus enchant\u00e9 \u00e0 pr\u00e9sent. Il a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 dans le bois avec une force extr\u00eame.\r\n\r\n<strong>Elements de rituel<\/strong>\r\n\r\nJan quitte l'\u00e9curie pour aller examiner le corps de Lars; il n'en reste plus rien, sinon des cendres et la cape qui avait \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e par-dessus la veille pour le recouvrir. Alors que son regard se pose sur les \u00e9tendues d'herbes ravag\u00e9es par les flammes vertes, l'Akashite sent une curieuse sensation de d\u00e9j\u00e0-vu l'envahir, une impression d'angoisse. Les flammes, en rongeant le sol, semblent avoir dessin\u00e9 une forme circulaire, compos\u00e9e de trois courbes tentaculaires, d'environ cinq m\u00e8tres de diam\u00e8tre. Jan fait signe \u00e0 Irena de venir le rejoindre, d\u00e9sirant avoir son avis sur cet \u00e9trange motif; force est de constater que celui-ci ressemble fort au <a href=\"http:\/\/www.oeildusphinx.com\/roi1.gif\">signe<\/a> qu'avait trac\u00e9 Jan poss\u00e9d\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/lintrigue\/redux\/la-source-du-dragon\/3\">sur ses monticules de glace<\/a> ... ainsi qu'au symbole aper\u00e7u par l'Herm\u00e9tiste dans le croquis de <em>Vision du Tartare<\/em>. En invoquant son feu maudit, Lars \u00e9tait-il seulement conscient de ce que les flammes tra\u00e7aient l\u00e0? Quoi qu'il en soit, les deux mages ont vite fait de remarquer que le d\u00e9bris de cristal retrouv\u00e9 par Fr\u00e8re Piotr se trouvait \u2014 co\u00efncidence qui n'en est pas une...? \u2014 dans l'axe de ce signe.\r\n\r\nPiotr, justement, a senti une r\u00e9sonance entre le symbole et le cristal, comme une sorte de suintement malsain. Afin de ne prendre aucun risque, Jan s'emploie alors \u00e0 b\u00eacher le trac\u00e9 laiss\u00e9 au sol afin de le briser pour de bon, tandis qu'Irena part en qu\u00eate d'autres \u00e9clats de cristal; elle en trouve cinq, tous \u00e9parpill\u00e9s autour de la zone ravag\u00e9e. Mais la finalit\u00e9 de leur pr\u00e9sence reste \u00e0 \u00e9lucide: \u00e9taient-il l\u00e0 avant l'arriv\u00e9e de Lars, ou sont-ils au contraire une forme de r\u00e9action au combat qui s'est tenu l\u00e0 la veille? Irena doute que son propre Rituel ait jou\u00e9 un r\u00f4le dans tout cela; il n'avait apr\u00e8s tout pour but que d'acc\u00e9l\u00e9rer le processus, pour ainsi dire, de mettre Lars face \u00e0 son destin plus vite que pr\u00e9vu. Les \u00e9clats rassembl\u00e9s, les deux mages en parlent \u00e0 Wilhelm et Helga, qui les ont rejoint; Wilhelm r\u00e9v\u00e8le alors avoir trouv\u00e9 un autre morceau de cristal fich\u00e9 au bas de la toiture, et le montre \u00e0 Jan.\r\n\r\nHelga, \u00e0 son tour, se rend \u00e0 l'\u00e9curie pour voir le cadavre du cheval. Elle reconna\u00eet ce type de blessure: il s'agit l\u00e0 ni plus ni moins que d'une victime sacrificielle, car Lars a pris soin de faire en sorte que chaque blessure en soi ne soit jamais instantan\u00e9ment mortelle, afin d'infliger le plus de souffrance et de r\u00e9pandre le plus de sang possible. Et cependant, il n'y a quasiment aucune pr\u00e9sence de sang sous l'animal... Piotr indique que le corps de la b\u00eate porte neuf blessures, ce qui pousse les mages \u00e0 penser que peut-\u00eatre il y aurait \u00e9galement neuf \u00e9clats de cristal. En compagnie de la martre, Irena cherche s'il n'y aurait pas encore deux autres \u00e9clats de cristal \u00e0 proximit\u00e9 de l'\u00e9curie ou du signe. L'Herm\u00e9tiste en retrouve un, qui a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 avec beaucoup de force dans la brique du mur d'enceinte attenant aux \u00e9curies. Quant \u00e0 Piotr, il d\u00e9couvre un dernier \u00e9clat fich\u00e9 \u00e0 la base d'une des statues de Jakob \u2014 pr\u00e9cis\u00e9ment celle derri\u00e8re laquelle Lars s'\u00e9tait plac\u00e9 en embuscade...\r\n\r\n<!--nextpage--><strong>Le rituel r\u00e9v\u00e9l\u00e9<\/strong>\r\n\r\nRecherches et discussions sont interrompues par l'arriv\u00e9e de la boucherie chevaline, au portail, pr\u00eate \u00e0 emporter le cadavre. Sur instructions de Helga, Wilhelm parvient toutefois \u00e0 les convaincre de revenir deux heures plus tard, et les trois mages s'en retournent \u00e0 leurs investigations. Irena rassemble les \u00e9clats d\u00e9couverts au centre d'un cercle qu'elle trace \u00e0 m\u00eame le sol, afin d'analyser le rituel dont ils faisaient partie. Pour Jan, les cristaux semblaient plac\u00e9s l\u00e0 sans rime ni raison, comme s'ils n'avaient \u00e9t\u00e9 que des \u00e9clats arrach\u00e9s \u00e0 un morceau unique \u00e0 la suite d'une violente explosion. Tant bien que mal, Helga essaie elle aussi d'en savoir plus en interrogeant les esprits, dans l'espoir de parvenir \u00e0 trouver ce qui aurait pu \u00eatre l'esprit du cheval, mais les choses ne se passent pas aussi bien qu'elle l'aurait souhait\u00e9, et elle s'en revient bredouille.\r\n\r\nLes observations d'Irena, qui de son c\u00f4t\u00e9 a poursuivi sa propre analyse, lui indiquent que l'aura entourant l'animal, bien que t\u00e9nue, est tout de m\u00eame parlante: l'essence entropique qui s'en d\u00e9gage encore est \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame que celle qui a nimb\u00e9 le bras de Lars lorsqu'il a invoqu\u00e9 son feu. Du moment o\u00f9 il \u00e9tait entr\u00e9 dans le domaine d'Helga, Lars n'\u00e9tait sans doute plus le m\u00eame, comme \"parasit\u00e9\" par une pr\u00e9sence mystique. Toutefois, la qualit\u00e9 de son rituel r\u00e9v\u00e8le qu'il savait tout de m\u00eame ce qu'il faisait \u2014 \u00e0 chaque nouvelle blessure inflig\u00e9e \u00e0 l'animal, l'\u00e9nergie qu'il avait \u00e0 sa disposition croissait. Lars a donc sacrifi\u00e9 ce cheval afin d'accueillir en lui-m\u00eame cette pr\u00e9sence spirituelle, en d\u00e9pit de la d\u00e9cision quasi-suicidaire qu'utiliser un tel rituel repr\u00e9sentait; peut-\u00eatre Fyodor lui avait-il appris ledit rituel en lui faisant une fausse promesse? Quant au symbole dans l'herbe, il serait la trace r\u00e9siduelle laiss\u00e9e par la pr\u00e9sence en elle-m\u00eame \u2014 et Jan, quelques jours auparavant, avait sans doute \u00e9t\u00e9 victime de quelque chose de semblable. Quelque chose se prom\u00e8ne l\u00e0 sur le domaine d'Helga, ou du moins essaie de s'y imposer, et ce n'est pas bon signe. Par contre, le myst\u00e8re demeure en ce qui concerne les \u00e9clats de cristal; leur aura, entropique mais \u00e9galement dynamique, est diff\u00e9rente de celle de Lars et de cette pr\u00e9sence qu'il avait invoqu\u00e9e.\r\n\r\nHelga \u00e9tant entre temps retourn\u00e9e au palais, mand\u00e9e par Francesca, Irena fait part \u00e0 Jan de sa d\u00e9couverte. L'Akashite lui dit alors que lorsqu'il a lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 exorcis\u00e9 de cette pr\u00e9sence par le Fr\u00e8re Fahlen, il a vu alors s'envoler un papillon dor\u00e9 aux ailes marqu\u00e9es d'un signe m\u00ealant l'alpha et l'om\u00e9ga... le m\u00eame papillon aper\u00e7u par Irena dans le bureau de Jakob, le jour de son arriv\u00e9e \u00e0 Vienne.\r\n\r\nSur ces entrefaites, Helga revient, annon\u00e7ant qu'elle vient de recevoir un appel t\u00e9l\u00e9phonique d'Hector, et que celui-ci avait un message pour Irena: le Marquis convie l'Herm\u00e9tiste ce soit m\u00eame \u00e0 d\u00eener... et de toute \u00e9vidence, un refus ne serait ni acceptable, ni accept\u00e9. Une nouvelle mais br\u00e8ve discussion s'engage \u00e0 ce sujet, au cours de laquelle Irena parvient \u00e0 convaincre ses compagnons de ne pas chercher \u00e0 l'accompagner, ni m\u00eame \u00e0 la suivre. Mieux vaut en effet ne pas faire quoi que ce soit qui pourrait irriter cet homme.\r\n\r\n<strong>L'histoire du Palais?<\/strong>\r\n\r\nJan se saisit des \u00e9clats de cristal afin de voir si, mis les uns contre les autres, ils ne s'assembleraient pas en une forme particuli\u00e8re \u2014 et si oui, manque-t-il des morceaux, ou non? Apr\u00e8s avoir assembl\u00e9 les 9 morceaux, il constate qu'il en manque peut-\u00eatre encore la moiti\u00e9, mais il peut d\u00e9j\u00e0 reconstituer l'objet: une sorte d'oeuf oblong, de la taille d'un poing ferm\u00e9, dont la partie sup\u00e9rieure gauche est manquante. Il place ensuite les fragments dans une petite bourse qu'il garde sur lui. Cet objet \u00e9tait \u00e0 priori un r\u00e9ceptacle ou un focus pour une magie d'ordre tellurique, les cristaux \u00e9tant des r\u00e9cepteurs id\u00e9aux pour cela. Irena, elle, r\u00e9it\u00e8re \u00e0 l'attention d'Helga les explications qu'elle venait de fournir \u00e0 leur compagnon. Peut-\u00eatre le domaine Melvany en lui-m\u00eame \u00e9tait-il la raison pour laquelle Fyodor cherchait \u00e0 traiter avec Jakob, et celle pour laquelle il a fait enlever Francesca et d\u00e9pos\u00e9 le fort mena\u00e7ant message: pour que Helga quitte l'endroit, le laissant ainsi \u00e0 la merci de cette pr\u00e9sence mystique qui pourrait alors l'utiliser \u00e0 son gr\u00e9. Helga ne sait malheureusement rien de particulier concernant le domaine; la seule chose qu'elle conna\u00eet est la date \u00e0 laquelle il a \u00e9t\u00e9 construit: en 1683, alors que la famille portait encore le nom de <em>Melvanitz<\/em>, \"l'arbre de vie\".\r\n\r\nApr\u00e8s le repas, durant lequel la discussion a port\u00e9 sur l'oeuf de cristal et sur l'histoire de Vienne (la seule chose \u00e0 laquelle \"1683\" fait penser est le si\u00e8ge de la ville par les Ottomans), Helga se rend dans la biblioth\u00e8que pour y chercher un livre d'histoire concernant la capitale. Le dernier si\u00e8ge de Vienne par les Ottomans remonte bien \u00e0 1683; gr\u00e2ce aux renforts d'autres souverains europ\u00e9ens et \u00e0 la tr\u00e8s mauvaise pr\u00e9paration de l'arm\u00e9e ennemie, le si\u00e8ge, qui n'a dur\u00e9 que trois mois, s'\u00e9tait fini par un d\u00e9sastre pour les Ottomans. Cela n'aide pas beaucoup les trois mages, mais quelques hypoth\u00e8ses se d\u00e9gagent toutefois. Peut-\u00eatre le palais Melvany avait-il \u00e9t\u00e9 b\u00e2ti l\u00e0 pour emprisonner ou utiliser la pr\u00e9sence mystique en question; ou encore les cristaux faisaient-ils partie d'un rituel de protection, qui aurait explos\u00e9 lorsque Lars a lui aussi invoqu\u00e9 sa magie sur place.\r\n<strong>\r\nLa statue de Jakob<\/strong>\r\n\r\nSuite \u00e0 ces recherches, les trois compagnons se mettent en route pour l'Acad\u00e9mie des Beaux-Arts, o\u00f9 Helga doit aller rencontrer le conservateur, Herr Hoeffgang, un homme qui est \u00e0 la t\u00eate du mus\u00e9e depuis une dizaine d'ann\u00e9es, mais dont la r\u00e9putation est assez controvers\u00e9e. Il arrive en personne pour accueillir \"la comtesse Melvany et ses amis\", et acquiesce au d\u00e9sir d'Helga de voir le legs que son mari a laiss\u00e9 \u00e0 l'Acad\u00e9mie. Hoeffgang laisse les trois mages dans la galerie des oeuvres surr\u00e9alistes pendant qu'il va chercher un archiviste qui pourrait leur permettre de retrouver les sculptures de Jakob dans le catalogue du mus\u00e9e. Cet archiviste, Herr Rheingold, les m\u00e8ne ensuite dans une remise o\u00f9 se trouve une sculpture de pr\u00e8s de quatre m\u00e8tres de haut, prot\u00e9g\u00e9e par une b\u00e2che, qui rase de pr\u00e8s le plafond.\r\n\r\nLorsque Rheingold d\u00e9voile la scupture de pierre, Irena sent une \u00e9trange impression la traverser. Sur un socle circulaire se dresse une gigantesque main sortant de flots repr\u00e9sent\u00e9s par des tourbillons stylis\u00e9s. Elle sert de tr\u00f4ne \u00e0 un masque domino, form\u00e9 par tout un agglom\u00e9rat de minuscules papillons. Le masque est de forme ovale, mais contrairement \u00e0 celui qu'a vu Jan sur le visage de la curieuse apparition en costume \u00e0 queue-de-pie, la forme de son front est creus\u00e9e et non convexe, comme si une subite morsure avait arrach\u00e9 toute une partie de la pierre, formant ainsi deux ar\u00eates recourb\u00e9es quelque peu semblables \u00e0 des cornes. Deux orifices dans ce visage font office d'yeux. Le titre de la sculpture, en latin, se traduit par <em>Le prince tragique<\/em>. La pierre dans laquelle elle est sculpt\u00e9e s'av\u00e8re m\u00ealer marbre et basalte. L'Acad\u00e9mie l'a re\u00e7ue en ao\u00fbt 1921, et son apparence soul\u00e8ve un certain nombre de questions, dont la suivante: si cette statue est une sorte d'autoportrait, dans ce cas, l'homme au masque qu'a aper\u00e7u Jan \u00e0 deux reprises... serait-ce le fant\u00f4me de Jakob?\r\n\r\n<strong>Elysion Princeps<\/strong>\r\n\r\nD\u00e9sireux d'examiner de plus pr\u00e8s cette statue, Jan fait croire \u00e0 l'archiviste qu'il a vu un rat passer dans la remise, afin de le distraire et de l'envoyer partir en chasse. Ce qui est pratique avec les mages, et surtout les entropistes comme Irena, c'est que dans ce genre de situation, on peut faire en sorte qu'il y ait effectivement un rat, et Rheingold les laisse seuls quelques minutes. Les trois mages envoient alors Piotr derri\u00e8re la statue pour voir s'il s'y trouve quelque chose. La martre remarque en effet une inscription, grav\u00e9e tr\u00e8s finement sur le sommet du masque: \"ELYSION PRINCEPS\" \u2014 ce qui ne manque pas de rappeler l\u00e0 l'\u00e9trange proph\u00e9tie laiss\u00e9e par <a href=\"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/lintrigue\/redux\/annexe-les-textes-prophetiques\" target=\"_blank\">la statue de l'Ange<\/a>.\r\n\r\nDans un r\u00e9flexe, Helga murmure ces deux mots, et\u00e0 ce moment pr\u00e9cis, une vive chaleur frappe Jan \u00e0 la hanche, l\u00e0 o\u00f9 est accroch\u00e9e la petite bourse contenant les \u00e9clats de cristal. Les trois compagnons sentent une vague brutale de magye les frapper, et les deux orbites vides du masque commencent \u00e0 \u00e9mettre une lueur blanche. Se rappelant alors les mots apparus dans le caveau de Jakob, Helga murmure de nouvelles paroles: \"Lux veritatis est\". Le flux d'\u00e9nergie diminue alors quelque peu, puis la lueur \u00e9manant de l'oeil du c\u00f4t\u00e9 noir du visage de pierre dispara\u00eet. Quant au c\u00f4t\u00e9 blanc, au-del\u00e0 de cette lumi\u00e8re vacillante semble se trouver quelque chose, une cavit\u00e9, peut-\u00eatre, ou un objet. Apr\u00e8s avoir consult\u00e9 ses deux amis du regard, Helga grimpe sur le masque pour tendre la main vers cet oeil. Une vague de chaleur intense la traverse elle aussi, et ses doigts touchent <em>quelque chose<\/em>, comme un petit objet suspendu, lui laissant l'impression que l'orbite vide \u00e9tait une sorte de portail vers ledit objet. Laissant \u00e9chapper un cri, Helga referme ses doigts et vacille en arri\u00e8re. Le ph\u00e9nom\u00e8ne lumineux cesse alors imm\u00e9diatement.\r\n\r\nDans sa main, Helga tient maintenant une pierre oblongue d'environ trois centim\u00e8tres de long et de couleur bleu turquoise... une pierre qui pourrait tout \u00e0 fait correspondre \u00e0 celle qui manquait dans l'amulette d'Anubis! Imm\u00e9diatement, les trois mages ne peuvent s'emp\u00eacher de songer que c'est l\u00e0 un nouveau legs de Jakob, et que ce dernier avait d\u00fb pr\u00e9voir que t\u00f4t ou tard, Helga viendrait ici. Mais quel legs! Cela semble mettre Piotr particuli\u00e8rement mal \u00e0 l'aise: il \u00e9vite cette pierre comme la peste, et lorsqu'enfin in revient vers sa ma\u00eetresse, c'est pour la foudroyer du regard. Jamais elle ne l'a vu dans un \u00e9tat pareil.\r\n\r\nSur ces entrefaites, Herr Rheingold revient, et Helga a tout juste le temps de dissimuler la petite pierre. Elle lui demande s'il conna\u00eetrait par hasard des oeuvres traitant de l'Elysion, des Champs Eys\u00e9es, et l'archiviste r\u00e9pond qu'en effet, l'Acad\u00e9mie a r\u00e9\u00e7u une statue \u00e9trange, il y a de cela un an, sculpt\u00e9e par un certain... Georg Stanis. Elle repr\u00e9sentait un ange v\u00eatu d'une toge, aux attributs bien plus olympiens que chr\u00e9tiens, et portait le titre de \"Gardien d'Elysion\". H\u00e9las, cette statue a bien vite trouv\u00e9 un acqu\u00e9reur en la personne d'un Russe, Dimitri Remanov, en voyage \u00e0 Vienne \u00e0 cette \u00e9poque.\r\n\r\n<strong>Embrouilles \u00e0 la gare<\/strong>\r\n\r\nPuisque visiblement, il n'y a rien de plus \u00e0 tirer de la visite au mus\u00e9e, et que ce n'est que le milieu de l'apr\u00e8s-midi, les trois mages prennent ensuite le chemin de la gare afin d'aller r\u00e9server des billets pour le prochain train en partance pour Targujiu, la gare la plus proche du village de Sulfas o\u00f9 r\u00e9side Georg Stanis, ce qui signifie qu'il faudra vraisemblablement prendre l'Orient-Express. Toutefois, Irena devant se pr\u00e9parer pour le d\u00eener auquel l'a convi\u00e9e le Marquis, c'est Jan et Helga que Wilhelm d\u00e9pose \u00e0 la gare, avant de reconduire la jeune Herm\u00e9tiste au Palais Melvany.\r\n\r\nAu guichet, Jan et Helga apprennent que le prochain Orient-Express passera par Vienne le 4 d\u00e9cembre, mais qu'il n'est pas possible d'acheter de billets: le train tout entier a en effet \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 par un \"haut dignitaire\" \u00e0 l'identit\u00e9 devant demeurer secr\u00e8te \u2014 mais pas pour longtemps, car Jan, l'air de rien, parvient \u00e0 effectuer une discr\u00e8te perception des pens\u00e9es de surface du guichetier, et en tire le nom d'\"Alexei Rykov\". Le train suivant ne partira pas avant le 11, ce qui n'arrange pas les affaires des personnages. Imm\u00e9diatement, les deux mages songeant \u00e0 la m\u00eame chose; peut-\u00eatre pourrait-on \"persuader\" ce Rykov qu'il n'a besoin que d'un seul wagon, et que trois personnes en plus \u00e0 bord ne causeraient pas de probl\u00e8mes.\r\n\r\nLorsqu'ils quittent la gare, sans avoir pu obtenir plus de la part de l'employ\u00e9, Jan sent qu'on les observe; il aper\u00e7oit alors un homme debout, v\u00eatu d'une longue redingote noire, les mains dans les poches. Le col relev\u00e9 de son v\u00eatement dissimule le bas de son visage, et un lourd chapeau noir recouvre presque enti\u00e8rement le reste. L'aura qu'il \u00e9met est \u00e9trangement mena\u00e7ante; les deux hommes font un pas vers l'autre. Soudain, sans que rien n'e\u00fbt pu le laisser pr\u00e9voir, l'inconnu tire un objet de sous un pan de son manteau, qui dissimulait de fait un holster, et dans le m\u00eame mouvement tire deux coups de feu dans la direction de Jan. Alors que l'Akashite esquive de justesse, il reconna\u00eet enfin cet homme, bien qu'il n'en montre rien \u00e0 Helga. Il n'a pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre, car d\u00e9j\u00e0 son agresseur, fendant la foule \u00e0 une vitesse hallucinante, s'enfuit sans m\u00eame un regard en arri\u00e8re.\r\n\r\n<!--nextpage--><strong>Club 52<\/strong>\r\n\r\nPendant ce temps, tandis que tombe la nuit, Irena, au palais Melvany, ach\u00e8ve de passer des atours \u00e9l\u00e9gants, bien plus convenables pour son \"d\u00eener\" avec Damien de Laplace. Ce dernier a fait envoyer une berline pour conduire la jeune femme au lieu du rendez-vous, et en \u00e9changeant quelques mots avec le cocher, un homme bedonnant aux joues rouges et \u00e0 la moustache fine, Irena se rend compte \u00e0 son accent que celui-ci est vraisemblablement d'origine fran\u00e7aise. L'Herm\u00e9tiste s'installe dans le v\u00e9hicule, dont la richesse lui laisse clairement l'impression de se trouver prise l\u00e0 dans une cage dor\u00e9e, et son malaise est encore accentu\u00e9 par le fait qu'elle n'a pu entrer en contact avec Andr\u00e9, son Avatar, de toute la journ\u00e9e. Mais qu'\u00e0 cela ne tienne, elle sait que sous aucun pr\u00e9texte elle ne devra montrer sa nervosit\u00e9, au risque de se voir enti\u00e8rement dominer par celui qui l'a invit\u00e9e.\r\n\r\nAu bout d'un petit quart d'heure de route \u2014 il est pr\u00e8s de 21h30 \u2014 la berline ralentit pour p\u00e9n\u00e9trer dans la zone situ\u00e9e entre le quartier des riches familles de l'ancienne noblesse viennoise et celui des \"parvenus\" que sont les bourgeois enrichis. Les maisons sont cossues, mais les rues plus \u00e9troites, et un peu plus encombr\u00e9es par la circulation de ce d\u00e9but de soir\u00e9e, tandis que le vent l\u00e9ger porte \u00e7\u00e0 et l\u00e0 l'\u00e9cho de rires gras et de conversations diverses. Le v\u00e9hicule s'arr\u00eate devant un b\u00e2timent de deux \u00e9tages, assez diff\u00e9rent de ceux qui l'entourent, aux fen\u00eatres \u00e9clair\u00e9es par une chaude lumi\u00e8re, et qui ressemble plus \u00e0 un restaurant, ou peut-\u00eatre encore un bar, qu'\u00e0 une habitation. Une enseigne au-dessus de la porte indique simplement <em>Club 52<\/em>. Le cocher indique \u00e0 Irena qu'il a pour ordre de repasser la prendre d'ici quelques heures, et la laisse sur le pas de la porte. Comme il ne se trouve aucune sonnette ou cloche pour se faire annoncer, la jeune femme hausse les \u00e9paules et entre tout simplement. Qu'il s'agisse du club des vampires locaux ou pas ne change plus rien \u00e0 sa situation \u00e0 pr\u00e9sent.\r\n\r\nA l'int\u00e9rieur, une l\u00e9g\u00e8re odeur de tabac flotte dans l'air. La couleur omnipr\u00e9sente dans l'antichambre o\u00f9 se trouve maintenant Irena est le rouge carmin, qu'il s'agisse des fauteuils ou des lourdes tentures couvrant les murs. Devant une deuxi\u00e8me porte, menant visiblement \u00e0 la salle principale, se tient un individu \u00e0 la mine patibulaire, quelque peu similaire \u00e0 celle du serviteur de Haso crois\u00e9 la veille. Ses cheveux sont tr\u00e8s courts, presque ras\u00e9s de pr\u00e8s; son \u00e9l\u00e9gante livr\u00e9e noire et sa chemise blanche offrent un curieux contraste avec la boucle d'oreille en m\u00e9tal sombre qu'il porte \u00e0 l'oreille gauche. D\u00e8s qu'il aper\u00e7oit l'Herm\u00e9tiste, l'homme lui barre la route, arguant du fait qu'il s'agit d'un club priv\u00e9; sans de d\u00e9monter, Irena sort cr\u00e2nement son carton d'invitation, tirant une certaine satisfaction de la mine alors stup\u00e9faite du portier. Celui-ci lui dit d'attendre, quitte en grommelant l'antichambre, et va se renseigner. De toute \u00e9vidence, il s'agit l\u00e0 d'un club r\u00e9serv\u00e9 aux hommes, et sans nul doute le marquis cherche-t-il \u00e0 impressionner l\u00e0 son invit\u00e9e, en plus de marquer son assise croissante parmi les Magist\u00e8res. Laiss\u00e9e seule, Irena se permet un l\u00e9ger sourire; dans un tel endroit, elle joue en terrain plus connu que Laplace ne pourrait le supposer.\r\n\r\n<strong>La brebis parmi les loups<\/strong>\r\n\r\nAu bout de plusieurs longues minutes, la porte s'ouvre \u00e0 nouveau, et le portier revient annoncer \u00e0 Irena que le Marquis l'attend. Quand elle passe \u00e0 la hauteur de l\"homme, une impression de malaise la saisit, comme celle que laisserait un poignard glac\u00e9 pass\u00e9 sur la peau, mais elle n'en laisse rien para\u00eetre. A l'int\u00e9rieur, la d\u00e9coration du club est des plus raffin\u00e9es: marquetteries vernies, argenteries et dorures sur les meubles abondent. Attabl\u00e9s dans cette \"salle \u00e0 manger\" se trouvent des notables parmi les plus en vue, eux aussi habill\u00e9s de fa\u00e7on tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante, parfois m\u00eame extravagante. Aucun d'eux ne semble avoir moins d'une quarantaine d'ann\u00e9es, mais du moins leurs visages n'ont-ils pas non plus la p\u00e2leur caract\u00e9ristique des vampires. Leurs regards choqu\u00e9s, outr\u00e9s ou encore curieux se tournent vers Irena lorsqu'elle s'avance dans la salle; elle les ignore, sachant fort bien que dans un tel lieu, une femme, et qui plus est une femme comme elle, se doit de jouer la carte de l'insolence plut\u00f4t que de la timidit\u00e9.\r\n\r\nEn face d'elle se trouve une bar semi-circulaire, b\u00e2ti autour d'un unique pilier; une tenture orang\u00e9e dissimule assez mal les \u00e9tag\u00e8res couvertes de bouteilles de liqueur. Derri\u00e8re le bar se tient un individu grand et maigre, qui pose sur la jeune femme des yeux \u00e0 l'expression emplie d'int\u00e9r\u00eat. Quelque part dans le bar, un piano-jazz laisse entendre une discr\u00e8te musique. Sur le c\u00f4t\u00e9 gauche de la salle se trouve un paravant laqu\u00e9 peint de sc\u00e8nes rupestres autrichiennes; un peu plus loin, une autre partition du m\u00eame type cache \u00e0 demi un escalier qui monte, et ne semble pas tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9.\r\n\r\nNe voyant pas le Marquis, Irena s'avance vers le barman. Celui-ci sait visiblement qui elle est, et propose de la d\u00e9barrasser de son manteau pour le mettre au vestiaire. Il lui dit que le Marquis l'attend dans le fumoir, dont l'entr\u00e9e se trouve derri\u00e8re le paravent laqu\u00e9. La jeune femme remercie et s'en va de ce pas vers la pi\u00e8ce suscit\u00e9e. Une fois l\u00e0-bas, l'atmosph\u00e8re se r\u00e9v\u00e8le assez diff\u00e9rente. Les murs sont d\u00e9nu\u00e9s de d\u00e9coration, \u00e0 l'exception de quelques peintures d'une facture assez moyenne et d'un grand miroir accroch\u00e9 au mur donnant sur la rue. La pi\u00e8ce, calme, n'accueille pour le moment que trois personnes, assises \u00e0 des tables lustr\u00e9es. Plus particuli\u00e8rement, un homme assis pr\u00e8s du miroir attire l'attention d'Irena; il fume tranquillement une longue pipe blanche taill\u00e9e dans une mati\u00e8re fort semblable \u00e0 de l'os, assez impropre \u00e0 un tel \u00e9tablissement. La peau de son visage est tir\u00e9e en arri\u00e8re, sa paleur est cadav\u00e9rique, et il n'a presque pas de cheveux; ses habits sont toutefois des plus \u00e9l\u00e9gants. Il sourit bri\u00e8vement \u00e0 la nouvelle arrivante, d\u00e9voilant de longs chicots noirs en lieu et place de dents.\r\n\r\nAlors qu'elle est en train d'observer cet homme, Irena sent une main se poser sur son \u00e9paule: celle du Marquis, qui vient de se lever de la table qu'il occupait en fait, \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0, derri\u00e8re le paravent, et lui dit: \"Veuillez excuser mon ami Ludwig.\" Il ne fait aucun doute que cette action \u00e9tait \u00e0 dessein, et Irena s'efforce de ne rien laisser para\u00eetre de sa surprise. Le marquis est v\u00eatu d'un \u00e9l\u00e9gant habit \u00e0 queue-de-pie. Ses gants sont blancs, et il arbore \u00e0 la taille une ceinture de cuir brun orn\u00e9e d'une boucle repr\u00e9sentant une t\u00eate de lion \u2014 un ceinturon d'\u00e9p\u00e9e, semble-t-il, car Irena, lorsqu'elle s'asseoit \u00e0 sa table, peut apercevoir un fourreau vide pos\u00e9 contre le mur, l'arme \u00e9tant sans doute rest\u00e9e au vestiaire. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 repose une canne de m\u00e9tal argent\u00e9 dont le pommeau en forme de griffe tient un lourd octa\u00e8dre de cristal pourpre, tr\u00e8s certainement enchant\u00e9, aux faces grav\u00e9es de symboles cabalistiques.\r\n\r\n<strong>Une tasse de th\u00e9, tr\u00e8s ch\u00e8re?<\/strong>\r\n\r\nDamien de Laplace appr\u00e9cie de voir qu'Irena a r\u00e9pondu \u00e0 son invitation, et lui propose un th\u00e9 de fa\u00e7on fort charmante, th\u00e9 qu'il commande au barman venu presque imm\u00e9diatement prendre la commande. Quant \u00e0 l'\u00e9trange homme pr\u00e9nomm\u00e9 Ludwig, il se l\u00e8ve en crachotant pour quitter la pi\u00e8ce; dans l'autre salle, personne ne semble surpris par son apparence. La conversation s'engage sur des salutations et des banalit\u00e9s, mais au moment o\u00f9 le th\u00e9 lui est servi, Irena surprend un mouvement dans le miroir en face d'elle \u2014 Andr\u00e9, l'air paniqu\u00e9, qui lui fait de grands gestes des bras et, toujours par signes, lui indique de ne surtout pas boire le contenu de la tasse. D\u00e9cidant que mieux vaut de toutes mani\u00e8res ne pas faire confiance au Marquis, Irena r\u00e9pond d'un regard \u00e0 son Avatar, et repousse autant que possible le moment de boire, pr\u00e9textant pr\u00e9f\u00e9rer s'impr\u00e9gner tout d'abord de l'ar\u00f4me de cette vari\u00e9t\u00e9 de th\u00e9 (du rooibos) qu'elle ne connaissait pas encore. Le Marquis n'est sans doute pas dupe, mais au bout d'un moment, il finit par sourire, et reconna\u00eetre non sans une certaine admiration que la clairvoyance de l'Herm\u00e9tiste est remarquable. Irena se voit donc confirmer ce qu'elle craignait: il avait fait mettre quelque chose d'autre dans le th\u00e9. Fort heureusement, il n'insiste pas, et elle peut reposer sa tasse sans avoir eu \u00e0 y tremper les l\u00e8vres, et sans le froisser par la m\u00eame occasion.\r\n\r\n\"Nous allons pouvoir parler \u00e0 visage d\u00e9couvert\", a d\u00e9clar\u00e9 Damien. De toute \u00e9vidence, il en sait assez long sur Irena, car son fr\u00e8re, Hugues, lui a parl\u00e9 d'elle \u2014 un mauvais point pour son Mentor, d\u00e9cide Irena, qui prend note pour plus tard d'aller lui remonter les bretelles au sujet de sa langue trop bien pendue; d'un autre c\u00f4t\u00e9, ce genre de relation expliquerait bien les rumeurs courant sur le compte d'Hugues, selon lesquelles il aurait des rapports avec certains vampires en Europe... Face \u00e0 tant d'arrogance, Irena se jure en son for int\u00e9rieur de lui faire cracher autant d'informations que possible concernant les probl\u00e8mes survenus \u00e0 Vienne ces derniers temps, d'autant plus qu'il semble dispos\u00e9 \u00e0 proc\u00e9der \u00e0 un petit \"\u00e9change\" \u00e0 ce niveau-l\u00e0.\r\n\r\nLa discussion porte tout d'abord sur Fyodor. Celui-ci a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mis de ses fonctions trois jours auparavant, mais \u00e0 ce moment, il \u00e9tait absent, ayant d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 Vienne le soir m\u00eame de la d\u00e9b\u00e2cle du parc du Prater. Il aurait en fait essay\u00e9 d'arriver au Catzhall pour profiter de l'incendie et tuer le Marquis, mais n'a plus reparu depuis, bien qu'il soit certain qu'il est encore de ce monde. Le fait qu'il a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 de la ville par contumace a beaucoup facilit\u00e9 les choses \u00e0 ses adversaires, et certaiement aussi attis\u00e9 la rancune de Fyodor lui-m\u00eame: il reviendra prendre sa revanche, cela ne fait aucun doute.\r\n\r\n<strong>Tour \u00e0 tour<\/strong>\r\n\r\nAu tour du Marquis de poser une question: il s'enquiert du futur d\u00e9part d'Helga pour la Roumanie, car ses agents lui ont rapport\u00e9 qu'elle est all\u00e9e acheter des billets \u00e0 la gare. Il aimerait savoir ce qu'elle compte aller faire l\u00e0-bas, et Irena lui r\u00e9pond que la Verbena compte rendre visite \u00e0 quelqu'un l\u00e0-bas, tout en faisant en sorte que cette information paraisse sans plus d'importance que cela. Rebondissant du tout au tout sur la question de Damien, Irena demande pourquoi justement ce surnom de \"Sombre Reine\". C'est un terme peu connu, en fait. Normalement, les vampires m\u00e9prisent les mortels, mais lorsqu'ils en rencontrent un qui leur semble unique en son genre, ils tendent \u00e0 lui donner un certain \"titre de noblesse\". Helga, apr\u00e8s tout, a un pass\u00e9 de chasseresse derri\u00e8re elle, l'une de ces rares personnes ayant r\u00e9ussi \u00e0 tuer un tr\u00e8s grand nombre des semblables du Marquis, soi-disant sans tro d'efforts. Helga a en tous cas caus\u00e9 un certain tumulte en arrivant \u00e0 Vienne, et les Magist\u00e8res se sont pos\u00e9 la question de savoir s'ils devaient la chasser ou la tuer. Damien, lui, \u00e9tait contre, arguant de l'adage que mieux vaut garder son ennemi sous la main pour le surveiller et en tirer parti, et s'est vu de fait assigner la t\u00e2che de la surveiller. Mais depuis quelques jours, cette m\u00eame t\u00e2che lui a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e.\r\n\r\nLe vampire, ensuite, pose une autre question \u00e9pineuse, celle des rapports qu'entretient Jan Peter avec les Choristes. L\u00e0 encore, Irena joue sur des demi-v\u00e9rit\u00e9s pour cacher l'essentiel, et lui dit que l'Akashite s'est rendu \u00e0 la cath\u00e9drale pour y accomplir un rite de purification personnel par la pri\u00e8re, rien de plus, comme le font souvent certains mages. Hors de question de r\u00e9v\u00e9ler quoi que ce soit au sujet de l'exorcisme et de l'\u00e9trange symbole grav\u00e9 par Jan sur les monticules de neige. Le Marquis acquiesce, expliquant que sa curiosit\u00e9 vient du fait que depuis plusieurs si\u00e8cles, les Choristes occupent le seul Node de la ville qui \u00e9chappe encore au contr\u00f4le des Magist\u00e8res.\r\n\r\nIrena soul\u00e8ve alors un point qu'elle se doute \u00eatre particuli\u00e8rement \u00e9pineux, mais qu'elle veut \u00e9claircir. Autant jouer cartes sur table sur ce plan: elle veut en savoir plus sur ce qu'est Enneakephalos. A ces mots, le Marquis semble presque p\u00e2lir encore plus, et l'atmosph\u00e8re se fait de suite plus pesante et plus s\u00e9rieuse. C'est l\u00e0 un nom dont il ne faut pas se moquer ni se servir \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re (mais au vu de ce qu'elle a v\u00e9cu dans le temple souterrain, telle n'est vraiment pas l'intention de l'Herm\u00e9tiste!). Il s'agit d'un \u00eatre tr\u00e8s puissant, dont l'arriv\u00e9e soudaine a soulev\u00e9 bien des questions et des inqui\u00e9tudes. Il est apparu pour la premi\u00e8re fois un peu plus de cent ans auparavant \u2014 de cette \u00e9poque, d'ailleurs, date la rivalit\u00e9 entre les factions de Damien et de Fyodor. Matteus lui-m\u00eame fut la preuve qu'il est toujours possible de g\u00e2cher un potentiel \u00e9norme et de se rouler dans la fange, en d\u00e9pit du \"destin\" prometteur dont on \u00e9tait investi. Il avait commis l'erreur de m\u00ealer son sang \u00e0 celui de cette chose indicible dans l'espoir d'obtenir les r\u00e9ponses \u00e0 ses questions.\r\n\r\nLe Marquis et plusieurs de ses alli\u00e9s ont alors investi le domaine de Matteus, et d\u00e9couvert \"l'indicible\". Ils sont venus \u00e0 bout de la horde hurlante entourant le monstre, qui avait une r\u00e9sistance hors du commun. Ils partirent quinze, mais seuls trois, dont le Marquis lui-m\u00eame, surv\u00e9curent \u00e0 cette nuit d'horreur. Sachant cela, il n'est donc pas surprenant que la nouvelle de la r\u00e9surrection d'Ennekephalos ait plong\u00e9 la Maison Tremere dans sa totalit\u00e9 dans un grand \u00e9moi. Ils ne savent d'ailleurs toujours pas quoi faire, surtout apr\u00e8s avoir perdu tant d'individus dans leur unique combat contre cette cr\u00e9ature. Et Matteus, avant sa mort, s'\u00e9tant vant\u00e9 de ce qu'Enneakephalos \u00e9tait immortel (avait-il neuf vies, comme son nom pourrait le laisser penser?)... D'ailleurs, la pr\u00e9sence de cette chose serait une des raisons pour lesquelles une alliance temporaire entre mages et Tremere serait utile: pour se d\u00e9barrasser d'Enneakephalos avant qu'il attaque la ville ou l'une des factions. Ils ont encore un peu de temps: selon les rapports, le monstre serait dans une torpeur hivernal... mais lorsqu'il se r\u00e9veillera, il aura tr\u00e8s faim, et, selon Damien, c'est \u00e0 ce moment pr\u00e9cis qu'il faudra frapper pour le vaincre, avant que tout cela ne d\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Bien entendu, une alliance n'enchante gu\u00e8re Irena, qui n'a de loin pas envie de traiter plus que cela avec les Tremere, et elle parvient \u00e0 temporiser \u00e0 ce sujet, se disant qu'il lui faudra trouver quelque chose par la suite pour ne pas que tout ceci ne se fasse \u00e0 ses d\u00e9pens comme \u00e0 ceux de ses deux compagnons.\r\n\r\nLe Marquis aurait d'ailleurs, non pas une information, mais un service \u00e0 demander. Il sort d'une besace une statuette repr\u00e9sentant un dragon de couleur blanche, un peu plus petits que ceux sculpt\u00e9s par Grygor. Le dragon, pour Irena, serait une Vouivre, qui semble prendre son \u00e9lan \u00e0 partir d'une \u00e9troite corniche rocheuse. Les vampires ont trouv\u00e9 cet objet non loin du Riesenrad, lorsqu'ils ont plac\u00e9 un cordon de s\u00e9curit\u00e9 autour du parc. La statuette ne semble receler aucune menace ou pi\u00e8ge, mais ils se sont bien rendus compte qu'elle \u00e9tait enchant\u00e9e, \u00e0 cause de sa tr\u00e8s faible aura r\u00e9siduelle. Ils ont pens\u00e9 qu'il s'agissait l\u00e0 de l'\u00e9quivalent d'un pi\u00e8ge, dont l'enchantement attend d'\u00eatre invoqu\u00e9. Damien voudrait qu'Irena analyse l'objet en question, car il sait que Fyodor s'\u00e9tait alli\u00e9 \u00e0 un mage puissant, et se dit qu'en savoir plus sur le sortil\u00e8ge et sur ce mage pourrait peut-\u00eatre aider \u00e0 retrouver la piste du ren\u00e9gat (Irena note donc qu'il ne sait pas que Grygor a trahi Fyodor). Mais ce n'est pas dans ce bar que l'Herm\u00e9tiste peut proc\u00e9der \u00e0 une telle analyse, et elle ne veut pas non plus que la statuette se retrouve chez Helga. Elle indique simplement qu'elle se souciera de la question \u00e0 son retour de Roumanie, et Damien acquiesce, l'enjoignant de faire tr\u00e8s attention \u00e0 son environnement l\u00e0-bas, car c'est un endroit fort dangereux.\r\n\r\n<strong>Vision<\/strong>\r\n\r\nSur ces entrefaites, onze heures tintent \u00e0 l'horloge. Le Marquis affiche soudain une attitude quelque peu pr\u00e9occup\u00e9e, et annonce qu'il a d'autres affaires \u00e0 r\u00e9gler encore cette nuit. C'est d'ailleurs la fin de la soir\u00e9e au club aussi; beaucoup de convives sont partis, et l'atmosph\u00e8re est devenue tr\u00e8s tamis\u00e9e. Damien raccompagne Irena \u00e0 la sortie. Au passage, il lui pr\u00e9sente le pianiste, Hans, qui a contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9putation croissante du club \u2014 ce qui lui permet par la m\u00eame occasion de glisser que \"c'est dans ce club qu'auront lieu nos prochaines rencontres\"...\r\n\r\nPour prendre cong\u00e9 d'Irena, Damien lui fait un charmant baisemain. A ce moment, une vive douleur traverse la poitrine de la jeune femme, qui tente de ne rien laisser para\u00eetre. Lorsque le Marquis se redresse, elle voit que ses yeux sont devenus rouge vif, leurs pupilles fendues comme celles d'un serpent. \"Je reviendrai\", dit-il dans un sifflement, la d\u00e9visageant l'espace d'une seconde. Puis tout redevient comme avant, et l'Herm\u00e9tiste, le coeur battant, se retrouve face \u00e0 Damien, qui lui demande ce qui ne va pas. \"Ce n'est rien\", r\u00e9pond-elle. \"C'\u00e9tait juste le Destin.\" Et sur cette parole \u00e9nigmatique, elle fait sa sortie, le laissant lui, cette fois, stup\u00e9fait.\r\n\r\nCe n'est l\u00e0 que bravade de sa part, car ce visage, Irena l'a h\u00e9las reconnu: ses traits \u00e9taient ceux de la statue de Matteus! Et cela ne laisse pas de l'inqui\u00e9ter. Matteus est pourtant cens\u00e9 \u00eatre mort \u2014 et il serait douteux que les Tremere aient \u00e9t\u00e9 cl\u00e9ments avec lui sur ce plan. N'\u00e9tait-ce l\u00e0 qu'une vision, ou bien, avant son tr\u00e9pas, une partie de son esprit serait-elle parvenue \u00e0 poss\u00e9der le Marquis? La douleur ressentie par l'Herm\u00e9tiste au moment de ladite vision, elle, \u00e9tait bien r\u00e9elle, et rappelait \u00e9trangement celle qui l'avait saisie au parc du Prater, au moment de l'attaque.\r\n\r\n<strong>Meeting Andr\u00e9<\/strong>\r\n\r\nApr\u00e8s avoir pris place dans la confortable berline qui doit la ramener au palais Melvany, Irena sort son miroir de son sac, tout de m\u00eame satisfaite de s'en \u00eatre tir\u00e9e \u00e0 si bon compte, car contrairement \u00e0 ses craintes, Damien semble pour le moment tenir ses promesses. Lorsqu'elle croise son regard dans la glace, son reflet n'est plus le sien, mais celui du jeune dandy qui lui tient lieu d'Avatar \u2014 un Andr\u00e9 \u00e0 la fois exc\u00e9d\u00e9 et angoiss\u00e9, qui lui demande ce qu'elle est all\u00e9e faire l\u00e0-dedans. En effet, lui qui accompagne partout la jeune femme et a pris l'habitude de laisser tra\u00eener ses yeux et ses oreilles un peu partout autour, et pas uniquement sur elle, a eu l'occasion de voir, dans la cuisine du Club 52, que l'on avait vers\u00e9 du sang de vampire dans sa tasse de th\u00e9... Mais de son c\u00f4t\u00e9 du miroir, l'environnement \u00e9tait si bizarre (des murs qui bougent, un sol duquel d\u00e9passaient des yeux et des bouches...) qu'il n'a pas os\u00e9 lui parler directement, de crainte que les murs aient des oreilles, comme le veut le proverbe. Heureusement, ses signes affol\u00e9s avaient eu l'effet escompt\u00e9, car si par malheur Irena avait bu de ce poison, Andr\u00e9 n'est pas s\u00fbr de ce qui lui serait arriv\u00e9 \u2014 et ni l'un ni l'autre n'ont envie de tenter l'exp\u00e9rience.\r\n\r\nL'Herm\u00e9tiste est soulag\u00e9e de constater que rien n'est arriv\u00e9 \u00e0 son compagnon de toujours, m\u00eame si le fait de savoir que son monde \u00e0 lui n'est apr\u00e8s tout que le reflet amplifi\u00e9 du sien, et que cela traduit fort bien les dangers qui la guettaient peut-\u00eatre l\u00e0-bas, au club, n'est pas des plus rassurants. Andr\u00e9 lui demande tr\u00e8s s\u00e9rieusement si elle compte accepter la proposition d'alliance du Marquis. Bien entendu, Irena n'en a aucune envie, mais elle ne sait pas si elle dispose pour le moment de moyens de pression suffisants pour pouvoir jouer d'\u00e9gale \u00e0 \u00e9gal avec lui et \u00e9viter qu'un refus de sa part ne la conduise tout droit \u00e0 l'\u00e9chafaud. Elle est toutefois parvenue \u00e0 obtenir un sursis en attendant de revenir de Roumanie, et en jouant finement, gagner du temps lui permettrait peut-\u00eatre aussi d'en apprendre plus encore et de pouvoir louvoyer gr\u00e2ce \u00e0 cela.\r\n\r\nAvec un soupir, Andr\u00e9 lui conseille une derni\u00e8re fois encore de rester prudente avec ce petit jeu-l\u00e0, et lui dit ensuite qu'il a pass\u00e9 la journer \u00e0 travailler sur un petit projet commun dont tous deux avaient parl\u00e9: enchanter un jeu de cartes. Il a termin\u00e9 d'enchanter le reflet, ne reste plus qu'\u00e0 Irena de faire le travail de son c\u00f4t\u00e9, et elle le remercie avec un sourire, lui promettant qu'ils se reverront plus tard pour boire un verre. La berline la d\u00e9pose enfin au palais Melvany, o\u00f9 elle se h\u00e2te de rentrer. Tout le monde dort d\u00e9j\u00e0, apparemment, mais Wilhelm, s'attendant \u00e0 ce qu'elle rentre quelque peu \"choqu\u00e9e\", a pris soin de laisser une bouteille de brandy dans sa chambre. Une fort louable intention, se dit Irena en se servant un verre, et en laissant le reste de c\u00f4t\u00e9 pour Andr\u00e9...\r\n\r\n<!--nextpage--><strong>Ce qu'un r\u00eave a montr\u00e9<\/strong>\r\n\r\nLe lendemain matin, c'est dans une atmosph\u00e8re des plus moroses que se passe le petit-d\u00e9jeuner. Dehors, Piotr a encore trouv\u00e9 deux autres morceaux de cristal dans le jardin. Jan n'a pas bien dormi, et mentionne bri\u00e8vement \u00e0 Irena qu'il a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 la veille, peut-\u00eatre bien par quelqu'un qu'il conna\u00eet. Il r\u00e9v\u00e8le de plus qu'il a fait un r\u00eave curieux cette nuit, dans lequel il a se trouvait au Rotenb\u00fcschel et y rencontrait Fr\u00e8re Piotr, dans la m\u00eame chambre que les trois mages avaient eu l'intention de visiter. La martre a pr\u00e9venu Jan d'une pr\u00e9sence agressive, puis a disparu; dans le r\u00eave, elle parlait d'une voix qui trahissait un \u00e2ge fort avanc\u00e9. Helga explique alors que Piotr \u00e9tait jadis un \u00eatre humain, un mage, religieux russe de son \u00e9tat, qui vivait au seizi\u00e8me si\u00e8cle. A la suite d'une faute qu'il a commise, mais dont il ne se rappelle plus, il a \u00e9t\u00e9 pi\u00e9g\u00e9 sous la forme d'une martre, peut-\u00eatre par suite d'un contrecoup de Paradoxe.\r\n\r\nEn ce qui concerne le r\u00eave, Piotr \"dit\" qu'il a jug\u00e9 bon de suivre la \"route des r\u00eaves\" \u00e0 la suite de Jan cette nuit-l\u00e0. Au Rotenb\u00fcschel, il a constat\u00e9 cette pr\u00e9sence, quasi-similaire \u00e0 celle de l'homme qui a attaqu\u00e9 Jan \u00e0 la gare, et \u00e0 jug\u00e9 bon de pr\u00e9venir l'Akashite. En sentant cette pr\u00e9sence, il a \u00e9galement eu la vision fugace de v\u00eatements sombres lui rappelant une sorte d'uniforme; cette pr\u00e9sence savait en tous cas se dissimuler, \u00e0 la mani\u00e8re d'un assassin. Jan ajoute que cet attaquant \u00e0 la gare \u00e9tait quelqu'un qu'il avait connu de par le pass\u00e9, pas revu depuis presque dix ans, mais qui normalement ne devrait plus lui \u00eatre hostile. Helga demande si cette personne aurait une raison de tuer Jan. Ce dernier secoue la t\u00eate: de par le pass\u00e9, c'\u00e9tait m\u00eame plut\u00f4t le contraire, l'homme lui avait sauv\u00e9 plusieurs fois la vie. Chose plus \u00e9tonnante encore, il \u00e9tait tr\u00e8s comp\u00e9tent dans son \"art\", et s'il voulait vraiment tuer Jan, celui-ci serait mort \u00e0 l'heure qu'il est. Cette attaque \u00e9tait-elle donc une forme d'avertissement, et non une v\u00e9ritable tentative de meurtre? L'Akashite essaye de se rem\u00e9morer d'autres d\u00e9tails. En tous cas, cet agresseur n'est selon lui pas un mage: il est simplement <em>tr\u00e8s<\/em> dou\u00e9, et dot\u00e9 de capacit\u00e9s au dessus de la normale.\r\n\r\nAu cours de son voyage dans les r\u00eaves, Jan a vu quelque chose d'autre: au Rotenb\u00fcschel, l'homme qui \u00e9tait parti brusquement en voyant arriver les trois mages \u00e9tait en fait un homme de Van Ruprecht, un de ceux qui s'\u00e9taient trouv\u00e9s avec lui au Stefansdom. D'apr\u00e8s Helga, Van Ruprecht est issu d'une famille austro-allemande de la noblesse viennoise. C'est un Technocrate, un ing\u00e9nieur en m\u00e9canique, qui \u00e9tait dans les troupes du g\u00e9nie pendant la Grande Guerre. Depuis la mort de Jakob, il a fait montre d'un comportement tr\u00e8s \u00e9trange. Pendant que la Verbena parle, Jan a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les deux morceaux de cristal et les assemble avec les autres, obtenant une sorte d'oeur dont il manque la partie sup\u00e9rieure (environ un cinqui\u00e8me de la masse totale). Ensuite, Irena parle \u00e0 ses deux amis de sa soir\u00e9e avec le Marquis, des informations qu'elle a obtenues et de sa vision au moment de partir.\r\n\r\n<strong>Rykov, Monsieur R. et l'oeuf<\/strong>\r\n\r\nLes trois mages se retrouvent avec, comme de coutume, plus de questions que de r\u00e9ponses. Afin de mieux d\u00e9m\u00ealer tout cela, ils s'emploient \u00e0 tout d'abord r\u00e9capituler ce qu'ils ont \u00e0 faire. Tout d'abord, que faire au sujet du train, et qui est ce Monsieur Rykov? Helga se rend rapidement dans la biblioth\u00e8que pour voir si elle peut y trouver quelques informations, prenant note au passage de se renseigner \u00e9galement au consulat sovi\u00e9tique. Piotr l'aide, et fnit par trouver ce nom dans un bottin mondain: la famille Rykov, noble, a perdu tous ses biens et cess\u00e9 d'exister (morts ou disparus) apr\u00e8s la R\u00e9volution de 1917. Helga va ensuite chercher les lettres de Jakob, esp\u00e9rant y trouver plus de choses sur \"Monsieur R.\" (puisqu'il y a maintenant deux candidats potentiels \u00e0 ce titre: Rykov et Remanov).\r\n\r\nJan et Irena, eux, montent dans le bureau de Jakob, d'o\u00f9 ils pourront voir le jardin ainsi que tous les endroits o\u00f9 se trouvaient les \u00e9clats de cristal, et ainsi utiliser les vecteurs de leurs trajectoires respectives afin de d\u00e9terminer o\u00f9 se trouvait l'oeuf qui a explos\u00e9. D'apr\u00e8s leurs calculs, l'oeuf semble avoir eu pour emplacement un bosquet situ\u00e9 non loin de l'endroit o\u00f9 se cachait Lars. Lorsqu'ils vont voir, ils d\u00e9couvrent que le bosquet entoure en fait une statue intitul\u00e9e \"Les Volutes du Temps\". S'approchant de la statue, Jan est saisi par une impression tr\u00e8s subtile. Il place sa main sur la bourse contenant l'oeuf: une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re vague de chaleur en \u00e9mane. Il pose l'oeuf en face de lui, et fait signe \u00e0 Irena de le rejoindre. En cherchant un peu, tous deux exhument, enfouis sous de la mousse et des feuilles, trois \u00e9clats \u00e9parpill\u00e9s en arc de cercle autour de la statue, et qui, une fois les quatorze morceaux assembl\u00e9s, compl\u00e8tement parfaitement l'oeuf \u2014 mais maintenant, le peu d'\u00e9nergie magyque qui y restait semble se dissiper. Cherchant encore, les deux mages finissent par trouver le centre de l'explosion. L'oeuf est en fait apparu au <em>sommet<\/em> de la statue, ou du moins, il ne peut en \u00eatre autrement, car il ne se trouve dans la pierre nulle cavit\u00e9, bouton ou autre expliquant o\u00f9 il aurait pu se trouver autrement. L'oeuf aurait-il servi de tampon contre les \u00e9nergies paradoxales? Ou serait-il li\u00e9 au myst\u00e9rieux Lhop-Lhop? Cela voudrait-il dire que c'est <em>lui<\/em> qui serait intervenu cette nuit-l\u00e0? Ou encore, serait-ce un sort de protection laiss\u00e9 l\u00e0 par Jakob?\r\n\r\nDans le bureau, Helga trouve enfin, perdue dans un floril\u00e8ge de termes obscurs dans une des lettres, une information sur Monsieur R.: au d\u00e9but de l'ann\u00e9e 1926, Jakob a essay\u00e9 de lui rendre visite, peu de temps, en fait, avant d'entrer avec Cassandra. Monsieur R. l'aurait alors dissuad\u00e9 de venir: \"L\u00e0 o\u00f9 je suis, il serait tr\u00e8s difficile, voire quasiment impossible, de se rencontrer. La Verbena rejoint ses amis pour leur montrer la lettre, puis se saisit du t\u00e9l\u00e9phone pour rappeler le mus\u00e9e des Beaux-Arts et demander \u00e0 photographier le masque sculpt\u00e9 par son mari, ainsi que l'oeuvre de Stanis. Mais quand elle mentionne la possibilit\u00e9 de contacter ledit Remanov pour lui demander la permission, l'attitude du conservateur se refroidit soudainement, et il essaye m\u00eame de la faire renoncer \u00e0 ce projet. Par contre, le nom de Rykov (Helga pr\u00e9tend l'avoir vu mentionn\u00e9 dans la correspondance de Jakob) ne lui dit rien; apr\u00e8s un court moment de r\u00e9flexion, il dit qu'il a toutefois entendu parler d'un certain Alekse\u00ef Rykov, un homm\u00e9 d'\u00e9tat bolch\u00e9vik, et secr\u00e9taire d'Etat assez haut plac\u00e9 dans la hi\u00e9rarchie: en effet, il travaille \u00e0 la D\u00e9fense sovi\u00e9tique. Au vu de ces informations, Jan, non sans une certaine h\u00e9sitation, finit par r\u00e9v\u00e9ler que l'homme de la gare avait appartenu, tout comme lui-m\u00eame, \u00e0 un groupe terroriste adepte des attentats, combattant en faveur des Russes blancs. Ce groupe se nommait \"l'Aube Blanche\", et s'il existe encore, peut-\u00eatre a-t-il un lien avec ce Rykov, m\u00eame si c'est pour l'attaquer? La pr\u00e9sence de l'agresseur laisserait en tous cas penser que ce groupe est \u00e0 Vienne en ce moment. Jan ajoute qu'il l'avait quitt\u00e9 \u00e0 la suite d'un conflit avec un de ses membres en particulier: si celui-<em>l\u00e0<\/em> \u00e9tait pr\u00e9sent, ce serait un gros probl\u00e8me...\r\n\r\nQuant \u00e0 Irena, elle parcourt les lettres de Jakob \u00e0 la recherche d'un code dissimul\u00e9 sous le couvert d'une correspondance plus banale. Elle trouve en fait quelque chose dans les cinq derni\u00e8res lettres de Monsieur R: sur chacune d'entre elles, trac\u00e9e de la m\u00eame \u00e9criture, se trouve un \u00e9l\u00e9ment d'une phrase en latin: <em>\"Vividarium \/ et \/ Arcadia \/ et \/ Viator\"<\/em> (= dans le jardin d'Arcadie dort le Messager). Une fois les trois compagnons r\u00e9unis, elle leur parle de ce message. Tout ce qu'ils savent pour le moment, c'est que le nom d'Arcadia renvoie \u00e0 une r\u00e9gion de Gr\u00e8ce, mais aussi au nom d'un Domaine Umbral associ\u00e9 aux F\u00e9es.\r\n<strong>\r\nRetour au mausol\u00e9e<\/strong>\r\n\r\nApr\u00e8s une rapide collation, les trois mages prennent la berline pour se rendre au mausol\u00e9e de Jakob. Apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements du parc du Prater et la trahison de Grygor, Helga craint pour la s\u00e9curit\u00e9 de la pierre qu'elle a laiss\u00e9 l\u00e0-bas, en d\u00e9pit des protections mises en place. H\u00e9las, elle a raison: au cimeti\u00e8re, les portes du mausol\u00e9e n'ont certes pas \u00e9t\u00e9 forc\u00e9es, et rien n'a chang\u00e9, \u00e0 premi\u00e8re vue, mais lorsqu'elle y p\u00e9n\u00e8tre, Helga sent que quelque chose manque. La vasque o\u00f9 se trouvait l'amulette a tout bonnement disparu. Jan et Irena ne peuvent que constater l'irr\u00e9parable, eux aussi. Quand Helga se rel\u00e8ve, un violent haut-le-coeur saisit Piotr, qui quitte sur-le-champ le mausol\u00e9e: il a senti les effluves de magye qui demeurent encore ici, t\u00e9nues, mais hostiles.\r\n\r\nPeu rassur\u00e9e, Irena trace un cercle autour d'elle pour essayer de \"voir\" dans le temps ce qui s'est exactement pass\u00e9. Alors que la vision s'impose \u00e0 elle, la ramenant \u00e0 la nuit de l'incendie, elle per\u00e7oit le cliquetis d'une cl\u00e9 qu'on ins\u00e8re fr\u00e9n\u00e9tiquement dans une serrure, comme \u00e0 t\u00e2tons. La porte du mausol\u00e9e s'ouvre, accompagn\u00e9e par un g\u00e9missement \u00e9voquant celui d'une \u00e2me damn\u00e9e. Un homme hirsute et muscl\u00e9 muni d'une lampe-temp\u00eate s'avance, tra\u00eenant les pieds; le g\u00e9missement de souffrance est le sien, comme si avancer ici le soumettait \u00e0 une douleur atroce. De la sueur lui sur son front rid\u00e9, et ses yeux rougis sont \u00e9carquill\u00e9s d'horreur. Irena ne le reconna\u00eet pas. Il porte des v\u00eatements des plus banals, de ceux qui sont communs aux membres de la classe ouvri\u00e8re, ainsi qu'un tablier de cuir. Il s'arr\u00eate durant quelques secondes, puis une voix s'\u00e9l\u00e8ve, celle de Grygor, qui lui ordonne de continuer. L'homme reprend \u00e0 nouveau sa marche, m\u00e9caniquement, se dirige vers la vasque, la soul\u00e8ve enfin pour la tra\u00eener dehors. Alors r\u00e9sonne le rire de Grygor, au moment o\u00f9 la porte se referme sur lui...\r\n\r\nIrena rouvre les yeux et informe imm\u00e9diatement ses amis de ce qu'elle a vu. Le mausol\u00e9e n'est plus un lieu s\u00fbr pour la seconde pierre, d'autant plus que Grygor semble prendre un malin plaisir \u00e0 attendre que ce soit les trois mages qui mettent la main sur ce qu'il d\u00e9sire, afin de le leur voler ensuite. L'Herm\u00e9tiste sugg\u00e8re de placer plusieurs enchantements autour de la pierre, afin que dans le pire des cas, Grygor ne puisse s'en servir, et d'inclure Piotr parmi les officiants du rituel: <em>ce<\/em> composant-<em>l\u00e0<\/em>, Grygor n'irait certainement pas le soup\u00e7onner! De plus, cela conforte la jeune femme dans une autre d\u00e9cision: il va falloir qu'elle apprenne, d'une fa\u00e7on ou d'une autre, \u00e0 \u00e9riger de solides d\u00e9fenses mentales, comme en est capable Jan, afin de se prot\u00e9ger contre leur ennemi.\r\n\r\nLorsqu'ils se remettent en route, les trois compagnons aper\u00e7oivent, sur les marches du Stefansdom, la silhouette de Fr\u00e8re Fahlen qui semble les observer... comme si celui-si savait d\u00e9j\u00e0 tout ce qui s'\u00e9tait pass\u00e9 dans le cimeti\u00e8re...\r\n\r\n<strong>Nouvelle visite au Rotenb\u00fcschel<\/strong>\r\n\r\nWilhelm a pour consigne de mener le fiacre au Rotenb\u00fcschel, afin que les mages puissent tirer au clair l'affaire du r\u00eave. En approchant du quartier o\u00f9 se trouve l'auberge, Jan ressent une dr\u00f4le de sensation, comme celle de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente, qui commence \u00e0 r\u00e9appara\u00eetre peu \u00e0 peu. Il lui semble percevoir toute une s\u00e9rie de \"filaments\", et parmi eux un fil menant sans doute \u00e0 un danger. Il demande alors \u00e0 Wilhelm de le d\u00e9poser \u00e0 quelques minutes du Rotenb\u00fcschel et d'attendre un peu, afin qu'il puisse prendre de l'avance et s'introduire dans le b\u00e2timent par la porte de derri\u00e8re. Irena et Helga suivront un peu plus tard, pour ne pas \u00eatre vues entrant en sa compagnie. Irena comprend qu'il y a du danger, et se concentre sur les flux entropiques qui lui permettraient de d\u00e9terminer, elle aussi, si un danger r\u00f4de.\r\n\r\nIl est environ 16h15 lorsque Jan arrive \u00e0 la porte de service. Quelqu'un arrive, et il doit se dissimuler dans une encoignure, avant de se rendre compte que ce n'est que l'aubergiste. Il se montre \u00e0 lui, et apr\u00e8s quelques questions, Jan apprend que le commer\u00e7ant hollandais vient de partir, mais que l'un de ses amis, venu r\u00e9gler son ardoise, est encore l\u00e0. Jan passe par le couloir du fond pour aller observer discr\u00e8tement la grande salle. Il aper\u00e7oit, en grande discussion avec la patronne, un homme en long manteau noir, aux mains gant\u00e9es, portant un chapeau \u00e0 large bord, en train de d\u00e9poser des pi\u00e8ces dans les mains de la femme; leur conversation se d\u00e9roule dans ce qui semble \u00eatre du fran\u00e7ais. Jan ne se montre pas et essaye d'en savoir plus, mais \u00e0 ce moment, l'aubergiste arrive derri\u00e8re lui et, ne pensant pas \u00e0 mal, demande na\u00efvement: \"Ah, Monsieur Peter, vous \u00eates encore l\u00e0?\" L'homme au comptoir se retourne alors: son visage est celui de l'aggresseur que Jan a combattu dans son r\u00eave, la veille! Sans autre forme de proc\u00e8s, l'inconnu tire une \u00e9p\u00e9e de sous son manteau et se jette sur Jan, le for\u00e7ant \u00e0 engager le combat.\r\n\r\nJan n'a que son couteau de tranch\u00e9e pour se d\u00e9fendre, mais il s'aquitte de cela avec brio. Au m\u00eame moment, \u00e0 plusieurs centaines de m\u00e8tres de l\u00e0, Irena sent les flux entropiques se tordre, et dit \u00e0 Wilhelm de vite se rendre au Rotenb\u00fcschel. Dans la salle, la femme de l'aubergiste, \u00e9berlu\u00e9e, supplie les deux hommes d'arr\u00eater, mais aucun d'eux ne semble l'entendre, trop concentr\u00e9s sur leur affrontement. A plusieurs reprises, Jan manque d'\u00eatre touch\u00e9; il esquive toutefois chaque coup, et donne bien du fil \u00e0 retordre \u00e0 son adversaire, qui ne se soucie nullement des d\u00e9g\u00e2ts qu'il cause au mobilier \u00e0 chacune de ses attaques, ni des exclamations de frayeur des clients.\r\n\r\nSoudain, la porte de l'auberge s'ouvre \u00e0 la vol\u00e9e, et une silhouette se d\u00e9coupe sur son seuil: il s'agit de l'homme qui a tir\u00e9 sur Jan \u00e0 la gare, un homme que Jan conna\u00eet sous le nom de \"Spin\". Il fait deux pas en avant et tire, lui aussi de sous son long manteau, un fusil \u00e0 lunette qu'il braque sur l'Akashite, avant d'ordonner: \"On a assez perdu de temps ici. Gant, retourne \u00e0 la voiture.\" A ces mots, l'adversaire de Jan s'\u00e9crie: \"Mais c'est <em>Jan Peter<\/em>!\" Et son compagnon de r\u00e9p\u00e9ter qu'ils n'ont pas de temps \u00e0 perdre ici. Le d\u00e9nomm\u00e9 Gant, bien \u00e0 contre-coeur, ob\u00e9it, range sa lame et sort du b\u00e2timent d'un pas rageur. Spin, son arme toujours braqu\u00e9e sur Jan, dit \u00e0 celui-ci de ne pas bouger; puis, relevant l\u00e9g\u00e8rement son fusil, lui conseille de quitter la ville maintenant, avant d'embo\u00eeter le pas \u00e0 Gant. C'est sur ces entrefaites qu'arrive la berline de Helga, juste \u00e0 temps pour que ses occupantes puissent voir une voiture noire d\u00e9marrer en trombe; Helga remarque tout juste qu'une silhouette, similaire \u00e0 celle de l'homme qui a attaqu\u00e9 Jan, s'y glisse. La porti\u00e8re se referme et la voiture s'en va. Irena, pour qui ce v\u00e9hicule est au centre de la perturbation entropique, a tout juste le temps de prendre note de la plaque d'immatriculation: NVS115.\r\n\r\n<strong>Les hommes en noir<\/strong>\r\n\r\nLes deux femmes descendent de la berline. Helga dit \u00e0 Wilhelm d'aller imm\u00e9diatement se renseigner, sous un faux pr\u00e9texte, sur cette plaque, puis elles rejoignent Jan, qui discute avec la tenanci\u00e8re au comptoir; quand il voit arriver Irena, il lui lance une pi\u00e8ce: un louis d'or, tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement enchant\u00e9, pris dans l'argent avec lequel Gant a pay\u00e9. Puis, attirant l'attention de la patronne sur son mari, Jan laisse le couple aller \"s'expliquer\" dans la cuisine sans pr\u00eater attention aux nouvelles arrivantes. Les trois mages restent seuls... avec l'argent et le registre. Helga paie de plus une tourn\u00e9e afin que personne dans la salle ne s'avise de regarder ce qu'ils vont faire. Jan, qui se tient les c\u00f4tes (il a re\u00e7u un coup du pommeau de l'\u00e9p\u00e9e de Gant), reconna\u00eet un nom dans le registre: l'homme qui \u00e9tait venu prendre une chambre avait sign\u00e9, en hollandais, \"Epervier\".\r\n\r\nLa patronne revient seule, empoche les louis d'or et se dirige vers nous. Helga explique alors qu'Irena a examin\u00e9 les pi\u00e8ces et a d\u00e9termin\u00e9 qu'elles \u00e9taient fausses: les poin\u00e7ons lui permettent d'affirmer cela. Et en effet, lorsque la femme mord la pi\u00e8ce, celle-ci se tord l\u00e9g\u00e8rement. Constatant qu'elle est bien fausse, elle la jette avec d\u00e9go\u00fbt sur la table la plus proche. Puis, interrog\u00e9e, elle r\u00e9v\u00e8le qu'il y avait souvent des gens v\u00eatus de noirs qui allaient et venaient dans la chambre de cet \"Epervier\". Elle dit que l'homme qui a attaqu\u00e9 Jan s'appelait Melville Gant. Quant au troisi\u00e8me, qui venait surtout le soir, elle ne conna\u00eet pas son nom. Au moment o\u00f9 elle le mentionne, Jan (qui pendant ce temps lisait discr\u00e8tement ses pens\u00e9es de surface) per\u00e7oit dans son esprit des bris de verre \u00e9parpill\u00e9s. La femme est soudain prise d'un mal de t\u00eate, \"trop de soucis\", dit-elle, et met fin \u00e0 la conversation.\r\n\r\nPourquoi ces v\u00eatements, ces r\u00e9unions nocturnes, ces louis d'or, se demande Irena? On dirait que ces hommes essaient justement de se faire remarquer, d'appara\u00eetre comme louches... L'enchantement sur la pi\u00e8ce, de plus, est de ceux qui permettent de faire passer un m\u00e9tal pour un autre: il y a donc au moins un mage parmi eux. Tout cela ne fait d\u00e9cid\u00e9ment aucun sens pour Jan; ce n'\u00e9tait pas dans les habitudes de ce groupe tel qu'il l'a connu.\r\n\r\n<!--nextpage--><strong>Le louis d'or enchant\u00e9<\/strong>\r\n\r\nUne fois rentr\u00e9s au manoir Melvany, et un rapide d\u00eener aval\u00e9, nos trois amis examinent plus attentivement le louis d'or qu'ils ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 \u00e0 l'auberge. Selon Helga, c'est une Verbena qui l'aurait enchant\u00e9; une analyse magyque plus pouss\u00e9e, effectu\u00e9e \u00e0 l'aide d'une carte, r\u00e9v\u00e8le alors que l'enchanteur en question aurait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un tel sortil\u00e8ge dans un endroit situ\u00e9 au nord de Vienne. La pi\u00e8ce qui avait \u00e9t\u00e9 suspendue \u00e0 un fil tombe alors sur la carte, glissant lentement vers le nord pour traverser la fronti\u00e8re autrichienne, puis russe. La tension devient de plus en plus palpable, et les trois mages se rendent compte qu'il sont incapables de d\u00e9tacher leurs mains de la carte. Piotr, \u00e0 la fois effray\u00e9 et en col\u00e8re, saute sur la table et envoie voler le louis \u00e0 travers le salon, au moment exact o\u00f9 une voix f\u00e9minine \u00e0 l'accent hongrois commen\u00e7ait \u00e0 psalmodier dans leurs pens\u00e9es. Une sensation de br\u00fblure intense traverse les esprits de Helga, Jan et Irena; la pi\u00e8ce roule au sol, non sans avoir laiss\u00e9 une longue tra\u00een\u00e9e noir\u00e2tre l\u00e0 o\u00f9 elle est pass\u00e9e sur la carte. Les trois mages parviennent \u00e0 briser le contact, percevant tout juste encore la voix qui leur dit: \"Maintenant, vous allez oublier tout cela.\" Sur le sol, une flamme bleu\u00e2tre est en train de consumer le louis d'or, dont il ne reste bient\u00f4t plus qu'un vague morceau de m\u00e9tal noirci.\r\n\r\nDe toute \u00e9vidence, la pi\u00e8ce portait un second enchantement, un pi\u00e8ge destin\u00e9 \u00e0 effacer toute trace des hommes en manteaux noirs de l'esprit de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 en contact avec eux. C'est peut-\u00eatre pour cette raison qu'ils se souciaient bien peu d'\u00eatre vus? Mais cela n'est pas fonci\u00e8rement logique: pourquoi aller aussi loin, pourquoi risquer un contrecoup des forces du Paradoxe, alors qu'il suffirait d'\u00eatre discrets? Le sortil\u00e8ge plac\u00e9 sur le louis se serait intensifi\u00e9 au fil des jours, avant de se lib\u00e9rer d'un seul coup pour affecter alors plusieurs dizaines de personnes... L'enchanteresse serait-elle de fait un Maraudeur, qui ne craindrait pas un le Paradoxe? Selon Jan, \u00e0 l'\u00e9poque, plusieurs de ses \"camarades\" pratiquaient ce qui semblait \u00eatre une forme de magie, mais diff\u00e9rente de la sienne. Ceci dit, il n'avait non plus jamais souffert d'un contrecoup \u00e0 leur place, ce qui tendrait \u00e0 indiquer qu'il s'agirait peut-\u00eatre de \"simple\" sorciers.\r\n\r\nJan mentionne alors une ancienne camarade de l'Aube Blanche, une certaine Vorzheva, surnomm\u00e9e \"la Bruja\" \u2013 il r\u00e9v\u00e8le ainsi par l\u00e0 m\u00eame qu'il avait appartenu lui aussi \u00e0 ce groupe. Ce nom ne dit rien \u00e0 Helga, qui se rend alors dans sa chambre afin d'envoyer le plus vite possible un signal \u00e0 d'autres Verbenas et tenter de retrouver cette femme qui est sans doute membre de leur Tradition. H\u00e9las, dans sa pr\u00e9cipitation, elle n\u00e9glige de prendre quelques pr\u00e9cautions \u00e9l\u00e9mentaires, et se rend compte que l'appel lanc\u00e9 \u00e0 ses compatriotes va tr\u00e8s certainement attirer l'attention de la Bruja elle-m\u00eame...\r\n\r\n<strong>Coup de t\u00e9l\u00e9phone\r\n<\/strong>\r\n\r\nPendant ce temps, Jan veut essayer de t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 Aleksei Rykov. Irena lui apporte son aide pour faire en sorte que Jan obtienne \"par hasard, par un faux num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone\", l'endroit o\u00f9 r\u00e9side le secr\u00e9taire d'Etat sovi\u00e9tique en ce cmment. Au bout de quelques sonneries, Rykov en personne d\u00e9croche. Jan se pr\u00e9sente sous le nom de \"Monsieur Kotts\" et lui annonce qu'il a des renseignements \u00e0 lui fournir: l'Aube Blanche est \u00e0 Vienne (il cite le nom de Spin, un de ses anciens membres entraper\u00e7u dans le capitale), et ajoute que ce ne sont pas des menaces, mais un d\u00e9sir de sa part de prot\u00e9ger Rykov. Jan conna\u00eet bien leurs m\u00e9thodes, et pourrait devenir une pi\u00e8ce ma\u00eetresse dans un tel filet de protection. Tout ce qu'il veut en \u00e9change, c'est de pouvoir voyager \u00e0 bord de l'Orient-Express en compagnie de \"deux amies\".\r\n\r\nRykov, \u00e0 demi convaincu par les d\u00e9tails r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par Jan, qui prouvent que ce ne sont pas des paroles en l'air, demande \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Il voudrait un num\u00e9ro pour pouvoir le rappeler. Usant de ses connaissances du hasard et des co\u00efncidences, Irena trace un cercle magyque autour du t\u00e9l\u00e9phone et parvient \u00e0 mettre en place un faux num\u00e9ro qui atteindrait directement la ligne du palais Melvany, sans lui \u00eatre officiellement attribu\u00e9.\r\n\r\n<strong>Manifestation<\/strong>\r\n\r\nD\u00e9cision est ensuite prise d'essayer d'entrer en contact avec le myst\u00e9rieux Lhop-Lhop. Les trois mages se rendent dans le jardin, pr\u00e8s de la statue servant de point focal. Helga y apporte le bas-relief qu'elle gardait dans sa chambre. Ils se munissent aussi des symboles figurant sur le blason des Melvany (trois glands, une hache et une lanterne), et les accrochent aux excroissances de la statue. A ce moment, le vent hivernal semble faiblir. Helga place aussi des foug\u00e8res autour de la statue, puis allume la lanterne, ainsi que des bougies, d\u00e9limitant ainsi un petit p\u00e9rim\u00e8tre, en pronon\u00e7ant des paroles rituelles. Elle implore Jakob de manifester sa pr\u00e9sence pour les aider. Une des bougies commence alors \u00e0 perdre tout \u00e9clat, suivie d'une autre, puis encore une autre...\r\n\r\nUne pr\u00e9sence se fait soudain sentir non loin d'eux, puis des bruits de pas se mettent \u00e0 r\u00e9sonner lentement. Pourtant, ils n'aper\u00e7oivent aucune silhouette. La temp\u00e9rature baisse de plus en plus. La pr\u00e9sence devient ancienne, neutre et pourtant brutale: une force de la Nature approche, alors m\u00eame qu'une silhouette fuligineuse se met \u00e0 danser, informe, derri\u00e8re le ch\u00eane tout proche. Un long g\u00e9missement s'\u00e9l\u00e8ve; la derni\u00e8re bougie s'\u00e9teint. Le temps semble litt\u00e9ralement s'arr\u00eater, les couleurs disparaissent petit \u00e0 petit, tandis que la statue-arbre se tord, puis se s\u00e9pare en deux. Derri\u00e8re, les trois mages distinguent maintenant le domaine Melvany, mais un domaine aux formes et aux couleurs d\u00e9fiant toute description: un ciel pourpre, plomb\u00e9 de nuages informes, des arbres d\u00e9form\u00e9s, sans fleurs ni feuilles. Partout autour d'eux s'\u00e9l\u00e8vent des pierres tombales vierges de toute inscription \u2013 pourtant, derri\u00e8re eux, le reste du jardin n'a pas chang\u00e9. Ce qu'ils contemplent l\u00e0, c'est une autre dimension... Une dimension marqu\u00e9e, au loin, par la lueur d'une \u00e9toile rouge vif, malfaisante.\r\n\r\nHelga prononce quelques paroles, appelant son \u00e9poux; \u00e0 ce moment, dans un crissement, une des pierres tombales se fend en deux. Irena, elle, sort l'un de ses sempiternels blocs de papier et un crayon, et demande \u00e0 Jakob de se manifester par ce biais, s'il le peut. Le calepin est agit\u00e9 de l\u00e9gers soubressauts, en particulier quand l'Herm\u00e9tiste regarde Helga; elle pose le calepin au milieu de leur petit cercle, et lorsque Helga le touche, quelque chose appara\u00eet dessus: des coupures nettes, comme si quelqu'un tranchait, dans le papier m\u00eame, les mots \"HELGA, PARDONNE-MOI, IL ARRIVE\".\r\n\r\n<strong>Lhop-Lhop<\/strong>\r\n\r\nA cet instant, de forts bruits transpercent le silence. Les arbres au-del\u00e0 du portail se tordent. M\u00eame si elle n'est pas visible, une gigantesque cr\u00e9ature s'approche. C'est l\u00e0 qu'\"il\" appara\u00eet: d'abord une patte \u00e9norme, sinueuse, verd\u00e2tre, aux muscles noueux faits de radicelles et de feuilles. Elle est suivie d'une autre patte, puis du reste du corps. Le \"visage\" de la cr\u00e9ature arbore des yeux laiteux, sans \u00e9motion, et une longue et grosse trompe qui ne cesse de bouger. Une vibration traverse les trois mages, comme un brame tonitruant.\r\n\r\nHelga parle \u00e0 nouveau, l'implorant d'accepter de garder une partie de l'amulette d'Anubis, celle-l\u00e0 m\u00eame r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e dans la statue au mus\u00e9e. Lhop-Lhop recule d'un pas, \u00e9mettant \u00e0 nouveau un long brame silencieux. Helga lui tend la pierre en offrande; en retour, il \u00e9tend son bras dans sa direction, et dans un sifflement, traverse les dimensions pour refermer ses doigts gluants sur la Verbena. Jan s'interpose, mais Helga le repousse. Elle demande \u00e0 Lhop-Lhop s'il l'emm\u00e8ne voir Jakob; pas de r\u00e9ponse, sinon que la main de la cr\u00e9ature commence \u00e0 la soulever de terre, l'amenant \u00e0 pr\u00e8s de trois m\u00e8tres au dessus du sol. Il est en train de la tirer vers le portail; ne sachant trop que faire, Jan et Irena se pr\u00e9parent \u00e0 interrompre le rituel. C'est l\u00e0 qu'intervient Piotr: il leur r\u00e9v\u00e8le que Lhop-Lhop n'est pas l'Avatar de Jakob, qu'il n'est en fait m\u00eame pas un Avatar (m\u00eame si Jakob le croyait).\r\n\r\nInquiet, Jan essaye de contacter mentalement Lhop-Lhop, mais \u00e9choue, hurlant de souffrance. Helga continue de parler \u00e0 la cr\u00e9ature, qui arr\u00eate alors son mouvement, puis laisse \u00e9chapper un long sifflement. Lentement, il d\u00e9roule sa trompe, la laissant franchir les dimensions pour r\u00e9cup\u00e9rer la pierre de ce long tentacule vert. Helga dit qu'un jour, elle en aura peut-\u00eatre de nouveau besoin, et l'implore encore une fois Lhop-Lhop de consentir \u00e0 \u00eatre son gardien. Le g\u00e9ant v\u00e9g\u00e9tal ram\u00e8ne alors le fragment d'amulette dans son propre monde, o\u00f9 il lui d'une lueur bleut\u00e9e; la partie gauche de son corps s'entrouvre, et il y plonge la pierre. A la place, il en sort un autre objet, gluant de mucus (la plaie se referme alors), et le jette aux pieds des mages. Irena la nettoie rapidement de son mouchoir: cela ressemble \u00e0 une pierre noire. Enfin, Lhop-Lhop repose Helga. Dans un dernier brame, il referme la statue sur lui d'un coup sec, et dispara\u00eet.\r\n\r\n<strong>La situation se d\u00e9bloque?...\r\n<\/strong>\r\n\r\nLe vent se remet \u00e0 souffler, brutalement. La pluie vient tomber sur le jardin, et une des parois de la lanterne est maintenant bris\u00e9e. Irena regarde de plus pr\u00e8s l'objet laiss\u00e9 par Lhop-Lhop: il s'agit d'un instrument de musique qu'elle n'a jamais vu en Europe: un ocarina, de la taille d'un poing, l\u00e9g\u00e8rement aplati. Il ne semble pas magyque, mais il demeure malgr\u00e9 tout difficile de dire de quoi exactement il est fait. Helga, encore un peu secou\u00e9e, le range dans sa besace, puis d\u00e9truit ensuite les traces du rituel, et tous trois regagnent le manoir, dont Wilhelm leur ouvre la porte.\r\n\r\nWilhelm annonce \u00e0 Helga que quelqu'un a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9, demandant un certain \"Monsieur Kotts\". Jan court se saisir du r\u00e9cepteur: c'est bien Rykov, qui veut lui poser quelques questions avant de prendre sa d\u00e9cision. Il exige notamment de savoir qui viendra avec lui, et pourquoi ils veulent prendre \"son\" train. Jan dit qu'il s'agit d'amis personnels ayant besoin de se rendre tr\u00e8s vite dans la r\u00e9gion de Targujiu, l'un des arr\u00eats sur la ligne de l'Orient-Express, et qu'ils, ou plut\u00f4t elles, se nomment Helga et Irena. Il assure une fois encore le secr\u00e9taire d'Etat qu'il ne d\u00e9sire aucune autre compensation.\r\n\r\nRykov n'accepte pas encore, mais lui donne rendez-vous le 4 d\u00e9cembre en gare de Vienne pour y n\u00e9gocier un \u00e9ventuel accord. Jan acquiesce et raccroche, avant de se tourner vers ses amis. Les yeux du monde russe vont maintenant \u00eatre braqu\u00e9s sur eux trois... et l'enjeu est d'autant plus pr\u00e9occupant que depuis 1917, il n'y a plus eu aucune nouvelle des Traditionalistes install\u00e9s dans ce qui est devenu l'URSS, gangr\u00e9n\u00e9 par la Technocratie...\r\n\r\n<!--nextpage-->\r\n\r\n<strong>Pr\u00e9paratifs<\/strong>\r\n\r\nUne semaine s'\u00e9coule, pendant lesquels tous se pr\u00e9parent, en proc\u00e9dant notamment \u00e0 l'achat de v\u00eatements de voyage et, pour Irena, \u00e0 la mise en place d'un enchantement sur son jeu de cartes. Ils avaient bien consid\u00e9r\u00e9 aussi l'id\u00e9e de cr\u00e9er un leurre de la deuxi\u00e8me partie de l'Amulette, afin de tromper Grygor s'il venait \u00e0 revenir, mais le temps leur manque.\r\n\r\nLa veille du d\u00e9part, Jan, parti en reconnaissance en ville, rep\u00e8re un certain nombre d'Eveill\u00e9s. Apparemment, la Technocratie est sur le pied de guerre, sans doute \u00e0 cause des \u00e9v\u00e9nements du parc du Prater et peut-\u00eatre aussi de l'arriv\u00e9e de l'Aube Blanche. L'Akashite a sond\u00e9 l'esprit d'un garde, et y a vu un mot, du su\u00e9dois ou du norv\u00e9gien: \"Fimbulvetr\", ainsi qu'un symbole repr\u00e9sentant une sorte de flocon de neige aux branches faites d'entrelacs complexes. Irena se rend rapidement dans la biblioth\u00e8que afin d'en savoir plus, et d\u00e9couvre que le nom de Fimbulvetr, \"l'hiver de Fimbul\", renvoie \u00e0 la mythologie scandinave: il s'agit d'un hiver devant durer trois ans, un pr\u00e9sage tr\u00e8s inqui\u00e9tant, car lorsque cet hiver surviendra, cela signifiera qu'il ne restera que quelques ann\u00e9es avant le Ragnarok...\r\n\r\nLe plan de bataille est \u00e9galement mis au point en ce qui concerne les informations \u00e0 donner \u00e0 Rykov. Jan restera \"Monsieur Kotts\". Helga et Irena adopteront le r\u00f4le de deux \"aventuri\u00e8res\". Leur excuse officielle: Jan et la jeune albinos sont les ex\u00e9cuteurs testamentaires du mari de Helga, et tous trois doivent aller voir un ancien ami de Jakob \u00e0 Targujiu pour r\u00e9gler cette affaire rapidement, l'ami en question ne pouvant les recevoir plus tard. Irena se fait \u00e9galement aider de la Verbena pour se teindre les cheveux en blond, dans l'espoir de minimiser ainsi l'impact que peut avoir son apparence.\r\n\r\n<strong>A la gare<\/strong>\r\n\r\nLe 4 d\u00e9cembre, \u00e0 10h40, les trois mages arrivent \u00e0 la gare de Vienne. Personne n'ayant laiss\u00e9 de message pour eux \u00e0 l'accueil, ils se rendent donc directement sur le quai o\u00f9 l'Orient-Express attend depuis maintenant deux heures, et d'o\u00f9 il repartira \u00e0 15h. Le train ne comporte que cinq voitures; \u00e0 ses abords se tiennent plusieurs hommes charg\u00e9s de sa surveillance, des hommes \u00e0 l'attitude apparemment assez d\u00e9tendue. Pour l'instant, rien ne sort de l'ordinaire, et cependant, un employ\u00e9 est en train de sortir des bagages d'un des wagons, ce qui est \u00e9trange, puisque le train est cens\u00e9 \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 pour Rykov jusqu'en Turquie. Jan va aller parler \u00e0 cet homme, tandis que Piotr se glisse dans un autre wagon dans des buts d'exploration.\r\n\r\nUn \u00e9clat de voix en provenance d'un petit attroupement non loin de l\u00e0 attire ensuite l'attention des PJs. Un quatri\u00e8me garde se trouvait post\u00e9 pr\u00e8s d'un tas de valises, et vient \u00e0 priori d'aviser son sup\u00e9rieur de la pr\u00e9sence de \"trois nouveaux arrivants\", puisque le groupe se dirige alors vers eux (Jan est entre temps revenu). L'homme qui marche en t\u00eate les informe que Monsieur Rykov n'est pas int\u00e9ress\u00e9 par leur proposition et les somme de partir, mais Jan insiste pour entendre cela de la bouche de Rykov en personne, ce qui cause quelques frictions. Helga va r\u00e9cup\u00e9rer Piotr pr\u00e8s du wagon C, et tous trois font alors semblant de partir, tout en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 une solution. Ils s'installent sur un banc dans la gare pour \"\u00e9couter\" ce que Piotr a \u00e0 leur dire: dans le wagon, il a entrevu Rykov, qui \u00e9tait en compagnie d'une femme, une certaine Sybille, de toute \u00e9vidence Eveill\u00e9e (contrairement \u00e0 lui). Son amante, peut-\u00eatre? En tous cas, il ne s'agissait pas de sa femme. Elle voyageait auparavant avec lui et est descendue du train ici, ce qui explique le d\u00e9chargement des valises aper\u00e7ues auperavant; elle est cens\u00e9e passer la semaine \u00e0 Vienne en attendant le retour de Rykov, qui la force \u00e0 rester en Autriche car il craint pour sa s\u00e9curit\u00e9.\r\n\r\nJan est de plus en plus d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 parler \u00e0 Rykov en personne. Comme un train est sur le point d'arriver sur le quai d'en face, l'Akashite va en profiter pour se couler entre les deux v\u00e9hicules (il emm\u00e8ne \u00e9galement la martre, porteuse d'un message \u00e9crit dans son collier, au cas o\u00f9). Pendant ce temps Irena va cr\u00e9er une diversion; pour ce faire, elle lance un sort entropique visant \u00e0 cr\u00e9er une zone de chaos temporaire et non contr\u00f4l\u00e9e dont les effets attireront n\u00e9cessairement l'attention des gardes ailleurs. Lorsque Jan se glisse sur la voie, un cheminot le rep\u00e8re et ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais \u00e0 ce moment, le sortil\u00e8ge prend effet: de la vapeur jaillit soudain de la locomotive avec un siflement per\u00e7ant, l'un des m\u00e9caniciens en charge de son entretien pousse un cri de douleur et donne des instructions au second afin d'arr\u00eate cela. Pendant ce temps, Jan est arriv\u00e9 \u00e0 la hauteur de la voiture C o\u00f9 se trouvait Rykov, selon Piotr, mais l'autre train d\u00e9marre alors, et il a tout juste le temps de se plaquer contre une porte du wagon, manquant se faire arracher sa veste par la friction. Lorsque la voie est de nouveau libre, et avant qu'on ait pu le rep\u00e9rer depuis l'autre quai, l'Akashite ouvre ladite porte et s'introduit dans le wagon, m\u00eame s'il n'est pas certain que Rykov y est encore... ni m\u00eame s'il est seul.\r\n\r\n<strong>Rencontre avec Rykov<\/strong>\r\n\r\nJan envoie Piotr en \u00e9claireur. Bient\u00f4t, la martre lui rapporte que Rykov est bien l\u00e0, mais en compagnie d'un jeune homme, install\u00e9 \u00e0 une large table ovale: un secr\u00e9taire, visiblement, car Rykov se tient derri\u00e8re lui, et est en train de lui dicter quelque chose en russe. Dans le couloir, \u00e0 l'autre bout, se tient l'homme qui avait dit aux trois mages de repartir; il fixe le quai d'un regard intense, au vu du charivari qui vient d'y avoir lieu. Piotr cherche \u00e0 d\u00e9tourner son attention en passant devant lui, esp\u00e9rant qu'il le suivra dehors, mais Jan le devance et... ouvre la porte du wagon, se pr\u00e9sentant imm\u00e9diatement \u00e0 Rykov. Le garde porte la main \u00e0 son arme. le secr\u00e9taire d'Etat, lui, est fort surpris par tout cela, et n'\u00e9tait m\u00eame pas au courant: le garde en question lui aurait dit que \"Kotts\" avait tout annul\u00e9 au dernier moment. Quant au garde \u2014 un certain Ivaonly \u2014 il pr\u00e9tend, lui, avoir bel et bien re\u00e7u un tel message. Rykov veut donc tirer tout cela au clair.\r\n\r\nJan explique que c'est bien lui qui a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9, et pour prouver ses dires, r\u00e9sume la conversation. Quand Ivanoly tente de protester, Rykov le foudroie du regard. Jan mentionne \u00e9galement la femme nomm\u00e9e Sybille, dont la s\u00e9curit\u00e9 serait menac\u00e9e, ce qui met le Sovi\u00e9tique sur la d\u00e9fensive: comment \"Kotts\" a-t-il donc appris cela, alors qu'il \u00e9tait dehors? Toutefois, il emp\u00eache Ivanoly de braquer son pistolet sur l'Akashite, car il a d\u00e9cid\u00e9 pour le moment de croire en son histoire, ainsi qu'en son efficacit\u00e9 suppos\u00e9e. Il ordonne \u00e9galement \u00e0 Ivanoly d'aller chercher Helga et Irena pour les faire monter \u00e0 bord.\r\n\r\nLes deux femmes, justement, voient alors arriver deux gardes; l'un d'eux, Gustav Hrizak, un petit homme aux yeux verts et \u00e0 la grosse barbe rousse, leur dit qu'elles peuvent gagner le train. Helga fait savoir \u00e0 Wilhelm qu'il peut leur apporter leurs bagages, et elles rejoignent Jan et Rykov dans la voiture C tandis que l'autre garde aide Wilhelm \u00e0 charger les valises. Le Secr\u00e9taire d'Etat au Travail et \u00e0 la D\u00e9fense les accueille sur \"le territoire de l'Union Sovi\u00e9tique\", et s'excuse pour ce petit malentendu et pour l'impolitesse de son homme de main. Irena et Helga se pr\u00e9sentent \u00e0 leur tour, avant de s'installer avec lui pour le th\u00e9.\r\n\r\n<strong>D\u00e9part pour l'enfer... heu, non, pt\u00eat pas<\/strong>\r\n\r\nJan parvient \u00e0 convaincre Rykov de partir une demi-heure plus t\u00f4t que pr\u00e9vu. En plus des trois PJs, il y a neuf personnes \u00e0 bord: Rykov, Ivanoly, le secr\u00e9taire Mathias Conqvist, les deux gardes Gustav Hrizak et Evgeniy Stefanovitch, six hommes de main, deux machinistes fran\u00e7ais (Olivier et Gaspard) et deux employ\u00e9s eux aussi fran\u00e7ais, le chef de cabine Daniel et son assistant Stanislas. L'Orient-Express fera escale \u00e0 Budapest, Targujiu, Bucarest, Varna et Istanbul. Les mages en profitent pour reconna\u00eetre les lieux. Au moment du d\u00e9part, ils voient Francesca arriver en courant sur le quai, criant le nom de Helga. Un Wilhelm paniqu\u00e9 la suit. Elle annonce en fait qu'ils vont se marier, et elle aimerait la permission d'Helga, qui la leur accorde avec joie. Pendant ce temps, Jan va \u00e0 l'arri\u00e8re du train, o\u00f9 il discute du prochain arr\u00eat et d'autres choses avec Hrizak et Evgeniy, qui nettoient leurs armes.\r\n\r\nIrena et Helga s'installent ensuite dans le petit salon de la voiture C, puis dans le wagon-restaurant o\u00f9 Piotr fait ami-ami avec Stanislas: normal, puisque ce dernier est en train de pr\u00e9parer des sandwichs. Leur collation prise, Helga tire de sa besace le tarot de Jakob, qu'elle avait emmen\u00e9; Irena a le sentiment soudain d'\u00eatre frapp\u00e9e par un d\u00e9tail, mais elle n'arrive pas \u00e0 d\u00e9terminer lequel. Les noms des lames sont en fran\u00e7ais, leur style d'illustration est assez ancien, bien que cela ne veuille pas dire que les cartes elles-m\u00eames le sont. Elles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 la main, d'un trait assez vigoureux, et ne semblent pas avoir beaucoup servi.\r\n\r\nLe voyage se poursuit; bient\u00f4t, ce sera la fronti\u00e8re hongroise. Stanislas quitte le wagon pour apporter leurs repas aux gardes \u00e0 l'arri\u00e8re, et les deux femmes en profitent pour effectuer un tirage \u00e0 trois cartes. Helga pose la question du lien entre l'Aube Blanche et Fimbulvetr; les lames qui leur r\u00e9pondent sont l'Etoile, la Justice invers\u00e9e et la Maison-Dieu. Mais elles ne parviennent pas \u00e0 vraiment interpr\u00e9ter cela, car le train s'immobilise soudain en plein milieu d'une for\u00eat. L'arr\u00eat semble \u00eatre de ceux pr\u00e9vus sur l'itin\u00e9raire, et pourtant, toutes deux se rendent tout de m\u00eame dans le wagon de Rykov. Elles l'y trouvent en compagnie de Conqvist, qui fait office d'interpr\u00e8te, et d'un homme en uniforme vert parlant hongrois. Par la fen\u00eatre, elles peuvent apercevoir un petit quai et un panneau annon\u00e7ant fi\u00e8rement le poste-fronti\u00e8re de Pfohzt.\r\n\r\n<!--nextpage-->\r\n\r\n<strong>Pauvre Piotr<\/strong>\r\n\r\nHelga se rend compte que cela fait un moment qu'elle n'a pas vu Piotr, et elle esp\u00e8re que celui-ci ne s'est pas fait jeter hors du train par l'un des gardes du corps. Irena l'aide \u00e0 le chercher dans le train. Elles finissent par croiser un Jan blanc comme un linge, l'air fort mal en point, mais sans savoir ce qui lui est arriv\u00e9. A ce moment, tous trois aper\u00e7oivent, sortant de sa cabine, un Ivanoly tr\u00e8s renfrogn\u00e9, portant sous son bras un sac en toile de jute... qui aurait tout juste la bonne taille pour contenir une martre. L'agent de s\u00e9curit\u00e9 bouscule les deux femmes pour se diriger vers la porte du train; Helga se pr\u00e9cipite sur lui en le remerciant, non sans une certaine dose de sarcasme agressif, d'avoir \"retrouv\u00e9 sa martre\", et lui arrache le sac en expliquant qu'il s'agit de son animal de compagnie (c'est bien Piotr: son museau d\u00e9passe du sac). Sur ces entrefaites arrive Rykov, qui se demandait bien ce qui provoquait une telle comotion.\r\n\r\nHelga et Irena emm\u00e8nent le pauvre Piotr dans leur cabine. Il est dans un \u00e9tat lamentable: son oeil gauche est clos et enfl\u00e9, ses moustaches arrach\u00e9es, son corps couvert de sand et de bleus. Une martre ordinaire serait d\u00e9j\u00e0 morte depuis longtemps, si elle avait \u00e9t\u00e9 battue de la sorte. De plus, Piotr porte toujours son collier: Ivanoly l'a donc bien vu, et a fait cela expr\u00e8s... Helga s'emploie imm\u00e9diatement \u00e0 soigner son Familier. Une bouff\u00e9e de col\u00e8re envahit les deux magiciennes, d'autant plus qu'en allant demander de l'eau chaude \u00e0 Daniel dans le wagon-restaurant, Irena voit Ivanoly rire grassement avec ses hommes comme si de rien n'\u00e9tait. D\u00e8s son retour, afin d'emp\u00eacher une telle horreur \u00e0 l'avenir, l'Herm\u00e9tiste enchante le collier de Piotr, de telle sorte que si quelqu'un venait \u00e0 le frapper de nouveau, c'est cette personne qui recevrait le contre-coup de son intention et de son acte n\u00e9gatifs. Piotr, lui, finit par plonger dans le sommeil, gr\u00e2ce \u00e0 la tisane r\u00e9paratrice que lui a fait boire Helga.\r\n\r\n<strong>Concernant l'Aube Blanche<\/strong>\r\n\r\nJan est all\u00e9 rejoindre Rykov dans son wagon. L\u00e0-bas, le Sovi\u00e9tique lui tend un exemplaire du <em>Kleine Blatt<\/em> (le m\u00eame o\u00f9 \u00e9tait paru l'article sur le Riesenrad): la page qu'il lui montre mentionne l'attentat \u00e0 la gare de Vienne, la semaine pr\u00e9c\u00e9dente, et Rykov pense que c'est peut-\u00eatre l'oeuvre de l'Aube Blanche. Celle-ci \u00e9tait cens\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 dissoute en 1920, mais ses survivants sont sortis grandis de cette \u00e9preuve. On les consid\u00e8re maintenant comme des terroristes bolch\u00e9viks, ce qui est ironique, vu ce pourquoi ils se battaient auparavant. Rykov se demande bien comment Jan a appris l'existence de son convoi, normalement tenu secret. A sa connaissance, en tous cas, seuls deux membres de l'Aube Blanche ont surv\u00e9cu: Gerad Volkov et son \u00e2me damn\u00e9e Vorzheva \u2013 il se demande d'ailleurs s'ils ne seraient pas amants. Jan annonce alors la survie d'un autre membre, le tireur d'\u00e9lite Spin, l'homme mentionn\u00e9 dans l'article de journal, jadis surnomm\u00e9 \"l'Araign\u00e9e Noire\", ainsi que la pr\u00e9sence d'une nouvelle recrue (Gant). Il en est d'autant plus certain que c'\u00e9tait lui qui \u00e9tait vis\u00e9 \u00e0 la gare.\r\n\r\nRykov trouve tout cela tr\u00e8s inqui\u00e9tant, surtout \u00e0 pr\u00e9sent que la survie de Spin est confirm\u00e9e. Il va devoir adresser une lettre \u00e0 son gouvernement, et cong\u00e9die Jan en lui disant que lui et ses amies seront de nouveau les bienvenues dans ce wagon d'ici quelques heures seulement. Avant de sortir, Jan sugg\u00e8re de d\u00e9caler les arr\u00eats du train et de ne pas suivre ceux qui \u00e9taient pr\u00e9vus \u00e0 l'origine, pour plu de s\u00fbret\u00e9. (Mais ils passeront tout de m\u00eame la nuit \u00e0 Budapest.) En sortant, il croise dans le sas Ivanoly, portant une mallette noire. L'Akashite lit de la peur dans son regard, vite remplac\u00e9e par de la col\u00e8re. Ivanoly le bouscule; Jan ne lui c\u00e8de que la moiti\u00e9 du chemin, et se voit menac\u00e9 d'un rude \"au moindre faux-pas, gare \u00e0 vous\".\r\n\r\nJan rejoint ses deux compagnes dans leur cabine, o\u00f9 Irena lui dit ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Piotr. Il le caresse doucement, ce qui suffit \u00e0 r\u00e9veiller la martre. Piotr parvient \u00e0 leur expliquer ce qui s'est pass\u00e9: il se rendait dans la cabine de Rykov lorsqu'il s'est retrouv\u00e9 dans le sas avec Hrizak et Evgeniy, qui parlaient de questions de s\u00e9curit\u00e9, des attentats, de la menace de l'Aube Blanche et... de Jan Peter. D'apr\u00e8s leur conversation, Piotr a compris que Ivanoly \u00e9tait en fait \u00e0 la t\u00eate de la Cheka, c'est-\u00e0-dire rien moins que la police secr\u00e8te sovi\u00e9tique. Ensuite, la martre s'est fait jeter dehors \u00e0 coups de pieds, mais non sans avoir pu passer devant la cabine \u00e0 la porte rest\u00e9e entrouverte de Rykov et l'entendre murmurer \u00e0 une certaine \"Natalia\" qu'il allait revenir tr\u00e8s vite (une passag\u00e8re clandestine?). C'est l\u00e0 qu'Ivanoly est sorti de sa cabine \u00e0 lui, et a attrap\u00e9 Piotr. En entendant cela, Helga se souvient avoir vu mentionn\u00e9 le nom de Natalia dans l'arbre g\u00e9n\u00e9alogique de la famille Rykov qu'elle avait consult\u00e9 une semaine auparavant, mais elle ne pourrait dire s'il s'agissait d'une soeur, d'une fille ou d'autre chose.\r\n\r\nEnsuite, Jan rev\u00e8le aux deux femmes le pourquoi de son air d\u00e9fait de tant\u00f4t. Il s'\u00e9tait allong\u00e9 pour faire une sieste, et avait eu un r\u00eave, ou une vision, du myst\u00e9rieux personnage au masque-domino. Cet homme lui avait alors tendu un papier sur lequel se trouvait un message r\u00e9v\u00e9lant que les anciens de l'Aube Blanche \u00e9taient encore l\u00e0, et constituaient une menace bien r\u00e9elle. Mais quels sont donc les int\u00e9r\u00eats de cette organisation? Pendant la R\u00e9volution de 1917, la noblesse russe avait fait venir des troupes de l'\u00e9tranger pour se d\u00e9fendre; c'est dans ce contexte que Jan avait commenc\u00e9 sa carri\u00e8re de mercenaire, et il s'est alors retrouv\u00e9 engag\u00e9 dans l'Aube Blanche, au sein du mouvement contre-r\u00e9volutionnaire. Jan n'y est pas rest\u00e9 tr\u00e8s longtemps (tous ses membres, lui y compris, n'\u00e9taient pas des fanatiques), et le mouvement a disparu assez vite.\r\n\r\nApr\u00e8s cela, Jan sugg\u00e8re de garder un oeil sur Evgeniy, qui l'inqui\u00e8te plus que cette brute d'Ivanoly. Une intuition, dit-il. A ces mots, Irena sent un l\u00e9ger trouble envahir l'aura de l'Akashite, comme une sorte de nuage... Cacherait-il quelque chose.\r\n\r\n<strong>Toile d'intrigues et araign\u00e9es<\/strong>\r\n\r\nQuelqu'un toque \u00e0 la porte: c'est Stanislas, qui leur annonce que le train arrivera \u00e0 Budapest dans une heure environ. Conqvist a r\u00e9serv\u00e9 des chambres \u00e0 l'h\u00f4tel pour les deux femmes, et le train doit repartir le lendemain \u00e0 7h30. Helga invite l'employ\u00e9 \u00e0 entrer et \u00e0 caresser Piotr. Le jeune homme est choqu\u00e9 de voir l'\u00e9tat dans lequel se trouve la martre; quand Helga dit que les Russes l'ont battue, \u00e7a ne l'\u00e9tonne qu'\u00e0 moiti\u00e9: il parie que c'est Ivanoly ou Evgeniy qui a fait cela. Il y a clairement deux factions dans ce train: celle de Rykov, qui veut que les trois mages restent, et celle d'Ivanoly qui veut les voir d\u00e9guerpir. Stanislas, lui, appartient au premier camp, et est d'ailleurs d'accord pour venir les r\u00e9veiller plus t\u00f4t que pr\u00e9vu et leur donner acc\u00e8s \u00e0 la gare avant l'heure, pour \u00e9viter que les Russes partent sans eux.\r\n\r\nAvant d'aller voir Rykov, Irena sort son miroir pour parler \u00e0 Andr\u00e9. L'Avatar la met en garde: de son c\u00f4t\u00e9, tout est devenu tr\u00e8s tumultueux, des araign\u00e9es se prom\u00e8nent partout, le danger r\u00f4de et, pis encore, il n'y a pas d'alcool \u00e0 boire. Il a aussi remarqu\u00e9 quelque chose d'\u00e9trange concernant l'un des adjoints d'IVanoly: quelqu'un qui jouerait un double-jeu, peut-\u00eatre? L'homme \u2013 Evgeniy \u2013 se montrait obs\u00e9quieux, puis critiquait les trois mages, puis plus tard encore tenait le discours inverse \u00e0 un autre coll\u00e8gue... L'Avatar n'ose pas aller dans la cabine de Rykov: une \u00e9norme araign\u00e9e monte la garde au-dessus de la porte. A ces mots, Irena demande \u00e0 br\u00fble-pourpoint si Andr\u00e9 vit dans le monde des morts; il nie cela, mais semble soudain effray\u00e9, et elle commence \u00e0 se dire que lui aussi cache quelque chose.\r\n\r\nInqui\u00e8te, Irena rejoint ses amis et leur fait part de ce qu'elle a appris. Helga lui apprend qu'il y a des araign\u00e9es dans l'Umbra, le monde des Esprits, mais que leur apparition n'est jamais bon signe: ce sont des araign\u00e9es du Paradoxe, dont la t\u00e2che est de d\u00e9truire les paradigmes. Elle se tait soudain, car Evgeniy et Hrizak arrivent \u00e0 ce moment dans le sas. Hrizak confirme que les deux femmes sont cens\u00e9es quitter le train la nuit, car elles ne sont pas prot\u00e9g\u00e9es par l'immunit\u00e9 diplomatique et \"pourraient \u00eatre choqu\u00e9es par certaines choses qu'elles verraient\"; il confirme \u00e9galement l'heure de d\u00e9part du lendemain. Jan tente pendant ce temps de lire dans l'esprit d'Evgeniy, mais il se heurte \u00e0 un mur sans nul autre pareil, une sorte de brouillard givrant, dans lequel il entraper\u00e7oit fugacement un visage de cristal...\r\n\r\n<strong>Le programme de la soir\u00e9e<\/strong>\r\n\r\nRykov lui aussi confirme le programme de la soir\u00e9e: elles sont en danger rien qu'en se trouvant dans le m\u00eame train que lui, et il ne veut pas rendre les choses plus dangereuses encore. \"En effet, c'est dangereux, il suffit de voir ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 ma martre\", ironise Helga. Un silence pesant s'ensuit; Rykov exige de savoir qui a commis cet acte. Irena sent d\u00e9j\u00e0 se former un maelstr\u00f6m d'Entropie autour d'Ivanoly, qui les regarde maintenant avec col\u00e8re. Helga dit qu'en l'absence de preuves tangibles, elle ne portera pas plainte; Rykov fera donc sa propre enqu\u00eate. La tension retombe un peu, mais pas le nuage entropique autour d'Ivanoly: il les a l'oeil, sans nul doute. Jan, lui, est autoris\u00e9 \u00e0 rester dans le convoi pour la nuit, car le Secr\u00e9taire d'Etat le croit int\u00e8gre... et n\u00e9anmoins, il doit lui aussi faire ses bagages, ce qui laisse Irena perplexe.\r\n\r\nHelga parle un peu avec Mathias Conqvist, qui jouit d'un v\u00e9ritable don pour les langues. Bien qu'il esquive un peu ses questions, elle apprend qu'il est russe par sa m\u00e8re, et que son p\u00e8re serait peut-\u00eatre hollandais. Il n'en dit pas plus. Apr\u00e8s cela, le train arrive en gare de Budapest. Daniel aide les deux femmes \u00e0 d\u00e9charger leurs valises. Sur le quai, Irena se pr\u00e9pare \u00e0 \"marquer\" le train pour qu'il ne puisse partir avant l'heure dite. Alors qu'elle marche le long du quai, elle glisse discr\u00e8tement sa carte du Roi de Tr\u00e8fle dans l'engrenage d'une roue, comme point focal du sortil\u00e8ge. Lorsqu'elle rel\u00e8ve la t\u00eate, elle aper\u00e7oit Ivanoly qui sort du train avec \u00e0 la main une mallette noire; l'homme crache au sol, et se dirige vers les deux femmes. il est charg\u00e9 de les accompagner \u00e0 l'h\u00f4tel, et s'en passerait bien, surtout lorsque Helga lui rit au nez. Lorsque le petit groupe s'\u00e9loigne en direction de la sortie, Jan, lui, se fait remettre un message par le chef de gare.\r\n\r\n<em>(A suivre...)<\/em>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l&#8217;on se r\u00e9veille, c&#8217;est bien que l&#8217;on est encore en vie?&#8230; C&#8217;est au Palais Melvany que l&#8217;on retrouve nos amis, en ce jour du 21 novembre 1927, apr\u00e8s une bonne nuit de sommeil \u2014 ou plutot, une matin\u00e9e, puisqu&#8217;il \u00e9tait bien six heures lorsqu&#8217;ils sont revenus du Simmerholdt, o\u00f9 Wilhelm est pass\u00e9 les prendre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":7,"menu_order":2,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-4","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4"}],"version-history":[{"count":16,"href":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":369,"href":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4\/revisions\/369"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/7"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}