{"id":60,"date":"2007-08-28T13:37:40","date_gmt":"2007-08-28T18:37:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/lintrigue\/la-pierre-de-lange\/la-croisee-des-chemins"},"modified":"2007-12-02T18:58:45","modified_gmt":"2007-12-02T16:58:45","slug":"la-croisee-des-chemins","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.yzabel.net\/mage\/lintrigue\/la-pierre-de-lange\/la-croisee-des-chemins","title":{"rendered":"La Crois\u00e9e des Chemins"},"content":{"rendered":"\r\n<p align=\"justify\"><em>Carnet de bord d'Anna Delay <\/em><\/p>\r\n\r\n<h4><em>I. La Biblioth\u00e8que<\/em><\/h4>\r\n<p align=\"justify\"><em>Doissetep, la plus grande fondation herm\u00e9tiste existant \u00e0 ce jour...<\/em><\/p>\r\n<p align=\"justify\"><em>Doissetep, presque une l\u00e9gende pour certains mages, et o\u00f9 d'autres auraient donn\u00e9 n'importe quoi pour se rendre un jour... <\/em><\/p>\r\n<p align=\"justify\"><em>Doissetep, sise dans le Royaume d'Ombre des Forces... <\/em><em>Doissetep, et ses immenses biblioth\u00e8ques aux ouvrages centenaires...<\/em><\/p>\r\n<p align=\"justify\"><em>Doissetep, que Hugo avait qualifi\u00e9e de \u00ab panier de crabes \u00bb, un jour, sur le Net...<\/em><\/p>\r\n<p align=\"justify\">Voil\u00e0 que nous nous trouvions \u00e0 Doissetep, dans une salle de la taille d'un stade, aux murs de ch\u00eane \u00e9pais, aux \u00e9normes \u00e9tag\u00e8res emplies de livres et \u00e9clair\u00e9es par des cand\u00e9labres de bronze pos\u00e9s \u00e7a et l\u00e0, sur des tables poussi\u00e9reuses. De grands piliers de bois, tous les dix m\u00e8tres, soutenaient les plafonds, et certains servaient de support \u00e0 des escaliers en colima\u00e7on permettant d'acc\u00e9der aux \u00e9tages sup\u00e9rieurs et inf\u00e9rieurs - \u00e0 vue de nez, nous devions nous trouver au troisi\u00e8me - ... Et partout des livres, des livres, et encore des livres...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Et Sardenia, entour\u00e9 de Bogart Irons et de sa troupe de lunatiques, dispos\u00e9s en un vague demi-cercle assez resserr\u00e9 autour de nous, Sardenia et son sourire moqueur, portant dans la main gauche le Scorpion vibrant d'une lueur rouge\u00e2tre, et tenant sous le bras un gros volume reli\u00e9 de cuir. Tous \u00e9taient encore v\u00eatus de noir de la t\u00eate aux pieds, les hommes comme les femmes, y compris le chauve et hercul\u00e9en Bogart au bras cybern\u00e9tique, dans son long trench-coat. Ils braquaient sur nous leurs fusils mitrailleurs. Nulle part je n'apercevais l'\u00e9nigmatique Kyo, qui avait doubl\u00e9 tout le monde dans le Labyrinthe, mais ce qui se trouvait devant nous n'engageait pas \u00e0 partir \u00e0 sa recherche.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab  Je vous les laisse, amusez-vous bien ! \u00bb ricana Sardenia. Les Maraudeurs appuy\u00e8rent sur les d\u00e9tentes de leurs armes. Sauf que rien ne sa passa. Ces cr\u00e9tins n'avaient pas pens\u00e9 que dans un paradygme qui avait cinq-cent ans et des poussi\u00e8res de retard, de telles armes ne fonctionneraient pas.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Mais non, imb\u00e9ciles ! \u00bb lan\u00e7a Bogart, alors que Sardenia tournait les talons, accompagn\u00e9 de deux de ses hommes. \u00ab  Utilisez la magye ! \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">C'est alors que Philippe, qui avait lev\u00e9 les mains \u00e0 hauteur de sa poitrine, produisit un violent flash. N'e\u00fbt \u00e9t\u00e9 la visi\u00e8re teint\u00e9e de ma combinaison, j'aurais \u00e9t\u00e9 aveugl\u00e9e, tout comme deux des Maraudeurs, qui pouss\u00e8rent des exclamations de surprise. Je n'attendais pas la r\u00e9action des dix autres, et me jetai \u00e0 couvert derri\u00e8re l'\u00e9tag\u00e8re la plus proche ; de l\u00e0, je vis que Philippe courait \u00e0 toute vitesse - un peu trop rapidement, m\u00eame, vers eux, pour passer entre les deux qui se tenaient encore les yeux.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Irons \u00f4ta son manteau pour d\u00e9couvrir la chair m\u00eal\u00e9e au m\u00e9tal de son bras et pointa vers nous sa paume au milieu de laquelle se trouvait un cercle de cristal, qui se mit \u00e0 briller d'une lumi\u00e8re jaune. Les autres Maraudeurs, voyant aussi bien que moi ce qu'il allait faire, s'\u00e9loign\u00e8rent de deux pas, sauf un qui fixait Daniel en concentrant une boule violette dans ses mains.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Quant \u00e0 moi, je m'esquivai vers un escalier, parfaitement consciente du fait que, sans Magye, ( mon Trinity ne fonctionnant sans doute pas ici, et dans le cas contraire, risquant de me prendre \u00ab un peu \u00bb de Paradoxe), je ne ferais pas de vieux os face \u00e0 ces douze malades. Mais \u00e0 peine avais-je eu le temps de percevoir un l\u00e9ger fr\u00e9missement pr\u00e8s de moi, que je me pris dans la figure un coup qui me fit reculer d'un pas, un peu \u00e9tourdie.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Reste l\u00e0, ma ch\u00e9rie... on va s'amuser un peu ! \u00bb sourit de mani\u00e8re venimeuse la Maraudeuse qui venait d'appara\u00eetre soudainement par un Point de Correspondance. Elle leva sa main gauche o\u00f9 poussaient maintenant de longs ongles en diamant, se pr\u00e9para \u00e0 l'abattre sur moi...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">C'est alors que tout, autour de moi, devint blanc, gris, noir... La Maraudeuse se figea, de concert avec le temps, et il n'y eut plus que moi, dans cette atmosph\u00e8re morte, pour jeter encore une touche de couleur. Je remarquai au coin d'un \u00e9tag\u00e8re une silhouette, drap\u00e9e de noir, encapuchonn\u00e9e, portant un masque blanc, semblable \u00e0 celui de la Trag\u00e9die au th\u00e9\u00e2tre, un masque grima\u00e7ant dont un \u0153il versait une larme. \u00ab  Non. Je ne saurais le permettre... \u00bb murmura la silhouette. Une violente bourrasque me poussa sur le c\u00f4t\u00e9 ; la figure masqu\u00e9e disparut, les couleurs revinrent d'un seul coup... et la Maraudeuse frappa dans le vide, \u00e0 l'endroit o\u00f9 je me trouvais juste avant. Je n'attendis pas la suite, la cognai par derri\u00e8re pour la d\u00e9s\u00e9quilibrer et repris la fuite.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Ma course toutefois ne m'emp\u00eacha pas de sentir une grande quantit\u00e9 de Quintessence jaillir brusquement \u00e0 la mani\u00e8re d'une explosion, comme si elle venait d'\u00eatre rel\u00e2ch\u00e9e ; et un certain nombre de cris retentissaient, je tournai la t\u00eate et aper\u00e7us une vague lueur pourpre derri\u00e8re les \u00e9tag\u00e8res, sensiblement dans le coin o\u00f9 j'avais laiss\u00e9 Daniel et Philippe. Les cris \u00e9taient ceux des Maraudeurs, et je me dis qu'il n'y avait que Philippe pour \u00eatre assez malade pour faire un rush de quintessence, surtout si Sardenia et le Scorpion se trouvaient encore dans le secteur.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">A cinquante m\u00e8tres de moi, je remarquai un escalier qui montait derri\u00e8re le groupe de Maraudeurs, la folle aux griffes de diamant me courrait apr\u00e8s en me traitant de tous les noms , et je commen\u00e7ai \u00e0 me demander si j'arriverais \u00e0 m'en d\u00e9barrasser. Sardenia revenait maintenant, l'air pas content du tout, traitant ses hommes de cr\u00e9tins \u00ab  Et dire que vous n'arrivez m\u00eame pas \u00e0 vous d\u00e9barrasser de ces trois merdeux ! \u00bb il tenait toujours le Scorpion qui \u00e9mettait sa lueur rouge, et lorsqu'il leva le bras, des \u00e9tincelles de la m\u00eame couleur sortirent de la pierre, ce qu'il ne sembla pas remarquer. Monsieur nous pr\u00e9parait l\u00e0 un bel effet magyque, mais je n'eus pas trop le temps de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce sujet, car le Maraudeur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui m'aper\u00e7ut et se dirigea ver moi, pas commode du tout, son corps commen\u00e7ait \u00e0 \u00e9mettre des ondes de chaleur.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Reviens-l\u00e0, p\u00e9tasse ! \u00bb hurla ma poursuivante en me sautant dessus pour me balancer un coup de coude dans la tempe. Un peu sonn\u00e9e, je titubai et heurtai une \u00e9tag\u00e8re et, dans un r\u00e9flexe, attrapai un bouquin pour mieux lui taper dessus. \u00ab Mais \u00e0 quoi tu joues, sale idiote ? \u00ab  se moqua-t-elle en bloquant mon coup, avant de laminer le bouquin avec ses ongles, L'autre, derri\u00e8re s'approchait toujours et je ne sais pas ce que j'aurais fait contre deux Maraudeurs si, \u00e0 ce moment, une \u00e9trange vibration n'avait travers\u00e9 l'air.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Des ch\u0153urs, a\u00e9riens, \u00e9th\u00e9r\u00e9s, retentirent autour de nous. Les maraudeurs s'arr\u00eat\u00e8rent, surpris, mais Sardenia l'\u00e9tait encore plus qu'eux. Cette sc\u00e8ne devait rester grav\u00e9e en moi, comme une vision \u00e0 la limite du r\u00eave et de la r\u00e9alit\u00e9 : Daniel, aux prises avec une sorte de serpent \u00e9lectrique enroul\u00e9 autour de son poignet et de sa cuisse ; Philippe \u00e0 genoux sur le sol, l'air d'\u00eatre sur le point de tourner d l'\u0153il ; Bogart, qui l'instant d'avant secourait son membre cybern\u00e9tique cr\u00e9pitant d'\u00e9tincelles sous l'effet du Paradoxe, ayant \u00e0 nouveau le contr\u00f4le de son bras ; les Maraudeurs, fig\u00e9s devant Sardenia... Un Sardenia, au-dessus duquel brillait maintenant intens\u00e9ment, sur le plafond, un point dor\u00e9, qui courait dans l'air pour former un cercle. Sardenia qui baissa un instant le bras, \u00e9tonn\u00e9.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Un rideau de lumi\u00e8re descendit du cercle pour le frapper de plein fouet, dans un bruit de clochettes cristallines. Notre ennemi portait les mains \u00e0 sa t\u00eate en s'\u00e9criant : \u00ab  Nooon ! Pas encore ! \u00bb Puis ses doigts se pos\u00e8rent sur le rideau, comme pour le d\u00e9chirer, mais sans y parvenir. Nous entend\u00eemes la surprise, et oui, la terreur dans sa voix, quelque chose qui jamais encore, depuis que nous le connaissions n'y avait transparu ! \u00ab  Sortez-moi de l\u00e0, Bogart, Sortez-moi de l\u00e0 ! \u00bb Mais Irons reste impuissant, son poing ne faisant que heurter la lumi\u00e8re qui r\u00e9sonne comme s'il tapait sur du fer.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Je tournai la t\u00eate, juste \u00e0 temps pour voir la Maraudeuse me porter un coup de griffes et je me jetai sur le c\u00f4t\u00e9. Les ongles se plant\u00e8rent dans le mur derri\u00e8re moi, sans qu'elle puisse s'en d\u00e9gager. \u00ab  Voil\u00e0 ce que c'est de ne pas se couper les ongles ! \u00bb dis-je en attrapant un autre bouquin, pour lui taper \u00e0 nouveau dessus. Malheureusement, si sa t\u00eate vola sur le c\u00f4t\u00e9, cela ne sembla pas lui faire trop de mal. \u00ab  Arr\u00eate tes conneries, sale pute ! \u00bb m'entendis-je r\u00e9pondre. A quinze m\u00e8tres de l\u00e0, l'autre Maraudeur fixait toujours Sardenia, qui essayait maintenant de d\u00e9couper son mur de lumi\u00e8re avec une vague d'\u00e9nergie translucide, rappelant vaguement, \u00e0 l'aspect et au bruit, une scie circulaire. Les pieds clou\u00e9s au sol, il devenait de plus en plus hyst\u00e9rique, secouant sa main, comme pour se d\u00e9barrasser du Scorpion qui lui collait litt\u00e9ralement aux doigts. Bogart, lui, essayait de soulever le d\u00f4me, de le cogner, de le griffer, tandis que son patron lui hurlait toujours de le sortir de l\u00e0. Pr\u00e8s de lui, l'un des Maraudeurs porta la main \u00e0 sa t\u00eate et s'\u00e9croula.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">J'aurais bien aim\u00e9 que la folle en fasse de m\u00eame, car son nouveau coup de griffes ne me rata que de quelques millim\u00e8tres. Je ne sais si elle s'amusait avec moi ou si elle n'avait pas encore remarqu\u00e9 que je ne pouvais utiliser la Magye ici, en tous cas, avec son comparse, derri\u00e8re, qui se rapprochait \u00e0 nouveau, j'avais int\u00e9r\u00eat \u00e0 ne pas laisser voir cette faiblesse. Mais alors qu'elle se pr\u00e9parait \u00e0 porter une autre attaque, elle poussa soudain un hurlement, frapp\u00e9e dans le dos par ce qui devait \u00eatre une boule d'\u00e9nergie, et s'effondra \u00e0 mes pieds. Je n'eus que le temps de bondir en arri\u00e8re, elle commen\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 br\u00fbler. Plus loin, Philippe, \u00e0 genoux, me lanca un faible sourire, le bras encore tendu, avant de s'\u00e9crouler face contre terre, visiblement \u00e9puis\u00e9.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab  Cynthia ! Chier ! \u00bb s'\u00e9cria le Maraudeur, aux ondes de chaleur en se pr\u00e9cipitant vers le corps qui se contorsionnait au sol pour tenter d'\u00e9teindre magyquement les flammes. A c\u00f4t\u00e9 de Sardenia, un autre de ces dingues, l'un de ceux qui \u00e9tait parti avec lui tant\u00f4t- sensiblement en train de faire \u00e0 son tour une absorption massive de Quintessence, tituba, de la fum\u00e9e sortant de ses narines. Tous semblaient destin\u00e9s \u00e0 tomber comme des mouches, sous l'effet de ce ch\u0153ur obs\u00e9dant qui ne cessait pas.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Sardenia ne bougeait pratiquement plus, le bras tendu, l'autre tenant toujours son livre serr\u00e9 contre lui, tout son corps devenu gris. Et la grisaille l'envahissait toujours, gagnant son cou, son menton, alors qu'il appelait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 l'aide, hurlant \u00e0 pr\u00e9sent tout et n'importe quoi. \u00ab Christine ! Kopasek ! Ca ne peut pas se passer comme \u00e7a ! C'\u00e9tait moi le patron ! \u00bb Son dernier cri mourut dans sa gorge. Le visage fig\u00e9 dans une ultime grimace de rage, Sardenia ne fut plus qu'une statue grise, il tenait encore serr\u00e9 dans ses doigts, le Scorpion rouge rubis, seule note de couleur lumineuse, sur sa personne, qui, jusqu'au livre, avait \u00e9t\u00e9 p\u00e9trifi\u00e9e... Le Scorpion, tendu vers le ciel, comme une ultime offrande.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Bogart frappa le rideau une derni\u00e8re fois du poing, et fut cette fois capable de le traverser. Il porta les mains \u00e0 sa t\u00eate, de m\u00eame que Cynthia, de m\u00eame que le Maraudeur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d'elle ou ceux qui \u00e9taient encore debouts. Les regards se voil\u00e8rent puis tous gliss\u00e8rent au sol. Et il ne resta plus que nous : moi, mon bouquin dans la main, Philippe qui se tra\u00eenait jusqu'\u00e0 une \u00e9tag\u00e8re pour s'y adosser, les yeux clos, ayant tout juste trouve la force d'enlever son casque, et Daniel affal\u00e9 sur une \u00e9tag\u00e8re bris\u00e9e aux ouvrages r\u00e9pandus, dissipant la lani\u00e8re \u00e9lectrique qui gravitait autour de son bras en une longue spirale.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Je rangeai le livre que j'avais pris, me d\u00e9barrassai de mon casque et de ma combinaison que je laissai l\u00e0 o\u00f9 elle \u00e9tait tomb\u00e9e, et me dirigeai vers mes deux compagnons. Des pas pr\u00e9cipit\u00e9s se faisaient maintenant entendre, dans les escaliers des \u00e9tages sup\u00e9rieurs, des voix, plus ou moins affol\u00e9es : \u00ab C'est de l\u00e0 que venait l'\u00e9nergie ! \u00bb On n'allait pas tarder \u00e0 nous demander des explications, mais pour le moment, je n'avais pas la t\u00eate \u00e0 penser \u00e0 quoi que ce soit d'un tant soit peu \u00e9labor\u00e9.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Merci, Philippe \u00bb murmurai-je en posant la main sur l'\u00e9paule de l'Orphelin, qui , le visage rouge vif, semblait dormir. Puis je me laissai glisser \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, le long de l'\u00e9tag\u00e8re, et restai l\u00e0, les coudes sur mes genoux repli\u00e9s, toute tremblante, et prise d'une grande envie de dormir, moi aussi, \u00e0 fixer la statue de Sardenia.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">C'\u00e9tait lui qui avait mis en route le syst\u00e8me Deva dont les cons\u00e9quences maintenant mena\u00e7aient de d\u00e9truire tout Strasbourg. C'\u00e9tait lui qui avait tu\u00e9 Anna et utilis\u00e9 la petite Marie comme un vulgaire r\u00e9servoir \u00e0 Quintessence. Un Choriste aurait dit que son sort \u00e9tait une punition divine, moi je pensais juste \u00ab  Bien fait pour sa gueule ! \u00bb Dans les derniers reflets dor\u00e9s du cercle qui s'\u00e9tait maintenant bris\u00e9 en des milliers de particules tourbillonnantes, Sardenia \u00e9tait enfin vaincu.<\/p>\r\n<p align=\"justify\"><!--nextpage--><\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Myriam ! Oscar ! Allez-y \u00bb fit une voix d'homme, et deux Mages surgirent alors de l'escalier en colima\u00e7on le plus proche. Le premier s'approcha de Daniel encore debout, lui posa rudement sur l'\u00e9paule une main gant\u00e9e de noir entour\u00e9e d'un halo rouge. Il portait un long manteau bordeaux orn\u00e9 d'\u00e9critures noires que je ne parvenais pas \u00e0 d\u00e9chiffrer, un pantalon serr\u00e9, des bottes de cavalier, et quelque chose qui ressemblait \u00e0 un pistolet dans son holster. Son visage \u00e9tait dur, carr\u00e9 : il paraissait \u00e0 peu pr\u00e8s la trentaine, mais ses cheveux courts \u00e9taient totalement gris, voire blancs aux tempes. Il avait un anneau \u00e0 l'oreille gauche, et c'est en braquant sur Daniel un regard gris acier, tr\u00e8s dur, qu'il lui demanda d'une voix peu am\u00e8ne qui il \u00e9tait. Le second personnage \u00e9tait une femme, portant le m\u00eame costume mais en un peu plus \u00e9troit. Ses longs cheveux noirs soyeux \u00e9taient tress\u00e9s en une demi-douzaine de nattes encadrant son visage fin o\u00f9 brillaient deux yeux dor\u00e9s. Elle avait un grain de beaut\u00e9 sur la joue gauche , et son attitude \u00e9tait moins hostile que celle de son compagnon, cela ne l'emp\u00eacha pas de braquer sur ma t\u00eate ce qui semblait, oui, une arme \u00e0 feu.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Ne vous moquez pas de moi ! s'\u00e9cria l'homme \u00e0 Daniel, qui venait de mentionner sa Tradition. Je vois bien que c'est une combinaison BCR qui tra\u00eene \u00e0 vos pieds ! Alors, qui \u00eates-vous ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ne sois pas si brusque, Oscar ! intervint la femme, Nous devons les interroger, pas les tuer.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Myriam, ici, c'est moi le boss, alors laisse-moi faire mon travail ! \u00bb r\u00e9torqua-t-il.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Daniel lui adressa alors quelques mots en une langue que je ne compris pas, et Oscar fron\u00e7a les sourcils avant de lui r\u00e9pondre de m\u00eame. Sans doute un langage herm\u00e9tique, de toutes mani\u00e8res ce n'est pas ma sp\u00e9cialit\u00e9.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab C'est bon, dit enfin Oscar, en levant la main, autour de laquelle le halo rouge se dissipa. Ils sont avec nous. C'est un des membres de la Lune Chantante.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Des Strasbourgeois... \u00bb  Fit Myriam en haussant l\u00e9g\u00e8rement les sourcils avant de ranger son arme.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Puis, s'accroupissant devant moi, elle passa lentement sa main devant mon visage, les sourcils l\u00e9g\u00e8rement fronc\u00e9s, comme si elle se concentrait. Je ne sais pas trop \u00e0 quoi je devais ressembler \u00e0 ses yeux, avec ma chemise poussi\u00e9reuse, et mes cheveux en bataille, sans doute rien de tr\u00e8s reluisant. J'avais un peu mal \u00e0 la t\u00eate, certainement \u00e0 cause des baffes que m'avait coll\u00e9es la Maraudeuse derri\u00e8re les \u00e9tag\u00e8res ; \u00e0 part \u00e7a, c'\u00e9tait surtout de manger un morceau et de pioncer quelques heures dont j'avais besoin.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Vous ne semblez pas trop avoir souffert... murmura Myriam, comme en \u00e9cho \u00e0 ma pens\u00e9e, avant de se tourner vers Philippe pour r\u00e9it\u00e9rer sur lui ses passes. Mais votre ami m'a l'air bien mal en point... On dirait l\u00e0 un contrecoup de.. de Quintessence ? \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Effectivement, il n'y avait que Philippe pour faire cela. Vu la t\u00eate qu'il avait, rouge comme un homard et juste capable d'ouvrir les yeux, \u00e7a ne devait pas \u00eatre sp\u00e9cialement agr\u00e9able. Un peu \u00e9tonn\u00e9e, l'Herm\u00e9tiste entreprit de trafiquer je ne sais trop quoi au-dessus de lui avec ses mains, une sorte d'anesth\u00e9sie, je crois, car Philippe semblait aller mieux quelques instants apr\u00e8s.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab  Il y en a un qui est encore en vie, \u00e9tait en train de dire Daniel \u00e0 Oscar en d\u00e9signant le Maraudeur le plus proche. Quant aux autres...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Il y en a trois qui vivent encore, intervint Myriam en se relevant. Et un quatri\u00e8me, qui mourra bient\u00f4t si l'on ne fait rien... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">A ce moment apparut dans l'escalier une douzaine d'Herm\u00e9tistes en robes jaune safran, portant des \u00e9charpes rouges et brunes, qui s'\u00e9parpill\u00e8rent dans tout l'\u00e9tage, suivis par un homme v\u00eatu du m\u00eame habit que Myriam et Oscar, mais en vert. Derri\u00e8re lui venait encore un mage, dont l'habillement - chaussures de sport, un pantalon noir strict et une chemise blanche bouffante ouverte sur la poitrine - d\u00e9tonnait plut\u00f4t parmi celui de ses cong\u00e9n\u00e8res, c'\u00e9tait un jeune homme de taille moyenne, aux cheveux noirs coup\u00e9s court, aux yeux cach\u00e9s derri\u00e8re de grandes lunettes \u00e0 monture d'\u00e9cailles, et qui ne paraissait pas avoir plus de vingt-cinq ans. Quant au dernier arrivant ...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Le mage qui fermait la marche \u00e9tait le seul de tous \u00e0 marcher d'un pas lent et calme, et le seul \u00e9galement \u00e0 porter une robe de bure. Ses longs cheveux d'un noir d'encre \u00e9taient rassembl\u00e9s en plusieurs tresses sur ses \u00e9paules, et ses yeux enfonc\u00e9s dans son visage nous fixaient tous les trois d'un regard transper\u00e7ant. Il \u00e9manait de cet homme une sorte de puissance \u00e0 l'\u00e9tat brut, comme si une chape de Quintessence l'entourait.. quelque chose que je n'avais encore jamais ressenti avec tant d'intensit\u00e9 face \u00e0 un Mage. Qui \u00e9tait-il ? Aucune id\u00e9e. Mais si ce gars n'\u00e9tait pas un grand ponte de l'Ordre Herm\u00e9tique, j'\u00e9tais bonne pour m'appeler Arthur.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Oscar se dirigea vers lui pour lui expliquer en quelques mots que nous avions tant bien que mal triomph\u00e9 des Maraudeurs et que Daniel appartenait \u00e0 la Confr\u00e9rie de la Lune Chantante, tandis que l'homme aux lunettes s'arr\u00eatait devant la statue de Sardenia l'air de se demander ce qu'elle faisait l\u00e0. Puis l'imposant Herm\u00e9tiste en robe de bure s'avan\u00e7a vers Daniel, qui tomba alors \u00e0 genoux devant lui, le fixant avec des grands yeux.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Ma\u00eetre Porthos... \u00bb balbutia-t-il en baissant soudainement la t\u00eate, comme si c'e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un crime que de le regarder en face.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Relevez-vous, jeune homme. \u00bb fit-il en guise de r\u00e9ponse - et Daniel s'ex\u00e9cuta bien vite. Apparemment, mon hypoth\u00e8se \u00e9tait fond\u00e9e : il ne s'agissait pas l\u00e0 de n'importe qui.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab  Je ne peux que d\u00e9plorer la perte des livres...  reprit Porthos en laissant errer son regard sur les \u00e9tag\u00e8res renvers\u00e9es et les ouvrages \u00e9pars, plus ou moins amoch\u00e9s. Mais elle aurait \u00e9t\u00e9 encore plus importante si les Maraudeurs avaient \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s seuls ici. Cette aile de la biblioth\u00e8que \u00e9tait provisoirement abandonn\u00e9e, heureusement que vous \u00e9tiez l\u00e0... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Pendant ce temps, Philippe s'\u00e9tait relev\u00e9 et dirig\u00e9 vers la statue de Sardenia, apparemment pour voir quel \u00e9tait le livre coinc\u00e9 sous son bras et en d\u00e9chiffrer le titre. L'ouvrage lui aussi avait \u00e9t\u00e9 chang\u00e9 en pierre, la seule chose demeur\u00e9e intacte \u00e9tait le Scorpion.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab  Dites, est-ce que vous avez un deuxi\u00e8me exemplaire du Libellus Divinae Fidei \u00bb ? Demanda-t-il alors que Porthos s'approchait \u00e0 son tour de la statue et ce n'est que la seconde d'apr\u00e8s qu'il se retourna vivement sentant \u00e0 qui il parlait. Terriblement impressionnant, cet Herm\u00e9tiste, qui ne paraissait pas toutefois avoir entendu la question, et levait maintenant vers la pierre un regard \u00e9tonn\u00e9. \u00ab  Non, ce n'est pas possible....  murmura-t-il, sa surprise s'accroissant encore. Pas les Sept.. Lucius, venez imm\u00e9diatement ! \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">D'une rang\u00e9e d'\u00e9tag\u00e8res surgit alors l'Herm\u00e9tiste au manteau vert, et les deux retourn\u00e8rent \u00e0 grands pas vers l'escalier, sans m\u00eame se retourner, Porthos se contenta de dire : \u00ab  Z\u00e9phyr, emmenez-les \u00e0 l'infirmerie. \u00bb Et ils disparurent dans l'\u00e9tage sup\u00e9rieur.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Oscar et Myriam s'employaient maintenant \u00e0 r\u00e9pertorier les livres ab\u00eem\u00e9s et paraissaient absorb\u00e9s dans leur t\u00e2che, au point que lorsque Philippe leur fit remarquer qu'il n'avait pas r\u00e9pondu \u00e0 sa question, Oscar l\u00e2cha : \u00ab  Vous avez d\u00e9j\u00e0 eu de la chance qu'il s'adresse seulement \u00e0 vous ! \u00bb Puis il revint \u00e0 ses bouquins sans plus s'occuper de notre Orphelin de service.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">J'en \u00e9tais \u00e0 me dire que je pouvais maintenant esp\u00e9rer me remettre debout sans que mes jambes ne me l\u00e2chent, lorsque Daniel me fit signe que nous pouvions venir avec Z\u00e9phyr. Sans aucun doute, le jeune homme aux lunettes ( et qui semblait rest\u00e9 un peu trop coinc\u00e9 au stade disco, niveau habillement... mais au moins ce n'\u00e9tait pas la robe de bure !). ce dernier s'approcha de moi et me tendit la main pour m'aider \u00e0 me relever en me demandant si j'estimais pouvoir marcher. Il avait une voix aussi douce que la soie et levant la t\u00eate, j'eus une bien dr\u00f4le d'impression. Ces deux yeux bleu azur... je les avais d\u00e9j\u00e0 vus quelque part. Et alors que toute sa physionomie n'indiquait que chaleur et attitude amicale, c'est du d\u00e9go\u00fbt, de la peur, une profonde envie - non, besoin - de rejet qu'il m'inspira, l'espace d'une ou deux secondes. Je ne pus m'emp\u00eacher de retirer brusquement ma main de la sienne, en un pur r\u00e9flexe.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Ca ne va pas ? s'enquit-il, l'air \u00e9tonn\u00e9.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Non, ce n'est rien, je suis juste fatigu\u00e9e. \u00bb mentis-je en m'effor\u00e7ant de ne pas croiser \u00e0 nouveau son regard. Il sembla se satisfaire de cette explication, et conversa un instant avec Daniel, dans leur \u00e9trange langue, alors que nous nous dirigions vers l'escalier, Philippe venant nous rejoindre au passage.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab L'infirmerie est \u00e0 quatre \u00e9tages de l\u00e0 \u00bb reprit Z\u00e9phyr, en fran\u00e7ais cette fois, tandis qu'\u00e0 l'\u00e9tage que nous quittions, Oscar et Myriam r\u00e9veillaient assez rudement, il faut le dire, les Maraudeurs encore vivants ( dont Cynthia, qui \u00e9tait toutefois salement amoch\u00e9e). Je n'eus pas l'occasion d'en voir plus, car Z\u00e9phyr ouvrait la marche d'un pas assez rapide, et je n'aurais pas trop aim\u00e9 me retrouver paum\u00e9e dans Doissetep juste pour avoir un peu trop tra\u00een\u00e9 en route.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Au dernier \u00e9tage, le palier s'achevait par une lourde porte de ch\u00eane vo\u00fbt\u00e9e, \u00e0 double battant, qui donnait sur un long couloir. Pourquoi levais-je les yeux \u00e0 ce moment ? Je n'en sais trop rien. Mais toujours est-il que je m'immobilisai un instant en contemplant l'arche qui surplombait la porte, me demandant quel myst\u00e8re pouvait bien planer sur cette biblioth\u00e8que et m'entra\u00eener avec lui par la m\u00eame occasion. Au-dessus de la porte \u00e9tait grav\u00e9 un grand livre ouvert, comme une sorte de grimoire, vers lequel s'inclinait une plume, de celles qu'employaient les Herm\u00e9tistes de la Lune Chantante pour \u00e9crire.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">En-dessous, \u00e9tait inscrit un autre symbole... un masque. Mais pas n'importe lequel . C'\u00e9tait celui de la Trag\u00e9die.<\/p>\r\n<!--nextpage-->\r\n<p align=\"justify\"><strong>II. Welcome to Doissetep<\/strong><\/p>\r\nNous nous enfoncions dans les couloirs tortueux de l'immense Fondation, avec l'impression que nous \u00e9tions les seuls \u00e0 y marcher. A tous les paliers et croisements, des lampes de cristal, fix\u00e9es aux murs de bois r\u00e9pandaient une douce lumi\u00e8re dor\u00e9e \u00e9clairant les t\u00e9n\u00e8bres, et \u00e0 intervalles r\u00e9guliers \u00e9taient perc\u00e9s, dans ces m\u00eames murs et dans le sol, de petits trous du diam\u00e8tre d'un doigt.\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Comme je vous le disais, ce symbole a toute une histoire... expliquait Z\u00e9phyr, \u00e0 qui j'avais demand\u00e9, faute d'avoir quelqu'un d'autre sous la main, ce que signifiait le masque au-dessus de la porte, sous pr\u00e9texte que je le trouvais joli.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Et ces trous dans les murs ? l'interrompit Philippe, qui avait laiss\u00e9 sa combinaison BCR \u00e0 l'entr\u00e9e de la biblioth\u00e8que. Ca sert \u00e0 quoi ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Une mesure de s\u00e9curit\u00e9, pour emp\u00eacher les voleurs d'entrer et de repartir comme de rien. C'est une biblioth\u00e8que secr\u00e8te. Vous allez devoir d'ailleurs r\u00e9pondre de l'arriv\u00e9e de ces Maraudeurs dans cette partie de la Fondation, vous savez... Puis il se tourna \u00e0 nouveau vers moi :<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Pour en revenir \u00e0 ce dont nous parlions, Mademoiselle, il s'agit du sceau de celui qui a con\u00e7u les plans de cette biblioth\u00e8que. Un individu tr\u00e8s sage, sir Malcolm de Lansay. C'est un des mages qui avait aid\u00e9 Doissetep \u00e0 \u00ab migrer \u00bb jusqu'ici. Il nous a malheureusement quitt\u00e9s, il y a deux cent ans. \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Le temps que Z\u00e9phyr eut achev\u00e9 sa phrase, nous \u00e9tions parvenus \u00e0 une lourde arche donnant sur un long couloir fait en bois. Il y avait dans l'air une subtile nuance de brun rouge\u00e2tre, quelque chose de difficile \u00e0 expliquer. La lumi\u00e8re y p\u00e9n\u00e9trait par les fen\u00eatres et, au vu du paysage, il n'y avait absolument aucun doute dans mon esprit : nous \u00e9tions vraiment ailleurs. L'on pouvait apercevoir le sommet d'un pic \u00e9norme, et au bord d'un plateau quelques centaines de m\u00e8tres d'une herbe \u00e9paisse et bleue. Dans le lointain, le ciel \u00e9tait couvert de nuages livides, entre lesquels couraient de temps \u00e0 autre des \u00e9clairs jaun\u00e2tres, et \u00e0 l'extr\u00eame limite de l'horizon, un soleil pourpre se couchait sur fond de ciel ros\u00e9, comme un immense globe inject\u00e9 de sang.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Nous emprunt\u00e2mes un nouvel escalier en colima\u00e7on montant sur trois ou quatre m\u00e8tres pour aboutir dans un couloir o\u00f9 il y avait enfin de la vie... et m\u00eame beaucoup de remue-m\u00e9nage. \u00ab Il semblerait qu'il y ait une alerte. \u00bb disait un homme en jaune safran \u00e0 un curieux personnage, passant son torse par une porte entr'ouverte. \u00ab Ne vous inqui\u00e9tez pas, mais retournez dans vos quartiers, pour plus de s\u00fbret\u00e9... \u00bb L'Herm\u00e9tiste s'\u00e9loigna alors et le second mage nous regarda passer, aussi intrigu\u00e9 que nous pouvions l'\u00eatre \u00e0 sa vue. Il avait de longs cheveux noirs, une barbiche, portait des jeans larges et un pull noir \u00e0 la poitrine et aux manches d\u00e9cor\u00e9es d'un soleil inca. Si Z\u00e9phyr d\u00e9tonnait un peu au milieu des mages en robe, celui-l\u00e0 faisait carr\u00e9ment tache.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Le couloir d\u00e9bouchait sur une grande salle h\u00e9misph\u00e9rique avec des fen\u00eatres en verre teint\u00e9. Seules quelques tables \u00e9taient occup\u00e9es. A l'une d'elle, un vieil homme gr\u00eale, \u00e0 demi-chauve, une canne ouvrag\u00e9e pos\u00e9e contre sa chaise, nous regarda passer avec insistance. \u00c9tait-ce mon imagination, ou flottait-il vraiment un l\u00e9ger sourire moqueur sur ses l\u00e8vres fines ? D\u00e9cid\u00e9ment, Doissetep \u00e9tait emplie de gens bizarres, et nous n'avions sans doute pas encore tout vu. Nous emprunt\u00e2mes la porte situ\u00e9e sur notre gauche pour gagner un nouveau couloir long d'une cinquantaine de m\u00e8tres et pr\u00e9c\u00e9dant une grande verri\u00e8re donnant sur un jardin en terrasse. Un jardin \u00e0 la fran\u00e7aise, avec des all\u00e9es couvertes de dalles finement vein\u00e9es, des statues \u00e0 la beaut\u00e9 exquise (un ange, un narval, un satyre...), des arbres de diverses esp\u00e8ces pas toutes tr\u00e8s connues, notamment un qui poss\u00e9dait de longues branches pelucheuses, ou encore un autre se composant d'une seule feuille gigantesque, bleue et iridescente. Dans les all\u00e9es se promenaient tranquillement des gens en soutane ou avec des b\u00e9quilles, d'autres \u00e9taient assis \u00e0 des tables de bois ouvrag\u00e9. En fait, bien peu portaient des robes de bure.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Finalement, apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9s devant trois portes closes, nous p\u00e9n\u00e9tr\u00e2mes dans une salle emplie de lits \u00e0 l'entr\u00e9e de laquelle se trouvait une petite loge o\u00f9 quatre Herm\u00e9tistes en robes brunes jouaient aux dames. Z\u00e9phyr nous emmena vers trois lits inoccup\u00e9s - il y en avait deux qui se trouvaient entre un mage tout droit sorti de <em>Rasta Rocket <\/em>et un jeune homme blond. Les deux hommes \u00e9taient en train de se passer des cigarettes et des allumettes, s'attirant par la m\u00eame occasion une exclamation inqui\u00e8te d'un jeune Herm\u00e9tiste, pas loin de l\u00e0. Vu que tout dans la salle \u00e9tait en bois, on comprenait son inqui\u00e9tude.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab  C'est pas vrai, il nous a encore laiss\u00e9s avec les pires, comme d'habitude... \u00bb grommela l'Herm\u00e9tiste. Juste derri\u00e8re lui, Z\u00e9phyr \u00e9mit un l\u00e9ger toussotement, qui eut pour effet de faire se retourner d'un bond l'apprenti, le tout accompagn\u00e9 d'excuses g\u00ean\u00e9es et d'une prise de poudre d'escampette assez spectaculaire. Z\u00e9phyr s'approcha alors du mage blond et, lui disant que nous venions juste d'arriver, lui demanda de s'occuper de nous, puisqu'il \u00e9tait plus ou moins en \u00e9tat de marcher.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Il y a une robe de patient dans chaque table de nuit \u00bb, nous pr\u00e9cisa-t-il avant de repartir vers la loge o\u00f9 il dit \u00e0 l'un de ses garde-chiourme quelque chose que je ne compris pas.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Bon, ben, bienvenue chez les fascistes ! \u00bb sourit amicalement le blondinet. C'\u00e9tait un jeune homme d'une vingtaine d'ann\u00e9es, grand mais mince, aux traits fins, avec une grande barbe en d\u00e9sordre qui lui mangeait le visage et de longs cheveux pas coiff\u00e9s. V\u00eatu d'une sorte de robe de chambre, ce qui devait \u00eatre le costume local en usage \u00e0 l'infirmerie ; il \u00e9tait pr\u00e9sentement assis en tailleur sur son lit, et laissait r\u00e9guli\u00e8rement tomber les cendres de sa Malboro dans un mouchoir, pos\u00e9 sur sa table de chevet, qui faisait office de cendrier. Alors qu'il disait ces mots, Philippe avait d\u00e9j\u00e0 entrepris de se d\u00e9barrasser de son pantalon et de ce qui restait de son pull pour se vautrer consciencieusement sur le lit \u00e0 gauche du jeune homme - l'on put d'ailleurs constater \u00e0 cette occasion qu'il n'y avait de loin pas que son visage \u00e0 \u00eatre devenu rouge vif. Pour ma part, je me laissai tomber sur le lit le plus proche, celui \u00e0 droite de notre nouvelle connaissance ; quant \u00e0 Daniel, il n'alla pas vraiment plus loin, et se contenta de s'installer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du rasta qui nous fixait d'un \u0153il curieux, comme attendant quelque chose.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Je crois que l'anesth\u00e9sie commence \u00e0 l\u00e2cher... soupira Philippe, qui ne semblait plus aussi en forme qu'auparavant.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Hey, des p'tits Fran\u00e7ais ?! \u00bb s'exclama alors le voisin de Daniel avec un large sourire. \u00bb Il parlait en fait une sorte de franglais relativement compr\u00e9hensible - du moins, pour des gens connaissant les deux langues - et notre arriv\u00e9e semblait \u00e0 son go\u00fbt mettre un peu d'ambiance dans l'infirmerie.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Oui, tout \u00e0 fait ! r\u00e9pondit Daniel en \u00f4tant sa veste. Pourquoi ? on est les seuls ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je crois bien que oui ! Notez, on a vraiment de tout ici ! Deux Italiens, un Finlandais... on a m\u00eame un Russe ! Mais j'entrave rien \u00e0 ce qu'ils disent, alors... \u00bb conclut-il en se rallongeant. Il avait le bras droit dans le pl\u00e2tre et une attelle \u00e0 la jambe, et ne devait pas trouver marrant de devoir rester au pieu.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Vous venez de faire connaissance avec Stan le Cultiste,  sourit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi le mage \u00e0 la barbe. Celui qui nous fait le r\u00e9pertoire de Bob Marley chaque soir...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Cool ! \u00bb r\u00e9pondis-je, \u00e0 moiti\u00e9 ironique. Un jeune Herm\u00e9tiste boutonneux arriva \u00e0 ce moment pour nous d\u00e9poser des bassines d'eau, des verres et des draps propres. Il semblait un peu affol\u00e9 et en tous cas pas \u00e0 l'aise, d'ailleurs, que lorsque je lui demandai s'il n'y avait pas moyen de se faire amener un paravent, il me regarda sans trop comprendre :<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Un paravent ? Pour quoi faire ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Y'a que des mecs dans cette salle... Vous ne voulez quand m\u00eame pas que je me d\u00e9shabille devant tout le monde, non ? \u00bb L\u00e0, l'Herm\u00e9tiste devint encore plus rouge que Philippe et, opinant de la t\u00eate, quitta la salle sans rien trouver \u00e0 r\u00e9pondre d'autre. C'est fou ce qu'on peut faire comme effet sur l'un de ces mages quand on sait s'y prendre.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab L'art et la mani\u00e8re de clouer le bec \u00e0 un Herm\u00e9tiste boutonneux ! fit remarquer mon voisin de lit avec un nouveau sourire. Au fait, on ne s'est pas pr\u00e9sent\u00e9s. Je m'appelle Les Nesman, extasi\u00e9.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Anna Delay, Adepte du virtuel...  r\u00e9pondis-je en entreprenant de faire mon lit, parce que dormir sur une couverture r\u00eache ne m'enchantait gu\u00e8re, les draps \u00e9tant \u00e9galement faits d'un tissu relativement grossier.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Et vous \u00eates l\u00e0 pour quoi ? demanda Les, apr\u00e8s que Philippe et Daniel eurent \u00e0 leur tour d\u00e9clin\u00e9 leur identit\u00e9.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Oh, tellement de choses qu'on a renonc\u00e9 \u00e0 en tenir le compte ! \u00bb ironisa Philippe en se redressant sur un coude pour ranger dans le tiroir de sa table de chevet le Mac-10 qu'il avait jusqu'ici cach\u00e9 sous sa veste. Il venait de voir Z\u00e9phyr entrer \u00e0 nouveau dans l'infirmerie, portant une jarre et un verre en cristal ainsi qu'un drap blanc sous le bras.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Rigolez pas... fit Les \u00e0 mi-voix, moi j'ai dormi pendant un mois... enfin, au moins une semaine ! J'ai pas tout compris \u00e0 ce qui m'est arriv\u00e9. \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Arriv\u00e9 \u00e0 la hauteur de Philippe, Z\u00e9phyr posa la jarre sur la table de nuit et remplit le verre d'un liquide \u00e9pais, semblable \u00e0 du sirop.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Vous devrez en prendre une verre matin, midi et soir, dit-il en tendant la boisson \u00e0 Philippe. Il y en a pour deux jours, cela devrait suffire. Maintenant, je vais vous demander de vous lever pour que je puisse changer les draps. Les v\u00f4tres sont trop r\u00eaches pour votre type d'affection. \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Philippe s'ex\u00e9cuta, non sans se resservir un verre au passage, et laissa Z\u00e9phyr refaire son lit, chose qui ne devait certainement pas lui arriver tr\u00e8s souvent.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Le repas aura bient\u00f4t lieu, poursuivit l'Herm\u00e9tiste en tournant \u00e0 demi la t\u00eate vers nous. Mais vous pr\u00e9f\u00e9rez peut-\u00eatre qu'on vous am\u00e8ne une collation ? Ah, au fait, je ne sais pas si vous vous sentez assez forts pour marcher, toutefois, si c'est le cas, et que vous avez envie de vous promener, je dirai aux jeunes de la loge de vous laisser sortir.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ah ouais ? fit Les avec un sarcasme non dissimul\u00e9. C'est pas ce qu'ils m'ont dit il y a une demi-heure !<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Oh ! Je vois...Il faut les comprendre... cela ne fait qu'une semaine qu'ils sont \u00e0 ce poste, alors ils ont peur de se faire taper sur les doigts, r\u00e9pondit Z\u00e9phyr avec un haussement d'\u00e9paules. Vous savez, la plupart des mages de la Fondation sont beaucoup moins tol\u00e9rants que moi. Mais je crois que vous avez de la visite, mes amis. Aussi, je crois que je vais vous laisser. \u00bb acheva-t-il en levant la t\u00eate vers les deux personnages qui se dirigeaient vers nous.<\/p>\r\n<p align=\"justify\"><!--nextpage--><\/p>\r\n<p align=\"justify\">Le premier \u00e9tait le vieil homme \u00e0 la canne aper\u00e7u dans la salle que nous avions pr\u00e9c\u00e9demment travers\u00e9e quant \u00e0 celui qui le suivait de pr\u00e8s, il ne s'agissait de nul autre que le mage en pull et blue-jeans qui nous avait regard\u00e9s passer dans le couloir.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Eh bien, eh bien...\" commen\u00e7a le vieil homme avec un l\u00e9ger sourire. Si son visage \u00e9tait creus\u00e9 de rides, ses yeux bleus, eux brillaient d'un vif \u00e9clat et d'une rare intensit\u00e9. Visiblement, il s'adressait \u00e0 Les.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Vous avez ressenti les vibrations vous aussi, n'est-ce pas ? Et je vois que vous avez d\u00e9j\u00e0 fait la connaissance avec nos nouveaux arrivants.. Ces jeunes gens arrivent tout droit de la biblioth\u00e8que, le saviez-vous ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Maintenant, en tout cas, je le sais ! dit tranquillement Les d'une vois qui avait un je ne sais quoi de distant...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Pardonnez-moi, continua le vieil homme, en se tournant vers Philippe, Daniel et moi. Je ne me suis pas pr\u00e9sent\u00e9 : Ernst Curtius, Onirologue. Voici Rapha\u00ebl, mon disciple. \u00bb ajouta-t-il en d\u00e9signant le jeune homme chevelu qui se tenait l\u00e9g\u00e8rement en retrait, silencieux et un peu mal \u00e0 l'aise.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">J'eus la surprise, lorsque je me pr\u00e9sentai, de le voir me gratifier d'un baise main au charme tout d\u00e9suet. Puis il posa sa canne contre le montant du lit de Les, et se fit approcher une chaise par Rapha\u00ebl afin de s'y asseoir.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Je n'avais encore jamais rencontr\u00e9 d'Onirologue, dis-je \u00e0 Curtius, tandis que Daniel d\u00e9cidait \u00e0 son tour de se d\u00e9shabiller et que Philippe et Les commen\u00e7aient \u00e0 se raconter leurs vies.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Il y en a, Mademoiselle Delay, il y en a, sourit Curtius, mais ils sont rares, en effet... Vous avez de plus des chances plus importantes de rencontrer ici des Onirologues de la Vieille Tradition. L'approche du Conseil n'est pas pour rien l\u00e0 dedans.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Le Conseil ? Quel conseil ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ah, vous n'\u00eates pas au courant ? C'est vrai, vous venez juste d'arriver.. . D'ici un ou deux jours, le Conseil des Neuf souhaite se r\u00e9unir \u00e0 Doissetep. Je suppose d'ailleurs que votre ami Daniel Dufour est venu dans le but de rejoindre son Patriarche, non ? demanda-t-il, s'attirant l'oreille int\u00e9ress\u00e9e de Daniel en question.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Lequel ? fis-je en \u00e9cho. Rodolf, Bartolf ou Alb\u00e9ric ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Vous les connaissez ? Curtius eut l'air un peu surpris, mais je demandais si cette surprise \u00e9tait totalement spontan\u00e9e, car le vieil Onirologue avait l'air de savoir certaines choses qu'il aurait plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 cens\u00e9 ignorer.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Conna\u00eetre est un grand mot, je ne les ai rencontr\u00e9s qu'une fois. Mais \u00e7a finit par arriver, quand on habite la m\u00eame ville !<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Hmm, alors comme \u00e7a, vous venez de Strasbourg... murmura Curtius, un peu pour lui-m\u00eame. Puis il reprit : Il me semble que ma\u00eetre Bartolf est arriv\u00e9 ici hier matin.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Par contre, je ne suis pas venu pour le rejoindre, intervint Daniel, s'asseyant en robe de chambre sur mon lit pour prendre part \u00e0 la discussion. Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Doissetep par le biais... comment dire... d'un puissant talisman.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je vois, votre arriv\u00e9e n'a pas \u00e9t\u00e9 des plus discr\u00e8tes. J'avais une hypoth\u00e8se \u00e0 ce sujet : Je pense que vous \u00e9tiez poursuivis par des Technomanciens, bien que je ne voie pas comment vous avez fait pour p\u00e9n\u00e9trer dans une biblioth\u00e8que secr\u00e8te aussi prot\u00e9g\u00e9e que celle-ci... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Curtius avait l'air pensif, et derri\u00e8re lui, son disciple Rapha\u00ebl, toujours aussi silencieux ne perdait pas une miette de la conversation.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Vous savez, lui expliquais-je, \u00e0 ce sujet, je ne vous serai pas d'une grande aide ! je ne connais absolument rien aux biblioth\u00e8ques secr\u00e8tes.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Vous n'\u00eates donc pas une Herm\u00e9tiste ? l\u00e2cha l'Onirologue au bout de deux ou trois secondes de silence, les yeux l\u00e9g\u00e8rement pliss\u00e9s. De quelle tradition faites-vous partie ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Moi ? je suis une AV.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Une quoi ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Une Adepte du Virtuel...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ah... une Technomancienne ! \u00bb fit Curtius, l'air soudain un peu moins amical, et plut\u00f4t refroidi par cette r\u00e9v\u00e9lation. Je crois que j'aurais mieux fait de me taire, mais apr\u00e8s tout, pourquoi aurais-je eu honte de la Tradition qui \u00e9tait mienne ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab  -e vous en prie, n'employez pas ce terme ! \u00bb r\u00e9torquai-je en le fixant droit dans les yeux. Si j'\u00e9tais une Technomancienne, comme vous dites, je serais actuellement en train de m'amuser avec mes bons amis Terminator et les Blues Brothers !<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Hmm, certes. Bien, je crois que nous allons devoir vous laisser. D'autres affaires requi\u00e8rent notre pr\u00e9sence. \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">L'Onirologue reprit sa canne, se leva et nous ayant salu\u00e9s, s'\u00e9logna en compagnie de Rapha\u00ebl. Je les suivis un instant du regard, et tendis l'oreille car ils semblaient se raconter des choses tr\u00e8s int\u00e9ressantes.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Nous avons l\u00e0 des Strasbourgeois... Et je suis s\u00fbr que notre ami Les a quelque chose \u00e0 voir avec eux.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Mais comment le savoir, ma\u00eetre ? Cet homme que nous avons ramass\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9 mourant, nous ment sans doute depuis le d\u00e9but, pour prot\u00e9ger on ne sait quel secret. De plus, il est \u00e9vident que son nom est faux.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je le sais. Mais je sens aussi qu'il est important, ici... Lui-m\u00eame ne le sait pas encore. De toutes mani\u00e8res, il sera tr\u00e8s bient\u00f4t interrog\u00e9 par le superintendant des Moniteurs. J'ai cru comprendre d'ailleurs qu'il avait un compte \u00e0 r\u00e9gler avec ce Lucius Van Kraken. Il y aura un certamen avant la fin de la semaine, je puis te le garantir... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Ils quitt\u00e8rent alors l'infirmerie et le reste de leurs paroles devinrent inintelligibles. Mais j'en avais suffisamment entendu. Me remettant debout, je saisis la couverture pos\u00e9e sur le lit inoccup\u00e9 faisant face au mien, la d\u00e9pliai et la tendis \u00e0 Daniel en lui demandant de la tenir pour que je puisse moi aussi me d\u00e9shabiller : le paravent ne semblait pas vouloir arriver ; et je commen\u00e7ais \u00e0 en avoir assez de tra\u00eener dans mes v\u00eatements sales. Je constatai par la m\u00eame occasion que l'ami Daniel s'\u00e9tait quelque peu d\u00e9coinc\u00e9 depuis notre premi\u00e8re rencontre ; bien qu'il fit tout son possible pour n'entrevoir absolument rien au travers de la couverture tandis que je me d\u00e9barrassais de mes fringues au moins ne devint-il pas rouge comme une tomate. Enfin, cette entreprise achev\u00e9e, je me rassis apr\u00e8s avoir remis la couverture sur son lit d'origine, et nous p\u00fbmes laisser libre cours aux divers comm\u00e9rages nous venant \u00e0 l'esprit, m\u00eame si le retour, quelques minutes plus tard, du jeune Onirologue chevelu, nous laissa penser qu'il rapporterait sans doute nos paroles \u00e0 son v\u00e9n\u00e9r\u00e9 Ma\u00eetre.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Dis-moi une chose, commen\u00e7a Daniel, \u00e0 mi-voix, en jetant un rapide coup d'\u0153il \u00e0 Philippe et Les qui bavardaient tranquillement. Tu ne crois pas que l'Extasi\u00e9 nous raconte des histoires ? J'ai un peu \u00e9cout\u00e9 ce dont il parlait avec Philippe et la fa\u00e7on dont il est arriv\u00e9 \u00e0 Doissetep n'est pas tr\u00e8s claire... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Sans doute aussi peu claire que la n\u00f4tre, c'est cela ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Philippe lui a un peu pos\u00e9 la question, et il est rest\u00e9 \u00e9vasif... Mais j'ai l'impression qu'il cache quelque chose<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Si tu veux mon avis, tout le monde cache quelque chose ici ! r\u00e9pondis-je en haussant les \u00e9paules. Tiens, toi qui appartiens \u00e0 l'Ordre d'Herm\u00e8s, est-ce que tu ne conna\u00eetrais pas par hasard un certain Lucius van Kraken ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Van Kraken ?\u00bb s'\u00e9tonna Daniel. Je suis expliquai alors ce que j'avais surpris dans la conversation des deux Onirologues concernant Les Nesmann, ce qui conforta encore ses soup\u00e7ons.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Je n'ai jamais encore entendu ce nom \u00bb d\u00e9clara enfin Daniel, Mais s'il est le Superintendant des Moniteurs, il doit s'agit du Lucius qui \u00e9tait en compagnie de Ma\u00eetre Porthos...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Et qui n'a pas l'air sympa du tout ! achevai-je \u00e0 sa place. Et les Moniteurs, dis-moi, ils font quoi de beau dans la vie ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- ... la police, dit tout simplement Daniel. La plupart d'entre eux ont une jolie r\u00e9putation d'hypocrites, ils s'opposent d'ailleurs assez violemment aux Pardonneurs. Si notre Lucius et ce Van Kraken sont la m\u00eame personne, cela risque d'aller tr\u00e8s mal pour Les... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Daniel s'interrompit \u00e0 ce moment, en voyant arriver le jeune herm\u00e9tiste boutonneux accompagn\u00e9 de l'un de ses cong\u00e9n\u00e8res, le premier portant un panier empli de nourriture, et l'autre un paravent de bois.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab  Excusez-nous d'avoir mis autant de temps, commen\u00e7a le jeune homme avec un sourire contrit, Mais nous n'avons pas l'habitude de ce genre de situation.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Oh, ce n'est pas grave, lui souris-je en retour. Vous pouvez le laisser ici, je m'en servirai la prochaine fois, j'ai fait sans, en attendant.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Vous.... \u00bb bafouilla l'Herm\u00e9tiste en rougissant brusquement, les yeux grand ouverts. Il venait de remarquer qu'effectivement j'\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 en robe de chambre.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Je voulais dire qu'on avait improvis\u00e9 un paravent avec une couverture, ajoutai-je sans cesser de sourire.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ah.. .ah bon... Euh... Z\u00e9phyr a dit qu'on devait vous apporter de la nourriture, alors voil\u00e0 ! \u00bb s'exclama-t-il comme pour changer de sujet. D\u00e9cid\u00e9ment, il est vraiment facile de faire tourner en bourrique une jeune Herm\u00e9tiste. Celui-ci ne me paraissait pas tr\u00e8s cal\u00e9 en mati\u00e8re de relations f\u00e9minines. Le jeune homme d\u00e9posa son panier \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous et il d\u00e9balla consciencieusement lesdites provisions.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab  Nous vous avons apport\u00e9 du pain, dit-il en sortant une grosse miche dor\u00e9e et quelques couteaux, du fromage et du lard. Il y a aussi du beurre sal\u00e9 et de la confiture, pour ceux qui en voudraient. Vous avez de l'eau dans vos carafes et Z\u00e9phyr nous a dit de vous apporter cela... \u00bb Tout en disant ces mots, il tira du fond du panier une carafe de vin qu'il me tendit en la cachant \u00e0 demi derri\u00e8re sa manche. Je me rendais maintenant compte, devant toute cette bouffe, que c'\u00e9tait de manger copieusement dont j'avais surtout besoin. Daniel, lui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en train de se servir de ma table de chevet pour couper le pain.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Je d\u00e9bouchai la carafe, en reniflai le contenu... et une dr\u00f4le de sensation m'envahit , me laissant perplexe. Cette odeur ne m'\u00e9tait pas inconnue. Le vin avait un subtil parfum de nostalgie, mais comme pour les yeux bleu azur de Z\u00e9phyr, je ne parvenais pas \u00e0 savoir o\u00f9 et quand j'avais pu \u00eatre en pr\u00e9sence d'un tel breuvage.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Qu'y a-t-il ? \u00bb fit l'Herm\u00e9tiste devant mon air vaguement perplexe.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Rien. Je me disais juste que ce vin avait l'air d\u00e9licieux. J'aurais une question \u00e0 vous poser. Repris-je en levant lers yeux vers lui. Rien que de purement pratique. Y'a-t-il quelque chose ici qui pourrait faire office de douche ou du moins de baignoire ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ne vous inqui\u00e9tez pas pour cela, il y a des thermes \u00e0 Doissetep ! Vous n'aurez qu'\u00e0 demander le chemin \u00e0 la loge lorsque vous souhaiterez vous y rendre. Sur ce, nous devons vous laisser. Je vous souhaite un bon app\u00e9tit.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Merci ! \u00bb r\u00e9pondit Daniel qui achevait de beurrer une quatri\u00e8me tartine. Il me la tendit alors.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Mais lorsque je la pris, je m'aper\u00e7us d'un subtil changement au niveau du bracelet fix\u00e9 \u00e0 mon poignet.<\/p>\r\n<p align=\"justify\"><!--nextpage--><\/p>\r\n\r\n<h4><em>III. Carter d\u00e9masqu\u00e9<\/em><\/h4>\r\n<p align=\"justify\">&nbsp;<\/p>\r\n<p align=\"justify\">R\u00e9capitulons les faits.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Lorsque nous avons \u00ab re\u00e7u \u00bb nos magnifiques bracelets noirs, il y avait en leur centre deux triangles aux pointes se faisant face et de couleur argent\u00e9e. Maos leur apparence \u00e9tait toujours demeur\u00e9e la m\u00eame.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Maintenant, je pouvais constater que le triangle du haut \u00e9tait pass\u00e9 au bleu.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Et j'en \u00e9tais \u00e0 me dire que ce n'\u00e9tait pas normal, lorsque mon bracelet se d\u00e9tacha de mon poignet encore lev\u00e9, et tomba sur ma couverture.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Il n'y eut rien. Pas d'explosion, pas de douleur, pas de cisaillement violent de mon Motif de Vie, contrairement \u00e0 ce que les dires de Christine Ernardt nous avaient laiss\u00e9 penser. Je ne voyais qu'une explication \u00e0 cela : d'une mani\u00e8re ou d'une autre, nous avions d\u00fb croiser l'un des mages de ce que l'on pouvait obligeamment nommer \u00ab le premier groupe \u00bb. Sauf que je ne voyais pas trop qui : aucun visage \u00e0 Doissetep ne m'avait sembl\u00e9 \u00eatre celui de l'une de ces quatre personnes.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Eh bien ? Qu'est-ce qui t'arr... \u00bb venait de commencer Daniel. C'est alors qu'il vit mon bracelet se d\u00e9tacher. Il compreis tout de suite, au bout de quelques secondes, en constatant que j'\u00e9tais toujours enti\u00e8re.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Oh, non... \u00bb murmura t-il constern\u00e9, en tripotant son propre bracelet qui se d\u00e9crocha tout aussi facilement. \u00ab Mais quand ...? \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab \u00c7a, je me le demande bien... \u00bb fis-je en \u00e9cho, \u00e0 voix basse \u00e9galement. Ce qui \u00e9tait encore plus bizarre, c'est que le bourreau, comme l'avait appel\u00e9 Christine, ne s'\u00e9tait pas mat\u00e9rialis\u00e9. J'aurais pourtant cru que...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Anna... \u00bb fit Daniel, qui tirait soudainement une dr\u00f4le de t\u00eate, \u00e0 demi tourn\u00e9 vers le lit o\u00f9 Les et Philippe continuaient de discuter tranquillement.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Oui ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">-Regarde Les...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">-Pourquoi \u00e7a ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">-Enl\u00e8ve lui la barbe et fais lui les cheveux plus courts, et tu...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">-Oh merde... \u00bb l\u00e2chai-je doucement. Un rapide effort d'imagination avait provoqu\u00e9 cette r\u00e9action : je venais de reconna\u00eetre Carter Maxcellin, effectivement extasi\u00e9 de son \u00e9tat. Nous devions avoir \u00e9t\u00e9 sacr\u00e9ment fatigu\u00e9s pour ne rien avoir remarqu\u00e9 plus t\u00f4t, m\u00eame avec la barbe et les cheveux trop longs.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Eh, vous en faites une t\u00eate \u00bb lan\u00e7a Philippe.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Qu'est-ce qui vous arrive ? \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Daniel lui montra discr\u00e8tement du doigt son poignet d\u00e9sormais nu, tandis que je m'employais \u00e0 ramener de sous mon lit mon sac o\u00f9 j'avais laiss\u00e9 tout mon fatras de Trinity, journaux et infos tir\u00e9s sur imprimante, afin de faire une comparaison entre Les et le portrait de Carter. Philippe se leva pour se rapprocher de Daniel, le sourcil fronc\u00e9 et, s'attirant par l\u00e0 m\u00eame un regard un peu \u00e9tonn\u00e9 de la part de l'Extasi\u00e9 en question.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Qu'est-ce que vous avez fait de vos bracelets ? \u00bb demanda t-il \u00e0 voix basse \u00ab Ne me dites pas que... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Regarde derri\u00e8re toi, r\u00e9torqua Daniel<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Quoi ? Les ? Non, attends...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Dites moi Rapha\u00ebl \u00bb, fit Daniel en se tournant vers l'onirologue install\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et qui semblait ne pas perdre une miette de la conversation \u00ab O\u00f9 avez-vous trouv\u00e9 Les Nessman ? \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Sur un sentier Umbral \u00bb r\u00e9pondit le jeune homme un peu \u00e9tonn\u00e9 par cette question \u00e0 br\u00fble pourpoint.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Il dormait plus ou moins ! Dans une cabane servant de lieu de repos...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je ne suis pas vraiment s\u00fbr qu'il y ait quelque chose \u00e0 voir..., reprit Philippe, quelque peu dubitatif.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Alors regarde et compare ! \u00bb, r\u00e9pondis-je, mon regard allant de Les \u00e0 la feuille que je tenais maintenant en main, et inversement. Pas de doute \u00e0 avoir, non. Il s'agissait bel et bien du m\u00eame homme. Carter Maxcellin, du Culte de l'Extase, obligeamment condamn\u00e9 \u00e0 mort par les Technomanciens de Strasbourg.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Mais si c'est cela \u00bb murmura Philippe, \u00ab alors le Bourreau aurait d\u00e9j\u00e0 d\u00fb...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Oh, c'est quoi ces messes basses ? \u00bb s'exclama soudain l'Extasi\u00e9 en se levant d'un bond pour venir m'arracher la feuille o\u00f9 d'\u00e9talait son portrait et son identit\u00e9. \u00ab Et qu'est-ce que vous avez \u00e0 regarder ce papier qui... Mais ...Mais c'est ma photo, \u00e7a ! \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je crois qu'on devrait quand m\u00eame lui expliquer... \u00bb fis-je entre mes dents \u00e0 l'adresse de Philippe et Daniel. Et mes deux compagnons acquiesc\u00e8rent.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">C'est ainsi que nous d\u00e9voil\u00e2mes \u00e0 Carter (puisqu'il faut bien l'appeler ainsi) d'o\u00f9 nous venions r\u00e9ellement, ce qui avait \u00e9t\u00e9 notre but, et la charmante surprise des Technomanciens : les bracelets, la condamnation et l'arriv\u00e9e maintenant prochaine, sans doute, du \u00ab Bourreau \u00bb.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Carter nous \u00e9couta gravement lui exposer ce que nous savions de l'affaire de la Sebek, mais s'\u00e9tonna quelque peu quant \u00e0 l'existence du Scorpion, sans toutefois dire tout de suite pourquoi. Nous nous \u00e9tions \u00e0 pr\u00e9sent r\u00e9unis sur mon lit. A c\u00f4t\u00e9, Stan s'\u00e9tait endormi, les autres patients \u00e9taient trop \u00e9loign\u00e9s pour vraiment suivre ce que nous racontions,et Carter ne fit que renforcer notre isolement en cr\u00e9ant au cours de la conversation une sorte de barri\u00e8re psychique, de mani\u00e8re \u00e0 ce que personne n'entende nos petits secrets.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Je vois \u00bb, fit l'Extasi\u00e9 lorsque nous e\u00fbmes termin\u00e9 notre r\u00e9cit. \u00ab Je crois qu'il faut maintenant que j'expose ma version des faits, cela pourrait avoir son importance.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Cela permettrait surtout de r\u00e9pondre \u00e0 quelques questions que nous nous posons, ajouta Daniel.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Oui... Eh bien, je fais donc effectivement partie de ce que vous avez si bien nomm\u00e9 le \u00ab Premier Groupe \u00bb... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Carter poursuivit son r\u00e9cit, ,nous apprenant ainsi au fur et \u00e0 mesure ce qui c'\u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 la Sebek, il y avait deux semaines de cela. Ils avaient \u00e9t\u00e9 inconsciemment aid\u00e9s par Christine Ernardt, et r\u00e9ussirent \u00e0 parvenir au c\u0153ur de l'entreprise, jusqu'au Syst\u00e8me Deva d\u00e9j\u00e0 en marche. Selon Carter, l'Homme Noir, le N\u00e9phandus, y \u00e9tait apparu, et ce serait lui qui aurait pouss\u00e9 Sardenia \u00e0 devenir Maraudeur. D'ailleurs, toujours selon Carter, c'\u00e9tait les Nephandis qui avaient fait en sorte que tout cela arrive.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Ce que vous m'avez racont\u00e9 sur le Scorpion est des plus inqui\u00e9tants \u00bb, disait le Cultiste, \u00ab Car il existe \u00e0 Strasbourg une pierre poss\u00e9dant exactement les m\u00eame propri\u00e9t\u00e9s : la Pierre de Phil\u00e9mon. Vous devez en avoir entendu parler, puisque vous venez de Strasbourg.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je sais, elle se trouve sur le campus de l'Esplanade, r\u00e9pondis-je, l'esp\u00e8ce d'ob\u00e9lisque noir de deux m\u00e8tres dans le square...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Exactement. Elle aurait \u00e9t\u00e9 bien utile aux Technomanciens pour faire marcher leur saloperie de machine. Mais curieusement, alors qu'ils ont pendant des si\u00e8cles essay\u00e9 de toucher cette pierre., ils n'y sont jamais parvenus, \u00e0 croire qu'elle \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9e par ce Phil\u00e9mon lui-m\u00eame, qui est peut-\u00eatre le m\u00eame que celui que nous avons rencontr\u00e9s ! Enfin, n'ayant pas la pierre, ils se sont servis de Marie Ernardt comme substitut. Marie a essay\u00e9 de stopper le Syst\u00e8me Deva, mais elle n'a pas pu tout canaliser. C'est apr\u00e8s que c'est form\u00e9 le ... \u00ab trou \u00bb.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Et Marie ?, demanda Philippe l'air songeur<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je ne sais pas ce qu'elle est devenue. D'ailleurs, c'est assez curieux parce que je suis pass\u00e9 directement dans l'Umbra, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab aspir\u00e9 \u00bb dans ce trou... Et pas dans la Terre-Miroir. Je ne me souviens de rien d'autre. Je ne sais m\u00eame pas comment je suis arriv\u00e9 dans cette cabane Umbrale ! \u00bb, acheva Carter en regardant Rapha\u00ebl d'un air contrit.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Tu ne sais pas non plus ce que sont devenus Christophe Schmidt et les autres ?, demandais-je avant de terminer ma tartine ; le brainstorming ne coupe pas la faim.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je pense qu'il faudrait pr\u00e9venir les autorit\u00e9s de Doissetep au sujet des bracelets...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Pour qu'on ait encore plus d'ennuis ? Merci bien !, railla Philippe.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Mais ... Ils ne vont pas \u00eatre contents de voir arriver un ou plusieurs Technomanciens dans la Fondation... Pr\u00e9venir les Herm\u00e9tistes pourrait peut-\u00eatre nous \u00e9viter <em>justement<\/em> des ennuis suppl\u00e9mentaires...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Exact, d'autant plus que ce truc a encore chang\u00e9 de couleur ! \u00bb , rench\u00e9ris-je en d\u00e9signant mon bracelet tra\u00eenant toujours sur le lit. De bleu, le triangle \u00e9tait maintenant pass\u00e9 au turquoise. \u00ab Si \u00e7a se trouve, le Bourreau n'appara\u00eetra que lorsque que \u00e7a sera pass\u00e9 au rouge, ou autre chose du m\u00eame genre. Ce qui nous laisse un peu de temps...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Du temps pour aller se r\u00e9fugier aupr\u00e8s de mages bien bal\u00e8zes !, ironisa Philippe<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ne riez pas, ce n'est pas si b\u00eate... \u00bb, r\u00e9pondit Daniel, quelque peu pensif.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Carter n'avait pas trop l'air emball\u00e9 par cela, et je crois comprendre pourquoi en me rem\u00e9morant la conversation que j'avais surprise entre les deux Onirologues. Daniel lui signifia qu'on tairait sa v\u00e9ritable identit\u00e9, si \u00e7a pouvait l'aider, et je me promis de demander \u00e0 l'Extasi\u00e9 la raison de sa \u00ab brouille \u00bb avec Van Kraken d\u00e9s que nous serions sortis de l'infirmerie.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Et si on allait le faire, ce petit tour ?, proposa Philippe avec un l\u00e9ger haussement de sourcils.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- A condition de ne pas croiser trop d'Herm\u00e9tistes... \u00bb Marmonna Carter entre ses dents. Puis, plus haut \u00ab  Mais vous ne croyez pas qu'on va finir par se faire remarquer avec ces robes de chambre ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Si vous voulez, je peux vous pr\u00eater des v\u00eatements... \u00bb, hasarda le taciturne Rapha\u00ebl, \u00ab Je n'ai que des jeans et des t-shirts, mais ils devraient aller \u00e0 tout le monde...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ouais, eh bien, je pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9j\u00e0 \u00e7a \u00e0 la robe de chambre : \u00bb, r\u00e9pondis-je en saisissant mon sac, revigor\u00e9e par cet en-cas des plus nourrissant , et avouons-le, curieuse d'aller faire un peu d'exploration dans les couloirs de Doissetep.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Tout le monde s'\u00e9tant mis d'accord, nous p\u00fbmes tranquillement prendre le chemin de la sortie. Carter signala aimablement aux quatre jeunes pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 la lige que nous allions faire un tour, non sans une certaine ironie recevant en retour quelques sourires un peu g\u00ean\u00e9s - private joke, sans doute.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Il faut que vous nous disiez o\u00f9 vous vous rendez \u00bb, fit l'un des Herm\u00e9tistes, le m\u00eame qui se trouvait dans l'infirmerie au moment o\u00f9 nous \u00e9tions arriv\u00e9s. \u00ab Pas trop loin, j'esp\u00e8re ? \u00bb.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Oh non, nous irons un peu dans le patio ! \u00bb r\u00e9pondit Carter, avant d'ajouter, l'air de rien : \u00ab Une question, au passage : pourriez-vous m'indiquer o\u00f9 se trouve l'ambassade du Culte de l'Extase ? \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Le jeune homme lui indiqua sans rechigner, et je sautai sur l'occasion pour me renseigner sur l'ambassade de ma Tradition, pensant que \u00e7a pourrait m'\u00eatre utile. La r\u00e9action de l'Herm\u00e9tiste m'indiqua que d\u00e9cid\u00e9ment, les miens ne devaient pas beaucoup fr\u00e9quenter Doissetep.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab L'ambassade des Adaptes du Virtuel ? \u00bb, s'exclama mon interlocuteur avec un sourire amus\u00e9. \u00ab Vous devriez plut\u00f4t dire : la <em>pi\u00e8ce <\/em>! De toute mani\u00e8re, il n'y en a qu'un qui est l\u00e0 en ce moment, un type un peu bizarre, comment est-ce qu'il s'appelle d\u00e9j\u00e0 ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Vecteur Hugo, intervint un de ces compagnons qui jouait aux dames dans la loge.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ah oui, c'est \u00e7a, Vecteur Hugo ! Ce n'est pas tr\u00e8s compliqu\u00e9, Mademoiselle : vous allez tout droit. \u00bb, il agr\u00e9menta ses paroles d'un geste pour m'indiquer la direction : \u00ab Vous prenez la sixi\u00e8me porte \u00e0 gauche, et quand vous tombez sur un couloir parall\u00e8le \u00e0 celui que vous venez de quitter, vous allez \u00e0 gauche, tout droit et \u00e0 droite. Vous ne pouvez pas vous tromper, c'est une porte m\u00e9tallique. Mais frappez avant d'entrer, le gars \u00e0 -parait-il- mauvais caract\u00e8re.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Je vous remercie beaucoup ! \u00bb r\u00e9pondis-je avec un grand sourire avant de le quitter pour rejoindre les quatre autres qui m'attendaient un peu plus loin. Le jeune homme me regarda partir, l'air un peu perplexe devant ma r\u00e9action visiblement si joyeuse ; il ne devait certainement pas se douter de la tr\u00e8s agr\u00e9able surprise qu'il venait de me faire. Si je trouvais un peu de temps avant notre interrogatoire par les Herm\u00e9tistes, j'allais enfin savoir \u00e0 quoi ressemblait mon Mentor dans la r\u00e9alit\u00e9 physique.<\/p>\r\n<p align=\"justify\"><!--nextpage--><\/p>\r\n<p align=\"justify\">Nous repart\u00eemes d'un bon pas, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par l'onirologue, lui au moins avait d\u00e9j\u00e0 eu l'occasion de se rendre dans son ambassade ! Personnellement, j'aurais eu un peu de mal \u00e0 me retrouver dans ces couloirs qui se ressemblaient tous (j'entends par l\u00e0 : au moyen de la perception visuelle, parce que pour ce qui est de la spatiale, \u00e7a ne pose aucun probl\u00e8me) : du bois, toujours du bois, encore du bois, et ces lanternes diffusant leur douce lumi\u00e8re tamis\u00e9e \u00e0 des intervalles r\u00e9guliers. Je marchais \u00e0 l'arri\u00e8re de notre petit groupe, en compagnie de Carter, et c'est au cours de cette promenade que je lui demandai \u00e0 mi-voix, s'il \u00e9tait au courant de l'animosit\u00e9 de Lucius Van Kraken envers sa personne.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab ...Mais... Comment tu sais \u00e7a toi ? \u00bb r\u00e9pondit le Cultiste, l\u00e9g\u00e8rement surpris.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- J'ai \u00ab surpris \u00bb une conversation entre les deux R\u00eaveurs de service, tout \u00e0 l'heure. Alors ? C'est quoi votre probl\u00e8me ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Disons... Qu'il m'en veut \u00e0 cause de son fr\u00e8re...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ah ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Son fr\u00e8re est un peu mort...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- ... Je vois !<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Pourquoi tu me demandais \u00e7a ?, reprit Carter, un peu inquiet<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Euh... Selon Curtius, il est fort probable qu'il y ait un Certamen avant la fin de la semaine, si tu vois ce que je veux dire.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Et merde... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Au moment o\u00f9 l'Extasi\u00e9 l\u00e2chait ces mots, nous p\u00e9n\u00e9tr\u00e2mes dans une salle de lecture h\u00e9misph\u00e9rique, fort semblable \u00e0 celle o\u00f9 nous avions vu Curtius pour la premi\u00e8re fois, si ce n'\u00e9tait qu'il ne s'y trouvait personne, ou presque. Sur une table \u00e9tait pos\u00e9 un cand\u00e9labre r\u00e9pandant sa lumi\u00e8re orang\u00e9e, quelques livres, une sorte de plateau... et un gramophone. L'incongruit\u00e9 d'un tel objet dans cette pi\u00e8ce attira mon attention, et mon regard se posa alors sur l'homme assis \u00e0 la table, une silhouette \u00e0 demie noy\u00e9e par la p\u00e9nombre qui l'entourait... Une silhouette qu'il me semblait d\u00e9j\u00e0 avoir vu quelque part.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Oh, je ne vous attendais pas si tard... \u00bb, l'homme releva la t\u00eate vers nous, et je reconnu alors sa voix, tout comme ses yeux bleu, ou bruns, ou verts, selon les moments... Tout comme son costume blanc immacul\u00e9, son masque noir et blanc marqu\u00e9 d'un perp\u00e9tuel et l\u00e9ger sourire r\u00eaveur, ses cheveux noirs agit\u00e9s par un vent n'existant que pour lui...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Phil\u00e9mon !<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Phil\u00e9mon, qui se leva, d\u00e9laissa son jeu d'\u00e9checs - car je voyais mieux maintenant ce qu'\u00e9tait le plateau sur la table - pour venir s'approcher quelque peu de nous, \u00e0 la grande surprise de mes compagnons qui venaient juste de l'apercevoir.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab La partie avance \u00e0 ce que je vois ?... \u00bb, demanda Philippe, retrouvant rapidement son aplomb.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Votre curiosit\u00e9 est toujours la m\u00eame... \u00bb, r\u00e9pondit l'\u00e9nigmatique personnage. Lui, c'\u00e9tait sa voix qui n'avait pas chang\u00e9... Une voix douce... Sans timbre... Sans \u00e9motions... Exprimant plut\u00f4t une sorte de pensivit\u00e9.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Sur le plateau, la partie avait effectivement bien avanc\u00e9 depuis notre pr\u00e9c\u00e9dente rencontre. Les pions blancs comme les noirs - de ces derniers, aucun n'\u00e9tait manquant - avaient tous boug\u00e9s. Mais le nombre des pi\u00e8ces et leurs positions \u00e9taient incongrues, comme le fit remarquer Daniel, la partie avait sans doute dur\u00e9 longtemps, et une bizarrerie \u00e9taient ailleurs \u00e0 noter : les deux rois \u00e9taient toujours \u00e0 leur place.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Phil\u00e9mon se rassit, se pla\u00e7ant du c\u00f4t\u00e9 des pions noirs, reprenant sa position perplexe, ou peut-\u00eatre pensive, coudes sur la table, doigts crois\u00e9s sous le menton. \u00ab Tiens, vous \u00eates du c\u00f4t\u00e9 des noirs, maintenant ? \u00bb, s'\u00e9tonna Philippe, qui contemplait attentivement le plateau de jeu.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Aaah... tout ne semble pas ce qu'il para\u00eet \u00eatre, jeune homme... \u00bb, r\u00e9pondit Phil\u00e9mon sans relever les yeux. \u00ab Tout ne semble pas ce qu'il para\u00eet \u00eatre... Blanc, noir... Tout est une question de choix... Ce qui est en apparence votre ennemi pourrait bien vous sauver la vie et inversement... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab C'est \u00e0 vous de jouer l\u00e0 ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Oui. Oui c'est \u00e0 mon tour, bien que je ne craigne fort que ce ne soit bient\u00f4t \u00e0 <em>Lui<\/em>. \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Alors qu'il venait tout juste de dire ces mots, la pi\u00e8ce de la reine noire se d\u00e9pla\u00e7a d'une case, comme pour menacer \u00e0 nouveau les positions de Phil\u00e9mon.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Je vois... \u00bb, murmura ce dernier. \u00ab Ainsi tu commence \u00e0 d\u00e9clancher l'offensive ...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Vous devriez prendre sa tour avec la votre, intervint Philippe, \u00e7a mettrait son roi en danger. De toutes fa\u00e7ons, au prochain coup, lui peut mettre en danger votre tour, votre roi ou votre cavalier...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- C'est pour cela qu'il a fait ce mouvement \u00bb, r\u00e9pondit calmement Phil\u00e9mon, sans faire un seul geste. \u00ab  Pour me pr\u00e9venir. Car ces trois choix vont maintenant avoir lieu. Mes prochains coups seront d\u00e9fensifs, jeunes gens. Je ne veux pas sacrifier de pi\u00e8ces. J'en ai d\u00e9j\u00e0 <em>trop<\/em> sacrifi\u00e9es.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Votre adversaire semble pourtant avoir l'avantage, fis-je remarquer, il contr\u00f4le plus de pi\u00e8ces. Et des pi\u00e8ces ma\u00eetresses.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Certes. Il se d\u00e9voilera bient\u00f4t. Vous savez... moi, je ne peux que manipuler des pi\u00e8ces sur un \u00e9chiquier. Mais <em>vous<\/em>, vous pouvez faire la diff\u00e9rence. Vous n'\u00eates <em>pas<\/em> des pions. \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Sur ces mots, Phil\u00e9mon tendit la main, pla\u00e7ant la tour blanche derri\u00e8re le cavalier blanc. Apparemment, sa man\u0153uvre avait pour but de voir si son adversaire \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 prendre ledit cavalier avec son fou noir, ce qui laisserait cette pi\u00e8ce \u00e0 la merci de la tour blanche.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab La dame noire menace l'un de vos pions, nota Philippe<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ce n'est pas grave, il a atteint son but \u00bb, r\u00e9pondit Phil\u00e9mon. \u00ab Ne vous focalisez pas tant sur les pions, jeune homme. Apr\u00e8s tout, chaque \u00e9chiquier repr\u00e9sente un joueur et son adversaire, ni plus, ni moins... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Phil\u00e9mon garda le silence un instant, paraissant retomb\u00e9 dans sa pensivit\u00e9, fixant \u00e0 nouveau le plateau. Puis il reprit doucement de son \u00e9trange voix \u00e9gale : \u00ab Cet endroit est menac\u00e9 par la trahison, et vous devez l'emp\u00eacher de chuter. Le temps presse... Si les sept n'ont pas encore \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, Lui les a toutefois en sa possession. Mais il a fait une erreur, peut-\u00eatre moment une deuxi\u00e8me , en vous laissant partir... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">A ce moment, comme mue par une main invisible, la tour noire bougea. Aucun de nous ne pu lui pr\u00eater attention plus longtemps. L'instant d'apr\u00e8s, un cri d\u00e9chirait l'\u00e9trange atmosph\u00e8re distordue de cette pi\u00e8ce emplie par une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re brume, un hurlement d'\u00e9pouvante et de douleur venant vraisemblablement de la direction par laquelle nous \u00e9tions arriv\u00e9s.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Qu'est-ce que c'\u00e9tait que c'\u00e9tait que \u00e7a ? \u00bb murmurai-je.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Aucune id\u00e9e \u00bb, souffla Daniel avant de se tourner vers Phil\u00e9mon qui entre temps s'\u00e9tait lev\u00e9 sans toutefois s'approcher de nous - A bien y r\u00e9fl\u00e9chir, il ne s'\u00e9tait en fait jamais beaucoup approch\u00e9 de nous.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Je crois que nous allons bient\u00f4t devoir repartir \u00bb, reprit l'Herm\u00e9tiste \u00e0 son adresse. \u00ab Dites-moi Phil\u00e9mon, que pensez-vous de l'\u00e9volution de la partie ? \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Elle n'a jamais vraiment beaucoup \u00e9volu\u00e9. Quand une partie s'ach\u00e8ve, il y a un gagnant et un perdant, puis une autre partie commence. Cette partie l\u00e0 est bient\u00f4t sur le point de finir.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Et la Pierre ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- La Pierre... Certains d'entre vous ont de fausses id\u00e9es sur elle... Elle n'est qu'une sorte d'all\u00e9gorie, tout comme moi. Pour trouver la v\u00e9rit\u00e9, il faut aller plus loin... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Daniel d'appr\u00eatait \u00e0 ouvrir \u00e0 nouveau la bouche, lorsqu'il fut interrompu par Carter, qui durant quelques secondes \u00e9tait demeur\u00e9 silencieux, le regard perdu dans le vague :<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab C'est lui ! \u00bb, hurla l'Extasi\u00e9, comme s'\u00e9veillant d'un cauchemar.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Lui ? Qui \u00e7a, Lui ? \u00bb, demanda Philippe en haussant un sourcil \u00e9tonn\u00e9.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Le Nephandus ! Je l'ai vu ! Il est dans la biblioth\u00e8que et il va prendre la Pierre dans la main de Sardenia !<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Oh c'est pas vrai ! \u00bb, m'exclamai-je tandis que Daniel, en face de moi, ouvrait de grands yeux. \u00ab Il faut q'on fasse quelque chose, Daniel ! Au moins pr\u00e9venir quelqu'un !<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Non, il est inutile de vous presser, jeunes gens... \u00bb, intervint Phil\u00e9mon. \u00ab Ce que vous avez vu n'est rien d'autre que le pass\u00e9. \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Il y eut un flottement, durent lequel nous nous regard\u00e2mes les uns les autres ; visiblement, chacun devait se demander s'il avait bien entendu.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Le pass\u00e9 ?, hasarda Daniel<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Le pass\u00e9, r\u00e9p\u00e9ta Phil\u00e9mon<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Euh... C'est quoi cette histoire ? \u00bb ricana Philippe \u00ab On est au moins toujours \u00e0 Doissetep, l\u00e0, ou \u00e7a aussi c'est compl\u00e8tement chamboul\u00e9 ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Vous n'\u00eates plus \u00e0 Doissetep effectivement. Ou plut\u00f4t, vous \u00eates \u00e0 la fois \u00e0 Doissetep et chez moi. \u00bb, r\u00e9pondit Phil\u00e9mon, avant de se tourner vers Daniel pour poursuivre : \u00ab Et cette Fondation n'est plus ce qu'elle \u00e9tait ; ses mages sont aveugl\u00e9s par leurs <em>hybris<\/em>. L'aigle est sur le point de s'acoquiner avec le serpent. Vous devez l'en emp\u00eacher, car le serpent le mordra et il mourra, les ailes bris\u00e9es, en emportant avec lui ciel et \u00e9toiles. Vous \u00eates les seuls \u00e0 pouvoir agir, car vous \u00eates les seuls \u00e0 pouvoir \u00eatre entendus. C'est pour cela que j'ai pris le risque de vous parler, maintenant que les Sept Messagers sont sur le point se revenir, et que l'aigle a trop oubli\u00e9 de contempler le sol. Quant \u00e0 vous \u00bb, acheva t-il en regardant Carter, \u00ab Vous ne devez pas oublier votre vision, m\u00eame s'il s'agit du pass\u00e9. Mais il va falloir vous laisser. \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Phil\u00e9mon se rassit et reprit sa position pensive, mains nou\u00e9es sous le menton, comme \u00e0 notre arriv\u00e9e, sans plus ajouter un seul mot... Nous laissant par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 nos propres cogitations.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Mais si c'est le pass\u00e9, alors que fait Sardenia dans la biblioth\u00e8que ? \u00bb, fis-je, un peu pour moi-m\u00eame, \u00ab On aurait quand m\u00eame pas saut\u00e9 dans l'avenir ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Moi, j'ai l'impression que le temps est en train de se d\u00e9liter compl\u00e8tement..., soupira Carter, si je confronte mon histoire avec la votre, que m'a si bien racont\u00e9 Philippe, vous \u00eates partis de Strasbourg le 25 novembre, alors que j'y suis arriv\u00e9 le 11 d\u00e9cembre et que le Deva a p\u00e9t\u00e9 le 14...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Et tout \u00e7a en 1997 ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Exactement. J'ai pens\u00e9 \u00e0 cela quand je me suis r\u00e9veill\u00e9 \u00e0 Doissetep et que l'Onirologue m'a dit qu'on \u00e9tait le 27 novembre... Peut-\u00eatre une question de mondes parall\u00e8les ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Oh non pas encore !, m'exclamai-je, on ne va pas se refaire <em>Sliders<\/em>, tout de m\u00eame ! \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Carter garda le silence un instant, les yeux mi-clos,, comme s'il se concentrait, alors que Daniel contemplait d'un air quelque peu songeur le pendentif qu'il portait au cou. Puis, l'Extasi\u00e9 revient \u00e0 ce qui l'entourait, en l'occurrence, nous trois, et reprit \u00e0 mi-voix, un peu perplexe :<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab J'ai essay\u00e9 de voir s'il y avait une diff\u00e9rence de temps entre vous et moi, mais apparemment, ce n'est pas \u00e7a... C'est comme... Comme s'il y avait une barri\u00e8re de temps autour... Une sorte de d\u00e9calage entre cette endroit et nous.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Si l'explosion du Deva caus\u00e9 une d\u00e9chirure dans le Canevas, peut-\u00eatre y a-t-il eu des r\u00e9percussions m\u00eame dans l'Umbra... \u00bb, l\u00e2cha Daniel, le sourcil fronc\u00e9, cherchant une explication qu'il ne trouvait pas.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Nous devons \u00eatre \u00e0 mon avais dans une poche d'Umbra spirituelle \u00bb, intervint Rapha\u00ebl. \u00ab Vous avez d\u00fb sentir comme moi la l\u00e9g\u00e8re brume magyque qui flotte dans cet endroit... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Daniel ne r\u00e9pondit rien \u00e0 cela et s'avan\u00e7a d'un pas d\u00e9cid\u00e9 vers Phil\u00e9mon. Il avait sur le visage un air d\u00e9termin\u00e9 que n'aurait jamais eu Daniel Dufour que nous avions rencontr\u00e9 chez les Fils de la Lune, et peut-\u00eatre Phil\u00e9mon remarqua t-il aussi cela, bien qu'il ne lev\u00e2t pas vraiment la t\u00eate pour r\u00e9pondre \u00e0 l'Herm\u00e9tiste.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Dites-nous, Phil\u00e9mon... Qui sont les Sept Messagers ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Eh bien... Contemplez donc la partie, si vous voulez vous en faire une id\u00e9e... \u00bb, murmura Phil\u00e9mon, le regard braqu\u00e9 sur l'\u00e9chiquier. Pendant que nous parlions, il y avait vraisemblablement boug\u00e9 le fou blanc, qui se trouvait maintenant en face de la reine noire. Un mouvement laissant \u00e0 cette derni\u00e8re une option risqu\u00e9e : si elle prenait le fou, elle serait alors \u00e0 la merci de la tour blanche.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Cette partie me laissant une curieuse impression, l'impression que Phil\u00e9mon tournait en rond, sans prendre d'initiative, comme essayant d'attirer son adversaire pour lui faire faire des fautes. Plusieurs pi\u00e8ces blanches servaient d'avant-garde, et plus je fixais le plateau du jeu, plus je me disait que Phil\u00e9mon n'avait pas l'intention de prendre d'initiatives.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab L'on dirait que c'est mon adversaire qui a pris l'avantage et l'initiative de l'offensive \u00bb, fit la voix de Phil\u00e9mon, telle un \u00e9cho \u00e0 mes pens\u00e9es ; \u00e9tait-ce une illusion ou y avait-il un tr\u00e8s l\u00e9ger sourire dans ses paroles ?  \u00ab Nous n'allons pas tarder, jeunes gens, \u00e0 savoir qui sont les Sept Messagers... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Tous les cinq nous nous pench\u00e2mes \u00e0 nouveau sur l'\u00e9chiquier o\u00f9 s'affrontaient sept pi\u00e8ces blanches et sept pi\u00e8ces noires. Les noires qui comportaient surtout des pi\u00e8ces ma\u00eetresses, \u00e9taient presque toutes en avant-garde ; quant aux blanches, ne restaient maintenant que le roi, le fou et la tour, la reine semblant avoir disparu. Leur position \u00e9tait fixe, bloqu\u00e9e plus ou moins au centre de l'\u00e9chiquier ; mais d'apr\u00e8s cette position, les noires allaient bient\u00f4t attaquer. Ils avaient en arri\u00e8re-garde le roi, un cavalier et un fou, presque c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, tandis que ne restaient que deux pions pour d\u00e9fendre le roi blanc. La pi\u00e8ce noire la plus proche des blancs \u00e9tait la reine.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Phil\u00e9mon... \u00bb, commen\u00e7a enfin Carter \u00e0 mi-voix, \u00ab seriez-vous en mesure de nous transporter l\u00e0 d'o\u00f9 nous sommes venus ?<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je puis m\u00eame vous transporter ailleurs, vous, si vous le d\u00e9sirez... \u00bb, r\u00e9pondit Phil\u00e9mon, comme \u00e0 une question muette de l'Exstasi\u00e9. \u00ab Le choix est le votre. Vous pouvez aller o\u00f9 vous le voulez, mais en faisant cela, vous risquez gros... Bien qu'il faille parfois savoir prendre des risques. Vous n'\u00eates pas le premier \u00e0 avoir une telle ranc\u0153ur.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Si je comprends bien, ironisa Carter,  Je n'ai plus qu'\u00e0 rester m'amuser \u00e0 Doissetep, moi aussi !<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- On ne choisit pas le destin... \u00bb, fit notre interlocuteur avec un soupir presque imperceptible. \u00ab Pour partir d'ici, vous n'avez qu'\u00e0 sortir, jeunes gens. Je crains toutefois que nous ne puissions nous revoir avant un certain temps... Car mon temps ici commence \u00e0 se raccourcir. Il aurait m\u00eame \u00e9t\u00e9 plus bref, si je n'avais...gard\u00e9 des liens avec cet endroit... \u00bb<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Phil\u00e9mon se replongea dabs la contemplation de sa partie d'\u00e9checs, et il fit penser en cet instant , je ne sais pourquoi, \u00e0 Sir Malcom... Peut-\u00eatre \u00e0 cause de ce soup\u00e7on de l\u00e9g\u00e8re tristesse que je crus alors d\u00e9celer dans son attitude. Il ne r\u00e9pondit pas lorsque nous pr\u00eemes cong\u00e9 de lui, et nous nous appr\u00eations \u00e0 poursuivre notre route lorsque Rapha\u00ebl se retourna vers la porte par laquelle nous \u00e9tions entr\u00e9s, sourcils fronc\u00e9s, comme pour l'examiner avec attention.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Qu'est-ce qu'il y a ? \u00bb, lui demandai-je, un peu intrigu\u00e9e, il ne bougea pas, l'air toujours aussi perplexe.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je suis en train de me demander si je dois aller voir ce qu'il y a derri\u00e8re... \u00bb, r\u00e9pondit lentement Rapha\u00ebl. La porte \u00e9tait rest\u00e9e ouverte sur le couloir menant au dortoir, et plus loin \u00e0 la biblioth\u00e8que secr\u00e8te, et l'Onirologue, apr\u00e8s quelques secondes de r\u00e9flexion suppl\u00e9mentaires, se d\u00e9cida \u00e0 avancer.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Ce n'est pas la peine de retourner \u00e0 la biblioth\u00e8que, s'\u00e9tonna Daniel ; mais Rapha\u00ebl ne l'\u00e9couta pas.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Moi, le truc qui me surprend, c'est que Porthos n'a pas emmen\u00e9 la Pierre quand il en avait l'occasion \u00bb, dit Carter, ignorant les actions de l'Onirologue.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ah ouais, toi aussi ? \u00bb, rench\u00e9ris-je, heureuse de constater que je n'\u00e9tait pas la seule \u00e0 me poser des questions \u00e0 ce sujet. \u00ab Le P\u00e8re Porthos doit cacher quelque chose \u00e0 mon avis - quoique ce doive \u00eatre le cas de tout le monde dans cette Fondation !<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Ben y vont o\u00f9, ces deux l\u00e0 ? \u00bb, demanda alors abruptement l'Exstasi\u00e9, en constatant que nos deux compagnons venaient de p\u00e9n\u00e9trer dans le couloir obscur serpentant en direction de la biblioth\u00e8que.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">- Je propose de ne pas rester seuls ici comme deux cr\u00e9tins ! \u00bb, lui r\u00e9pondis-je en me dirigeant \u00e0 mon tour vers la porte, malgr\u00e9 la sensation de m\u00e9fiance que m'inspirait tout cela, bien diff\u00e9rente de cette impression de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, de rapidit\u00e9 de pens\u00e9e, que nous avions ressenti lors de notre premi\u00e8re rencontre avec Phil\u00e9mon. Je me souvenais pas que ce couloir \u00e9tait aussi sombre... et si je ne me trompais, il y avait bien eu des torches, lors de notre premier passage, pour nous \u00e9clairer...<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Carter passa le seuil, les t\u00e9n\u00e8bres sembl\u00e8rent s'\u00e9carter l\u00e9g\u00e8rement, l'enveloppant pour l'accueillir, durant quelques secondes. Puis, elles l'engloutirent et il disparut totalement. Peut-\u00eatre m'arriva t-il la m\u00eame chose, je ne sais pas ; j'aurais d\u00fb \u00eatre intrigu\u00e9e, mais tout cela me paraissait soudainement parfaitement naturel. Peu \u00e0 peu, je perdis le fil de ce que je faisais... C'\u00e9tait comme si mes souvenirs disparaissaient, les uns apr\u00e8s les autres ; mais rien de tout cela n'\u00e9tait une quelconque menace. J'avais l'impression de flotter dans l'eau d'un lac, remontant doucement vers la surface... Une impression tr\u00e8s plaisante, en fait.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Dans un sursaut de volont\u00e9, j'essayai de voir o\u00f9 j'allais, il me semble que la partie consciente de mon \u00eatre me hurlait de m'arr\u00eater,et je ralentis durant un court instant. Mais \u00e0 peine avais-je eu le temps de me demander ce qui se passait, que cet avertissement cessa. Je continuai d'avancer, comme dans un r\u00eave, comme d\u00e9livr\u00e9e d'un quelconque fardeau. Puis, j'eus l'impression de passer une porte, de partir... Et tout ce qui \u00e9tait autre que ma conscience disparut.<\/p>\r\n<p align=\"justify\">Comme si tout n'avait \u00e9t\u00e9 qu'un r\u00eave.<\/p>\r\n<p align=\"justify\"><!--nextpage--><\/p>\r\n\r\n<h4><em>IV. Comme un r\u00eave<\/em><\/h4>\r\nJ'ouvris lentement les yeux sur un plafond au centre duquel \u00e9tait suspendue une lanterne \u00e9teinte. La lumi\u00e8re provenait de la gauche et lorsque je tournai la t\u00eate, je m'aper\u00e7us que j'\u00e9tais seule dans cette chambre, \u00e9clair\u00e9e par la lueur du soleil.\r\n\r\nJe me redressai sur un coude, promenant mon regard sur l'endroit o\u00f9 je me prouvais. La pi\u00e8ce \u00e9tait petite, sans doute pas plus de dix m\u00e8tres carr\u00e9s, mais elle \u00e9tait fonctionnelle, meubl\u00e9e d'un bureau, d'une armoire, et d'un lit sommaire mais propre. Sol, murs et plafonds \u00e9taient en bois ; en face de moi, une porte ferm\u00e9e, et des v\u00eatements pos\u00e9s sur une chaise, pr\u00e8s de l'armoire : une longue robe d'\u00e9t\u00e9 bleue ainsi qu'une paire de sandales aux lani\u00e8res brunes. Je me sentais tr\u00e8s calme, tr\u00e8s repos\u00e9e, aussi fra\u00eeche que si j'avais dormi vingt-quatre heures d'affil\u00e9e... J'aurais presque pu croire que tout n'avait \u00e9t\u00e9 qu'un mauvais r\u00eave.\r\n\r\nPresque.\r\n\r\nEn me levant pour me diriger vers la fen\u00eatre, je constatai que ma nuit avait du \u00eatre agit\u00e9e, et que j'avais envoy\u00e9 draps et couvertures sur le c\u00f4t\u00e9, chose dont je ne gardais aucun souvenir ; Dehors soufflait un l\u00e9ger vent qui balayait un paysage de montagnes et de gigantesques pics escarp\u00e9s, parfois enneig\u00e9s. A perte de vue, dans le ciel, s'\u00e9tendaient des nuages d'un blanc cass\u00e9 laissant n\u00e9anmoins filtrer une lueur pourpre et ros\u00e9e ; l'atmosph\u00e8re de grandeur nimbant ce paysage majestueux m'indiquait que je me trouvais encore tr\u00e8s certainement dans le royaume de Doissetep. Et d'apr\u00e8s ce que je pouvais en d\u00e9duire, c'\u00e9tait le matin.\r\n\r\nJe me d\u00e9barrassai de ma robe de chambre pour enfiler la robe pli\u00e9e sur le dossier de la chaise et glisser mes pieds dans les sandales, notant par l\u00e0 m\u00eame qu'il serait temps que j'aille faire un petit tour aux thermes d\u00e8s que possible. Avisant du regard mon sac pos\u00e9 au pied du lit, je m'en saisis et effectuai une rapide fouille de mon environnement - carafe et verre pos\u00e9s sur le bureau, armoire presque vide \u00e0 l'exception de quelques livres et revues en diverses langues - pour voir ce qui s'y trouvait d'int\u00e9ressant. Puis j'entrepris de partir en exploration, m'interrogeant quant \u00e0 mon arriv\u00e9e dans cette chambre.\r\n\r\nSi le sol et les murs du couloir \u00e9taient eux aussi en bois, le plafond, lui, \u00e9tait constitu\u00e9 de pierre taill\u00e9e. Tous les cinq m\u00e8tres environ y \u00e9taient accroch\u00e9es des lanternes en cristal ; au mur quelques peintures, plut\u00f4t de bon go\u00fbt, il fallait l'avouer. Ce long couloir donnait \u00e0 ma droite sur une longue all\u00e9e, \u00e0 ma gauche sur une arche surmont\u00e9e de diff\u00e9rents symboles, mais \u00e0 peine avais-je eu le temps de me promener un peu en observant les lieux que je tombai nez \u00e0 nez avec Daniel sortant d'une autre chambre, bient\u00f4t suivi par nos trois compagnons. Je pus constater \u00e0 cette occasion que je n'\u00e9tais pas la seule \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier d'une nouvelle garde-robe, puisque chacun d'entre eux portaient des v\u00eatements bien plus seyants que nos robes de chambre, Daniel b\u00e9n\u00e9ficiait m\u00eame, sur le c\u00f4t\u00e9 gauche de sa veste noire, du carr\u00e9 encadr\u00e9 par un serpent qui \u00e9tait le symbole de la Tradition herm\u00e9tique. Au moins avions nous l'air d'autre chose que de grands malades qu'on reconduirait directement \u00e0 l'infirmerie en les voyant se promener dans les couloirs.\r\n\r\nCarter et Philippe avaient l'air en pleine forme et ledit Philippe nous fit d'ailleurs tous profiter de ses exclamations enjou\u00e9es concernant sa gu\u00e9rison plus que rapide ; en effet, son inflammation avait presque enti\u00e8rement disparu - sans doute sous l'effet de la potion de Z\u00e9phyr.\r\n\r\nDaniel et Rapha\u00ebl , quant \u00e0 eux, paraissaient nettement moins enclins \u00e0 la gaiet\u00e9, et leurs traits un peu tir\u00e9s indiquaient qu'ils n'avaient pas du aussi bien dormir que nous ; ils parlaient entre eux \u00e0 voix basse, le regard sombre, mais je n'eus pas le loisir d'\u00e9couter ce qu'ils se racontaient car Philippe me fit part \u00e0 ce moment de son inqui\u00e9tude concernant Janus.\r\n\r\n\u00ab Janus ? r\u00e9pondis-je, un peu \u00e9tonn\u00e9e par ces paroles. Comment \u00e7a, Janus ?\r\n\r\nEh bien, depuis qu'on est ...pass\u00e9s par le miroir, il n'est toujours pas r\u00e9apparu. Et tu sais bien qu'en temps normal, il est avec moi en permanence...\r\n\r\nC'est qui, Janus ? \u00bb demanda Carter, intrigu\u00e9 par notre conversation. Philippe lui expliqua qu'il s'agissait de son Avatar, lui tenant compagnie tout le temps, et qu'il nous avait suivis dans la Terre-Miroir, o\u00f9 il \u00e9tait tangible, mais sans visiblement revenir avec nous \u00e0 la suite de Sardenia. L'Extasi\u00e9 le regarda d'un air un peu surpris, mais n'eut pas l'occasion d'ajouter quoi que ce soit, car Daniel se tourna vers nous. A la t\u00eate qu'il faisait, on aurait dit qu'il sortait d'un enterrement.\r\n\r\n\u00ab Je voudrais vous demander une chose ... commen\u00e7a-t-il \u00e0 mi-voix, comme s'il craignait que quelqu'un ne vienne \u00e0 entendre ce qu'il appr\u00eatait \u00e0 dire. Est-ce que vous avez aussi... r\u00eav\u00e9 ?\r\n\r\n- R\u00eav\u00e9 ? r\u00e9pondis-je . Pas que je sache. Ou alors je ne m'en souviens pas...\r\n\r\n- Moi non plus, fit Carter. Pourquoi cette question ?\r\n\r\n- Il se trouve que nous avons tous deux fait le m\u00eame r\u00eave ou plut\u00f4t le m\u00eame cauchemar ! dit Rapha\u00ebl, tout aussi inquiet que Daniel. Nous avons vu Strasbourg r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant, et sept hommes noirs arm\u00e9s qui la contemplaient. L'un d'eux a donn\u00e9 un coup d'index dans la voiture...\r\n\r\n- Et la voiture a vol\u00e9 sur plusieurs m\u00e8tres, comme si elle n'\u00e9tait qu'un brin de paille ! \u00bb poursuivit Daniel.\r\n\r\nUn instant je ne pus m'emp\u00eacher de songer \u00e0 ce que nous avait dit Christine Ernhardt au sujet de l'avenir de notre ville, menac\u00e9e par une temp\u00eate de Paradoxe. Mais je chassai aussit\u00f4t cette vision, car Daniel parlait toujours et je n'allais certes pas brider ainsi ma curiosit\u00e9.\r\n\r\n\u00ab Ensuite, c'\u00e9tait comme si le monde entier vacillait autour de nous, et nous nous sommes retrouv\u00e9s devant une immense tour de m\u00e9tal portant un \u00e9trange symbole, un \u0153il au centre d'un cercle, sous un ciel rouge sang.\r\n\r\n- Il y avait des voix autour de nous..., ajouta Rapha\u00ebl ( je crois que depuis que nous le connaissions, jamais encore il n'avait \u00e9t\u00e9 aussi loquace), qui annon\u00e7aient le retour de sept messagers et de trois pierres ; l'une d'elle a parl\u00e9 d'un certain Umiboshi-sama, mais je ne sais pas qui peut bien \u00eatre cette personne...\r\n\r\n- Apr\u00e8s cela, il y a eu un gigantesque tremblement de terre. Et c'est l\u00e0 que je me suis r\u00e9veill\u00e9 et Rapha\u00ebl aussi, sans doute.  acheva Daniel avec un l\u00e9ger soupir dans la voix.\r\n\r\n- Un charmant tableau, ironisa Philippe avec un petit sourire en coin.\r\n\r\n- Je crois que je ferais bien de parler de cela \u00e0 mon ma\u00eetre.... \u00bb murmura Rapha\u00ebl pour lui-m\u00eame. Daniel, quant \u00e0 lui, annon\u00e7a clairement son intention de demander conseil \u00e0 ma\u00eetre Bartolf au sujet de ce qui se passait actuellement.\r\n\r\n\u00ab Si j'\u00e9tais toi, je me m\u00e9fierais un peu... dit Carter, d'un air dubitatif...\r\n\r\n- Voyons, je ne vais pas non plus tout lui dire ! r\u00e9torqua Daniel, visiblement offusqu\u00e9 par cette remarque.\r\n\r\n- Ouais, eh ben moi, j'esp\u00e8re que les Herm\u00e9tistes vont nous laisser un peu tranquilles ! dit Philippe sur un ton l\u00e9g\u00e8rement morose.\r\n\r\n- Tu parles ! Avec le foin qu'on a fait dans leur biblioth\u00e8que, ils ne vont pas se g\u00eaner pour nous faire raconter toute notre histoire en trente six exemplaires et sans carbone ! Et en plus, dans un panier de crabes comme celui-ci ...\r\n\r\n- Un panier de crabes \u00e0 la mar\u00e9e montante, oui ! Quand tu m'as fait ton la\u00efus sur les Traditions, tu aurais pu me pr\u00e9venir !\r\n\r\n- Sauf que c'est la premi\u00e8re fois que je mets les pieds \u00e0 Doissetep ! Je ne pouvais pas r\u00eaver que c'\u00e9tait encore plus tordu que \u00e7a !\r\n\r\n- Bon, intervint Daniel, en levant les yeux au ciel, ce n'est pas la peine de se disputer pour cela ! Si vraiment \u00e7a tourne mal, laissez-moi faire, je dirai que je vous ai manipul\u00e9s, au moins \u00e7a vous innocentera... \u00bb\r\n\r\nAvec une synchronisation presque parfaite, Philippe, Carter et moi accueill\u00eemes ces mots par un bref \u00e9clat de rire, tant la pens\u00e9e de Daniel Dufour en train de nous manipuler paraissait absurde et bien peu croyable. Inutile de dire que Daniel eut l'air encore plus vex\u00e9 qu'avant par notre r\u00e9action.\r\n\r\n\u00ab Non, n'en rajoute pas, ricana Philippe en pouffant \u00e0 moiti\u00e9 derri\u00e8re sa main. On va arr\u00eater les frais ici !\r\n\r\n- Tu crois peut-\u00eatre que tu ne fais jamais rien d'idiot, toi ? r\u00e9torqua Daniel avec une certaine aigreur. Le rush de Quintessence \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Scorpion, ce n'est pas moi qui ai eu l'id\u00e9e de le faire, en tout cas !\r\n\r\n- Eh, oh, monsieur l'Herm\u00e9tiste, l'id\u00e9e stupide, elle vous a quand m\u00eame sauv\u00e9 la peau ! \u00bb\r\n\r\nEt cela aurait pu continuer longtemps si des bruits de pas venant de notre gauche ne s'\u00e9taient pas fait entendre \u00e0 ce moment. Philippe et Daniel s'interrompirent, nous v\u00eemes appara\u00eetre alors un Z\u00e9phyr souriant, visiblement content de nous voir \u00e9veill\u00e9s.\r\n\r\n<!--nextpage-->\r\n\r\n\u00ab Eh bien, je constate que vous avez \u00e0 pr\u00e9sent l'air en pleine forme commen\u00e7a-t-il en nous saluant.\r\n\r\n- Eh... oui, r\u00e9pondit Rapha\u00ebl, un peu troubl\u00e9, Euh, dites-moi, o\u00f9 nous avez- vous trouv\u00e9s ?\r\n\r\n- Trouv\u00e9s ? demanda Z\u00e9phyr, l'air sinc\u00e8rement surpris par cette question.\r\n\r\n- Oui, il veut dire qu'il ne sait plus en fait o\u00f9 il s'est endormi ! intervint Daniel en donna un discret coup de coude \u00e0 Rapha\u00ebl pour lui signifier de ne surtout pas le contredire Enfin, vous comprenez...\r\n\r\n\u00e8 Je comprends surtout que vous devez avoir envie d'un solide petit d\u00e9jeuner apr\u00e8s un tel sommeil ! sourit \u00e0 Nouveau Z\u00e9phyr. Qu'en dites-vous, messieurs ? \u00bb\r\n<p align=\"justify\">La r\u00e9ponse fut unanime et nous suiv\u00eemes Z\u00e9phyr dans le couloir de bois. Je me disais qu'apr\u00e8s cela, j'irais bie,n volontiers faire un tour aux thermes, enfin lorsque Carter me fit signe de ralentir un peu pour me glisser quelques mots \u00e0 l'oreille.<\/p>\r\n\u00ab Je crois qu'il va falloir que nous retrouvions Simon ...\r\n\r\n- Simon Kopacek ? murmurai-je. Il n'est pas cens\u00e9 \u00eatre mort ?\r\n\r\n- En d\u00e9finitive, je n'en suis pas si s\u00fbr. Mais je pense qu'il savais un peu ce qui allait se passer. Il y aurait des informations importantes dans son Trinity.\r\n\r\n- A Strasbourg ?\r\n\r\n- Chez lui, \u00e0 Strasbourg, oui. O\u00f9 peut-\u00eatre est-il dans les mains de Christophe Schmidt, je ne sais pas. Il faudrait le retrouver et d\u00e9crypter ce qui s'y trouve. \u00bb\r\n\r\nCarter se tut, car nous arrivions dans une salle poss\u00e9dant deux portes en bois, celle de droite \u00e9tant d'ailleurs ouverte et celle de gauche se trouvant nantie d'une serrure. Sur une table, au milieu de la pi\u00e8ce, \u00e9tait pos\u00e9 une unique bol.\r\n\r\n\u00ab  Ah, d\u00e9cid\u00e9ment, il n'a m\u00eame rien pr\u00e9par\u00e9 ! fit Z\u00e9phyr, \u00e0 voix basse. Puis plus fort : Narvi ? Narvi ?? Cela te d\u00e9rangerait-il d'apporter \u00e0 nos jeunes invit\u00e9s de quoi manger ? \u00bb\r\n\r\nIl y eut un peu de remue-m\u00e9nage dans la pi\u00e8ce attenante ; puis par la porte demeur\u00e9e entr'ouverte, sortit un jeune homme d'une vingtaine d'ann\u00e9es portant une robe de bure de laquelle d\u00e9passait un bleu-jean un peu trop long et une paire de Nike Air Pro. Ses cheveux d'un brun sombre \u00e9taient coiff\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re que ceux de Stan, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s qu'ils surmontaient un visage \u00e0 la peau tr\u00e8s claire et \u00e0 l'air quelque peu endormi.\r\n\r\n\u00ab Que d\u00e9sirez-vous ? nous demanda Z\u00e9phyr tout en se tournant \u00e0 demi vers nous. Th\u00e9 ? Chocolat ? Caf\u00e9 ?\r\n\r\n- Oh, du caf\u00e9, \u00e7a ira \u00bb r\u00e9pondis-je, presqu'une m\u00eame temps que Philippe et Carter. Daniel et Rapha\u00ebl ajout\u00e8rent qu'ils en prendraient eux aussi, et Z\u00e9phyr revint \u00e0 Narvi pour lui demander d'aller pr\u00e9parer du caf\u00e9. Le jeune homme grommela quelques mots, visiblement d\u00e9sireux de r\u00e2ler un peu, et se dirigea en baillant vers la porte en bois tandis que Z\u00e9phyr nous invitait \u00e0 nous asseoir avant d'aller lui-m\u00eame chercher de quoi manger. Il revint tr\u00e8s vite avec du pain, une cruche et quelques verres qu'il posa devant nous.\r\n\r\n\u00ab Je constate que le traitement a fait effet, jeune homme , dit-il en observant rapidement Philippe d'un \u0153il satisfait.\r\n\r\nOui, hein ? Je ne pensais pas que \u00e7a irait aussi vite ! \u00bb sourit Philippe en s'emparant de l'une des cruches pour regarder ce qu'il y avait dedans. A ces mots, Z\u00e9phyr fron\u00e7a l\u00e9g\u00e8rement les sourcils, mais il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, car \u00e0 ce moment, Carter lui demanda s'il avait un journal sous la main.\r\n\r\n\u00ab Un journal ?\r\n\r\n- Oui, un journal de chez moi... Le New York Times, ou le Wall Street Journal... Enfin, je demande \u00e7a comme \u00e7a, mais je pense que vous ne devez sans doute pas les avoir ...\r\n\r\n- Mais si, nous avons les journaux ! r\u00e9pondit Z\u00e9phyr d'un air \u00e9vident. Ce n'est pas un probl\u00e8me. Attendez un instant , je vais aller voir... \u00bb\r\n\r\n\u00ab C'est le journal d'hier !  annon\u00e7a Z\u00e9phyr, de retour, en tendant \u00e0 Carter un exemplaire du New-York Times. Narvi n'est pas encore all\u00e9 chercher le nouveau. Ce n'est pas trop grave ?\r\n\r\n- Non, non, \u00e7a ne fait rien. \u00bb dit Carter, la bouche \u00e0 moiti\u00e9 pleine, en d\u00e9pliant le quotidien pour voir la date, tandis que je me penchais par-dessus son \u00e9paule afin de faire de m\u00eame. La seconde suivante, Carter recrachait \u00e0 moiti\u00e9 son bout de pain, et j'aurais fait de m\u00eame si j'en avais eu un moi aussi dans la bouche, tant le choc fut grand.\r\n\r\nSur la premi\u00e8re page, juste en-dessous du titre, s'\u00e9talaient fi\u00e8rement les mots suivants : December, 24th, 1997 - Merry Christmas !\r\n\r\n\u00ab  Un mois ! \u00bb suffoqua Carter, s'attirant un regard \u00e9tonn\u00e9 de Philippe... Philippe qui s'\u00e9trangla \u00e9galement quelque peu lorsque je lui eus d\u00e9sign\u00e9 la date. Le mot devait passer tr\u00e8s vite et de mani\u00e8re discr\u00e8te de Daniel \u00e0 Rapha\u00ebl.\r\n\r\n\u00ab Qu'y a-t-il ? \u00ab  s'enquit Z\u00e9phyr Je n'ai pas compris ce que vous disiez...\r\n\r\n- Oh, rien c'\u00e9tait de l'anglais ! mentit Carter avec un aplomb presque d\u00e9concertant. Je suis content d'avoir des nouvelles de chez moi, c'est tout ! \u00bb\r\n\r\nIl y eut quelques minutes de silence, chacun d'entre nous s'occupait \u00e0 beurrer et engloutir ses tartines. Je n'avais pour ma part aucune envie d'exposer devant Z\u00e9phyr mes \u00e9tats d'\u00e2me concernant ce qui nous \u00e9tait arriv\u00e9, car je devais avouer que je ne faisais toujours pas confiance \u00e0 ce type, malgr\u00e9 sa gentillesse et son incroyable altruisme... si incroyable d'ailleurs qu'il pouvait en devenir douteux.\r\n<p align=\"justify\">\u00ab Savez-vous que vous \u00eates arriv\u00e9s \u00e0 temps ?  reprit soudainement Z\u00e9phyr, voyant qu'aucun de nous ne reprenait la parole. Il va arriver bient\u00f4t...<\/p>\r\n- Hmm, qui \u00e7a ? fis-je aiguillonn\u00e9e par ce brusque red\u00e9marrage de la conversation.\r\n\r\n- Eh bien, l'Inquisiteur charg\u00e9 de vous interroger... je veux dire Lucius Van Kraken. Il semble que vous ayez une grande importance \u00e0 ses yeux...\r\n\r\n- Excusez-moi l'interrompit Carter, en repliant son journal, mais o\u00f9 sont les toilettes ?\r\n\r\n- Tout de suite \u00e0 droite \u00bb r\u00e9pondit Z\u00e9phyr, avec un vague geste de la main, tandis que je regardais du coin de l'\u0153il s'\u00e9loigner l'Extasi\u00e9. Allait-il vraiment aux toilettes, ou pr\u00e9parait-il quelque effet magyque en vue de pouvoir d\u00e9camper vite fait d\u00e8s que le Van Kraken mettrait le pied dans cette salle ?\r\n\r\n\u00ab Je voulais vous demander... commen\u00e7a Daniel. O\u00f9 en sont les r\u00e9unions Inter-Traditions ?\r\n\r\n- Vous voulez parler de la politique avec les autres ambassades ? Elles se sont repli\u00e9es sur elles-m\u00eames depuis l'incident de Strasbourg. Le conseil va se r\u00e9unir d'ailleurs dans vingt-quatre heures. Mais vos t\u00e9moignages ne seront pris en compte que lorsque vous serez pass\u00e9s devant l'Inquisiteur. Vous devez \u00eatre solvables, vous comprenez. D\u00e9j\u00e0 que le conseil a \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9 \u00e0 cause de votre petit \u00ab  coup de fatigue \u00bb... qui a tout de m\u00eame dur\u00e9 trois jours de suite, notez-le.\r\n\r\n- Vous auriez du nous r\u00e9veiller ! dit Daniel en fron\u00e7ant les sourcils.\r\n\r\n- Vous r\u00e9veiller ? J'ai du emp\u00eacher le Conseiller qui \u00e9tait arriv\u00e9 le premier de le faire oui ! Jeunes gens, vous aviez grand besoin de repos, votre mental \u00e9tait aussi endommag\u00e9 que votre physique... \u00bb\r\n\r\nCarter revint \u00e0 ce moment, regagnant tranquillement sa place avec un petit sourire au coin des l\u00e8vres. Daniel \u00e9tait en train de demander \u00e0 Z\u00e9phyr si le Conseiller Herm\u00e9tiste \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.\r\n\r\n\u00ab Le repr\u00e9sentant des Forces doit \u00eatre ma\u00eetre Bartolf de la Lune Chantante, si je ne me trompe... c'est un des trois ma\u00eetres en tout cas. Il est arriv\u00e9 il y a peu.\r\n\r\n- Je voudrais quand m\u00eame bien savoir ce que moi, j'ai \u00e0 faire dans tout cela... grommela Rapha\u00ebl \u00e0 mi-voix. Je n'ai pourtant rien \u00e0 y voir !\r\n\r\n- Comment cela ? dit Z\u00e9phyr, un peu surpris. C'est pourtant vous qui vous \u00eates propos\u00e9 comme co-signataire de leurs t\u00e9moignages... D'ailleurs, je dois dire que votre coup de fatigue \u00e0 vous est beaucoup moins compr\u00e9hensible que le leur, car vous n'avez pas v\u00e9cu comme eux cette bataille... Dites-moi au fait ? Comment vous sentez-vous \u00e0 pr\u00e9sent ?\r\n\r\n- Aucun probl\u00e8me ! sourit Carter en s'\u00e9tirant, adoss\u00e9 au dossier de sa chaise.\r\n\r\n- Aussi bien physiquement que mentalement ?\r\n\r\n- Mais oui, ne vous inqui\u00e9tez pas ! r\u00e9ench\u00e9ris-je. Par contre, je crois que j'aurais besoin d'un bon bain, apr\u00e8s ces trois jours de sommeil.\r\n\r\n- C'est compr\u00e9hensible. Nous avons quand m\u00eame chang\u00e9 les draps tous les jours, par contre. Il faut dire que vous aviez tous le sommeil agit\u00e9.. et je reste intrigu\u00e9 par votre perte de connaissance collective. Votre absence a \u00e9t\u00e9 de plus bien plus emb\u00eatante pour certains. Porthos s'est mur\u00e9 dans le silence, et Hortemone en a bien s\u00fbr profit\u00e9 pour le critiquer. Le sujet n'est pas banal.\r\n\r\n- Et c'est l'avenir d'une ville qui est en jeu ! S'exclama Daniel, posant un peu brutalement la tartine qu'il tenait \u00e0 la main.\r\n\r\n- Ne vous en faites pas, je puis vous assurer que la mont\u00e9e du pouvoir de la Technocratie \u00e0 Strasbourg va \u00eatre \u00e0 l'ordre du jour et il n'y a en tous cas plus de risques de temp\u00eate paradoxale.\r\n\r\n- Comment \u00e7a ?\r\n\r\n- Elle n'a tout simplement pas eu lieu. Toutefois, d'apr\u00e8s le rapport de Bartolf, il y a eu un \u00e9norme taux d'\u00c9veils dans les bas quartiers de la ville . Les diff\u00e9rentes factions sont sur les rangs, \u00e0 commencer par les Nephandi. Quant aux technomanciens, ils se centrent sur les moyens de faire oublier aux Dormeurs ce qui s'est pass\u00e9. Un autre probl\u00e8me consiste aussi dans le fait que tout un immeuble a \u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement ras\u00e9 ; selon la Lune Chantante, il y aurait eu dans les environs un \u00c9veil particuli\u00e8rement violent... \u00bb\r\n\r\nZ\u00e9phyr poursuivit son r\u00e9cit. Les rapports \u00e9taient devenus de plus en plus troublants. Le nombre croissant de mages autour desquels se r\u00e9alisaient des \u00e9v\u00e9nements perturbants pour le canevas laissaient \u00e0 penser qu'il s'agissait l\u00e0 de Maraudeurs ; Pour Z\u00e9phyr, ce n'\u00e9tait pas \u00e9tonnant. A la suite de cette affaire, notre t\u00e9moignage serait donc particuli\u00e8rement important, surtout apr\u00e8s notre arriv\u00e9e fracassante.\r\n\r\n\u00ab Et l'interrogatoire des Maraudeurs ? demanda Daniel. A-t-il d\u00e9j\u00e0 eu lieu ?\r\n\r\n- Eh bien... il n'y en a pas eu. Les Inquisiteurs n'en ont pas eu le temps, voyez-vous ...\r\n\r\n- Comment \u00e7a, pas le temps ? m'\u00e9tonnai-je. En trois jours ?\r\n\r\n- On les avait consign\u00e9s dans une cellule de haute s\u00e9curit\u00e9. Mais quand les Inquisiteurs sont arriv\u00e9s, les ge\u00f4les \u00e9taient vides. Cela a sap\u00e9 consid\u00e9rablement la position de Porthos et des Moniteurs.\r\n\r\nJe ne crois m\u00eame pas qu'ils soient encore \u00e0 Doissetep, murmura Daniel, \u00e0 son air, je devinai qu'il songeait \u00e0 la m\u00eame chose que moi : la fa\u00e7on dont les quatre mages du premier groupe avaient disparu de leur prison, sur la terre-Miroir.\r\n\r\n- Ont-ils laiss\u00e9 des traces ? s'enquit Carter. Je veux dire, dans le temps ou dans l'espace ?\r\n\r\n- Il semblerait que non, et c'est cela le plus \u00e9trange. Il n'existe qu'un moyen s\u00fbr de quitter Doissetep : la Salle des Mille Mondes, et s'ils \u00e9taient pass\u00e9s par l\u00e0, les Moniteurs les auraient vus.\r\n\r\n- Je ne suis pas d'accord, reprit Carter. Il doit bien y avoir l'un ou l'autre chemin, non ?\r\n\r\n- Cela \u00e9quivaudrait \u00e0 un suicide, les barri\u00e8re spatio-temporelles entourant Doissetep sont tr\u00e8s fortes ! Savez vous ce qui est le plus impressionnant ? La jeune femme gravement bless\u00e9e n'avait pas encore \u00e9t\u00e9 soign\u00e9e. Cela peut vouloir dire qu'il y a eu des complices pour r\u00e9aliser leur \u00e9vasion. Et cette question a provoqu\u00e9 un vif \u00e9moi ! \u00bb\r\n\r\nLa situation actuelle \u00e9tait en fait assez facilement r\u00e9sumable, s'il l'on s'en remettait aux dires de Z\u00e9phyr. Les Moniteurs, essayant de sauvegarder le peu de cr\u00e9dit qui leur restait, ne nous laisseraient aucun droit \u00e0 l'erreur, et Porthos s'\u00e9tant appuy\u00e9 sur eux ces derniers temps, son cr\u00e9dit \u00e0 lui avait chut\u00e9 \u00e9galement. Il allait de soi que beaucoup de factions pr\u00e9f\u00e9raient nous faire porter le chapeau plut\u00f4t que de chercher les coupables. Quant au superintendant des Moniteurs, il serait sans doute bient\u00f4t remplac\u00e9, ce qui aurait des r\u00e9percutions selon Z\u00e9phyr, mais n'\u00e9tait pas une mauvaise chose pour Carter, bien au contraire.\r\n\r\nA ce moment, Narvi revint dans la pi\u00e8ce, tenant dans ses bras un gros sac de toile. Il se pencha vers Z\u00e9phyr. Mais nous \u00e9tions suffisamment proches pour entendre ce qu'ils lui dit alors :\r\n\r\n\u00ab Euh... j'ai crois\u00e9 Goliath en cours de route, et il m'a dit, dans son langage \u00e0 lui, bien s\u00fbr... que Mireille voulait vous voir tout de suite. Mais il ne m'a pas expliqu\u00e9 pourquoi.\r\n\r\n- Qui est Goliath ? demandai-je \u00e0 br\u00fble-pourpoint.\r\n\r\n- Le garde du corps d'une vieille amie, r\u00e9pondit-il doucement Z\u00e9phyr en se levant de table. O\u00f9 est-elle ?\r\n\r\n- Elle vous attend dans le patio sud.\r\n\r\n- Bien, vous pouvez aller o\u00f9 bon vous semble, mais aucune esclandre ne vous serait pardonn\u00e9e... nous dit Z\u00e9phyr... Quoique... non, r\u00e9flexion faite, restez plut\u00f4t dans le quartier des ambassades, vous y serez plus ou moins en s\u00fbret\u00e9. Sur ce, je dois y aller. \u00bb\r\n\r\nZ\u00e9phyr prit cong\u00e9, referma la porte sur lui et nous entend\u00eemes ses pas s'\u00e9loigner dans le couloir, tandis que Narvi regagnait sa cuisine. A ce moment-l\u00e0, s'assurant qu'aucun des deux ne pouvait plus l'entendre Carter se tourna vers nous et nous fit part de sa d\u00e9cision de quitter la Fondation afin d'\u00e9viter de se faire tuer par le dirigeant des Inquisiteurs, qui devait sacr\u00e9ment lui en vouloir. Notre Extasi\u00e9 se leva de table pour se diriger vers la porte et au fur et \u00e0 mesure qu'il s'\u00e9loignait, il me sembla voir l'air vibrer autour de lui, comme formant un voile de chaleur.\r\n\r\n\u00ab Si quelqu'un veut me voir, je suis dans mon ambassade ! lan\u00e7a-t-il d'un air moqueur, tout en quittant la salle \u00e0 manger.\r\n\r\n- En voil\u00e0 un qui risque de gros ennuis en faisant \u00e7a... \u00bb l\u00e2cha Daniel avec un l\u00e9ger soupir.\r\n\r\nDe toutes fa\u00e7ons, il est d\u00e9j\u00e0 dedans jusqu'au cou, avec Van Kraken ! \u00bb r\u00e9torquai-je, alors un ennui de plus ou de moins... Je m'interrompis, Narvi entrait \u00e0 nouveau, tenant d'une main une cruche et de l'autre un plateau o\u00f9 \u00e9taient pos\u00e9es cinq tasses qu'il vint nous fourrer sous le nez.\r\n\r\n\u00ab Je suis d\u00e9sol\u00e9, il n'y a plus de caf\u00e9 commen\u00e7a -t-il. Mais... o\u00f9 est votre copain ?\r\n\r\n- Il est all\u00e9 faire un tour, \u00e7a ne se voit donc pas ? Servez nous donc plut\u00f4t du caf\u00e9, fit Daniel.\r\n\r\n- Ah.. euh... C'est qu'il n'y en aura pas pour tout le monde... Mais je peux en refaire, vous savez ! - Non, non pas la peine ! dit Rapha\u00ebl, avec un petit geste de la main, On se partagera ce qu'il y a. \u00bb\r\n\r\nLe jeune homme haussa les \u00e9paules et commen\u00e7a \u00e0 nous servir. Il n'y avait dans la cruche que de quoi remplir les deux tiers de chaque tasse. Narvi fut sur le point de dire quelque chose mais il se ravisa, et versa le reste du contenu de la cruche dans la tasse que lui tendait Philippe.\r\n\r\nL'Orphelin \u00e9tait rest\u00e9 bien silencieux, depuis de longues minutes d\u00e9j\u00e0, et je lui trouvais l'air un peu sombre. Peut-\u00eatre \u00e0 cause du fait que Janus n'\u00e9tait toujours pas r\u00e9apparu, c'est vrai que cela devait lui faire un dr\u00f4le d'effet - moi-m\u00eame j'avais le sentiment de ne plus avoir parl\u00e9 \u00e0 Audrinn depuis des semaines alors qu'est-ce que cela devait \u00eatre pour lui...\r\n\r\nNous termin\u00e2mes notre petit d\u00e9jeuner en d\u00e9finissant nos divers projets pour la journ\u00e9e. Daniel voulait aller voir l'ambassadeur herm\u00e9tiste venu de Strasbourg, bien que l'Inquisiteur, comme le souleva Philippe, chercherait sans doute \u00e0 nous voir dans pas tr\u00e8s longtemps ; mais vu que Carter n'\u00e9tait pas l\u00e0, cela posait encore un autre probl\u00e8me. Tandis que Daniel et Rapha\u00ebl examinaient de plus pr\u00e8s la situation, j'eus avec Philippe une petite discussion au sujet de cette \u00ab distorsion du temps \u00bb dont nous \u00e9tions manifestement victimes, et qui commen\u00e7ait s\u00e9rieusement \u00e0 nous agacer. : trop de choses bizarres nous tombaient dessus en ce moment, et nous ne savions plus trop o\u00f9 donner de la t\u00eate.\r\n\r\nFinalement, nous nous m\u00eemes d'accord avec Daniel pour aller voir Bartolf , qui avait des chances, selon lui, de se trouver dans la Roue, alias le quartier des ambassades herm\u00e9tistes de Doissetep. Apr\u00e8s que Philippe l'ait obligeamment renseign\u00e9 sur l'heure exacte, c'est-\u00e0-dire neuf heures et trente-deux minutes, Daniel demanda \u00e0 Narvi de quoi \u00e9crire, et laissa un mot \u00e0 l'Inquisiteur qui viendrait nous chercher ; le message \u00e9tait en herm\u00e9tiste, mais Daniel nous renseigna sur sa teneur : il annon\u00e7ait notre r\u00e9veil, ainsi que notre retour pour 14 heures. Puis, nous quitt\u00e2mes la petite salle \u00e0 manger, saluant au passage un Narvi qui nous regarda partir avec un air un peu... bizarre.\r\n\r\nLa Roue nous attendait.","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Carnet de bord d&#8217;Anna Delay I. 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