Liminalité

Introduction

Tout commence en novembre 1927…

Dans son palais de Vienne, Helga Melvany, Verbena d’origine hongroise, porte le deuil de son époux Jakob, un noble autrichien également mage du Choeur Céleste, décédé depuis tout juste deux mois dans le tragique incendie de son atelier de sculpture. Jakob appartenait à une société secrète connue de ses membres sous le nom de “Société de Diogène”, et dont l’un des buts est d’empêcher un terrible événement de se produire – événement qui pourrait bouleverser le destin de l’Europe toute entière, mais dont les aboutissements et les détails se perdent encore dans les arcanes d’un futur incertain -. Jakob, ne disposait que d’une santé fragile et souffrait depuis des années d’atroces visions lui laissant entr’apercevoir un monde de cauchemar : il constituait donc un candidat tout désigné pour la Société. Pourtant, il est apparu à Helga, en examinant sa correspondance, qu’il était tout aussi peu en odeur de sainteté auprès de sa Société que de sa famille et de la noblesse en général. C’est dans ces mêmes lettres que la Verbena a découvert l’un des contacts de feu son époux, une Hermétiste néerlandaise, et a décidé récemment de la contacter afin d’essayer d’en savoir plus sur les activités magyques de Jakob.

Pendant ce temps, à La Haye, Irena Angendijk, l’Hermétiste Fortunae en question, relit la correspondance qu’elle entretenait avec Jakob Melvany, tous deux étant entrés en contact par le biais de la Société. Elle aussi est de plus en plus perplexe face à la mort de son correspondant, d’autant plus qu’un autre événement la trouble en ce moment: la disparition de son amie et mentor anglaise, Cassandra Dummy, qui l’avait introduite au sein de la Société, mais ne donne plus signe de vie depuis environ deux mois. C’est par la lettre d’Helga qu’Irena apprend le décès de Jakob, qui avait coupé tout contact avec ses rares amis Mages après s’être attelé à “l’oeuvre de sa vie”. Les déductions des deux femmes se rejoignent: le Choriste ne serait peut-être pas mort dans un simple accident, d’autant plus que la sculpture sur laquelle il travaillait, monumentale, a totalement disparu, sans même laisser le moindre décombre. Déterminée à tirer cela au clair, Irena se rend finalement à Vienne afin de rencontrer pour la première fois la Verbena dont Jakob lui avait toujours parlé en si bons termes.

Rencontre décisive à Vienne

C’est en ce froid matin du 16 novembre 1927 qu’Irena arrive à Vienne par le train de 8h54, attendue à la gare par Helga et son fidèle serviteur Wilhelm. Dans la calèche qui les emmène au palais Melvany, les deux femmes lient plus ample connaissance, et ne tardent pas à en venir au sujet qui leur tient à coeur : la mort de Jakob, d’autant plus qu’un ami très cher de celui-ci, le chanoine Rudolf, membre du chapitre cathédral a lui aussi disparu depuis deux semaines. Helga mentionne également le vol récent de plusieurs dossiers d’archives de son époux, ainsi que l’oeuvre sur laquelle il travaillait, un monument de basalte de plus de 2,50 m de haut intitulé Vision du Tartare.

Lorsque la calèche arrive enfin au palais, entouré d’un grand jardin orné de statues réalisées par Jakob, et que les deux mages en descendent, Irena ne peut s’empêcher de déceler une anomalie dans le flux entropique. Non loin d’Helga, et apparemment invisible, se tient la silhouette d’un homme chauve en longue robe et courte cape bleu nuit; un corbeau se tient sur son épaule, tandis qu’il regarde la porte grande ouverte du palais. Il ne s’agit là que d’une simple rémanence, car quelques secondes plus tard, la vision disparaît. Alertée et méfiante, Helga se saisit toutefois d’un rateau avant de pénétrer dans le bâtiment, où l’attend une vision de chaos.

Dans le grand hall, deux hommes s’affrontent. L’un d’eux, aux vêtements rapiécés et tachés de sang, est visiblement d’origine ottomane, et brandit un cimeterre à la lame courbe; l’autre est un grand Allemand armé d’un couteau de tranchée, l’air des plus concentrés sur ce combat. L’arrivée des Mages semble le troubler, car il se retrouve désarmé, ce qui donne à Helga l’opportunité de ramasser le couteau et d’exiger de savoir ce qui se passe. Pendant ce temps, la sensation terriblement chaotique emplissant les lieux semble s’amplifier, centrée autour de l’Ottoman dont le regard trahit une hystérie certaine. Il devient de plus en plus évident que les deux inconnus sont eux aussi Eveillés.

Ne se laissant pas démonter plus longtemps, et ignorant l’ordre d’Helga, l’Allemand dégaine un pistolet, tire et parvient à blesser son adversaire au genou. Celui-ci, sentant le vent tourner, décide alors de s’échapper en utilisant un effet magyque, ce qui s’avère catastrophique. Irena n’a que le temps de contrer les effets du sort autour d’elle, ce qui n’est malheureusement pas le cas de ses compagnons. Le grand lustre du hall finit par s’écraser au sol, blessant Helga d’un éclat à l’épaule, au moment où l’Ottoman disparaît. Nul doute ne subsiste quant au fait que cet homme n’était ni plus ni moins qu’un Maraudeur…

Le bureau de Jakob

La situation quelque peu calmée, l’Allemand se présente comme étant “Jan Peter”, envoyé par des astrologues de Londres pour poser à Helga quelques questions sur la mort de Jakob; c’est à son arrivée au palais qu’il a surpris l’Ottoman, et que le combat s’est engagé. A ce moment, Wilhelm revient en compagnie de deux hommes de la maréchaussée venus constater l’effraction. Helga, en colère et dubitative, fait toutefois passer Jan pour une connaissance qui par chance avait surpris l’intrus. Tandis que Wilhelm et l’un des officiers s’occupent de la gouvernante, Francesca, retrouvée assommée à l’étage, l’autre agent propose à Helga de faire envoyer le médecin de leur commissariat pour soigner son épaule. Ils promettent ensuite de repasser vers 21h, le même jour, afin de prendre une déposition plus précise.

Laissant Wilhelm s’occuper de la maison, les trois Mages se rendent dans le bureau de Jakob afin de poursuivre leur discussion. Conformément à leurs craintes, il s’avère que bureau en question a été fouillé de fond en comble, et de manière plus que sauvage. L’Ottoman n’aurait à priori pas trouvé ce qu’il cherchait, et aurait passé ses nerfs sur la pièce. Seule une lampe de Fabergé posée sur la table de travail ne semble pas avoir souffert de sa rage, comme si un effort déliberé avait été fait pour l’éviter. Tandis qu’Helga quitte brusquement la pièce sans un mot, Jan et Irena examinent la lampe. Elle dissimule deux simples mots, Memento mori, gravés à même le bois par l’artisan lui-même, et qui semblent un instant devenir plus réels que tout ce qui les entourent.

Sur ces entrefaits, Helga revient, son épaule bandée et une martre lovée autour de son cou. La Verbena révèle qu’elle connaissait la présence de ces mots. Tout comme la statue maintenant présente dans le mausolée du Choriste au cimetière du Stefansdom, réalisée par un certain Georg Stanis, la table de travail avait été commandée en Valachie, auprès d’un autre artisan. La lampe, elle, avait été envoyée à Jakob un an auparavant par “un ami cher”. Au vu de la réaction obtenue par Irena lors d’une simple perception au Prime, il apparaît que cet objet serait peut-être un Talisman, contenant une puissance passive, mais assez violente malgré tout, susceptible de blesser, voire de tuer tout Mage assez entreprenant pour tenter de l’utiliser sans coordonner ses actions. Le socle de la lampe, enfin, porte le symbole de la Société de Diogène, ce qui jette une lumière nouvelle sur “l’ami cher” de Jakob.